la fiche d'actualite du siecle Le sida

n.c.

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Jeudi 18 février 1999

Le sida

Depuis son apparition il y a vingt ans, quatorze millions de personnes sont mortes du sida. A ce jour, le virus reste intraitable et mortel. Par ses modes de transmission et les craintes qu'il suscite, le sida est la maladie qui a le plus marqué la fin du XX e siècle.

Identification

Le sida, qui marque la fin du XXe siècle en se propageant dans le monde entier, a démarré au tournant des années 1980 sans qu'on en soupçonne la nature et le danger. Observée pour la première fois en 1981 dans la communauté homosexuelle de la côte ouest des Etats-Unis, cette «nouvelle maladie» ne voit sa cause identifiée qu'en 1983: le rétrovirus HIV (deux versions différentes du virus ont été isolées). Chez les humains, le HIV infecte les cellules du système immunitaire (qui permet à l'organisme de se défendre contre les maladies). Affaiblissant le malade, il le rend dès lors vulnérable à d'autres infections qui finissent par être mortelles.

Transmission

Le sida est contagieux, mais le virus HIV ne peut se transmettre d'une personne à une autre que par deux voies: le sang et les sécrétions sexuelles. Les seuls risques de contagion sont donc connus: les relations sexuelles, les échanges sanguins (notamment lors du partage de seringue par des toxicomanes), le passage du virus d'une mère vers son enfant lors de la grossesse, de l'accouchement ou de l'allaitement. Une personne contaminée par le virus HIV est dite «séropositive». Elle est déjà contagieuse (d'où l'importance des tests de dépistage, 600.000 par an en Belgique) mais n'est pas pour autant malade: le virus peut ne se manifester qu'après un certain temps, parfois plus de dix ans.

Lutte

Les premières réactions à l'apparition du sida sont diverses, parfois peu rationnelles, et ébranlent les sociétés de la fin du siècle. Parce qu'il ne semble au début toucher que les homosexuels et les drogués, certains voient là l'occasion de campagnes moralisatrices. Parce qu'il fait peur, il provoque la tentation de l'isolement et de l'exclusion (on évoque la création de «sidatoriums»). Dès le milieu des années 1980, les campagnes de prévention sont néanmoins multipliées (information précise, promotion du préservatif, distribution de seringues sous condition, etc.), les tests de dépistage développés, les soutiens aux personnes atteintes instaurés, etc. En Europe et aux Etats-Unis, après une période de propagation, la progression de l'épidémie est ainsi ralentie. Les responsables de la santé publique sont toutefois mis en cause dans certains pays pour n'avoir pas pris en compte immédiatement certaines découvertes concernant la maladie et sa propagation: en France notamment, où en 1999, trois ex-ministres sont jugés lors d'un procès concernant l'utilisation durant quelques mois, en 1985, de sang transfusé non sûr ayant entraîné contaminations et décès.

Epidémie

A un an de l'an 2000, l'épidémie n'est pas stoppée. Chaque minute dans le monde, onze nouvelles personnes sont infectées, 2,5 millions sont mortes du sida en 1998, 34 millions de personnes sont porteuses du virus. Mais 95% d'entre elles vivent dans les pays en voie de développement, essentiellement en Afrique où moyens de prévention et de soins manquent cruellement. L'épidémie gagne du terrain en Asie (en Chine notamment). De plus en plus de femmes sont touchées, les séropositifs jeunes sont de plus en plus nombreux (un million d'enfants africains sont séropositifs). L'ONU estime que le sida représente dès lors un péril majeur pour le développement, réduisant les chances de survie des enfants, réduisant l'espérance de vie de près de vingt ans dans les pays les plus touchés. Dans les pays les plus riches, l'épidémie est freinée grâce à la prévention, mais pas enrayée.

Recherche

Le sida reste, à la fin du XXe siècle, une maladie incurable. Des traitements (toujours très coûteux) ont toutefois été développés, qui atténuent ou retardent la maladie. Un premier médicament (l'AZT) apparaît dès 1985, aux pénibles effets secondaires pour le patient, puis d'autres qui renforcent son action. A partir de 1995 se développe la trithérapie, basée sur la prise fréquente et régulière, dès la détection de la séropositivité, de trois médicaments complémentaires attaquant le virus à trois points faibles différents. L'élaboration d'un vaccin s'avère rapidement très complexe: le virus du sida présente une extrême variabilité, se différencie en plusieurs souches. Début 1999, une équipe américaine annonce toutefois avoir identifié un moment de «l'attaque» du virus où celui-ci serait vulnérable. Au tournant du siècle, l'espoir d'un vaccin subsiste donc.

HERVÉ GUIBERT

Né en 1955, critique photographique au journal «Le Monde» et écrivain, Hervé Guibert est atteint jeune par le sida. Il meurt à 36 ans, en décembre 1991, laissant plusieurs ouvrages autobiographiques poignants et intelligents sur sa vie de sidéen: «Le protocole compassionnel», «Cytomégalovirus», etc.

1983

Cette année-là, à Beyrouth, un double attentat du Jihad islamique fait en un même jour 269 victimes françaises et américaines, Liège subit un violent tremblement de terre, Georges Rémi, dit Hergé, meurt à Bruxelles. Et, en janvier, le virus responsable du sida, dont on observe les ravages depuis deux ans, est identifié à Paris par une équipe de l'Institut Pasteur.

18 février 1999

En complément

«Le Soir» 2000

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1. L'amour (6.1.99)

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17. Naître et mourir (28.4.99)

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153. L'exclusion sociale (19.6.97)

179. La bioéthique (19.2.98)