La fugue Casta, affaire d'Etat

MESKENS,JOELLE

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Mardi 4 avril 2000

La fugue Casta, affaire d'Etat

Le mannequin dément son exil à Londres «pour raisons fiscales». Mais la France se régale toujours du feuilleton «la belle sous le Channel».

PARIS

De notre envoyée spéciale

permanente

Son fond serait aussi près de ses sous que ses formes sont généreuses. Laetitia Casta a eu beau démentir hier. L'intention que lui prête la presse britannique de s'installer à Londres «pour raisons fiscales» fait en France l'effet d'une bombe. «Shocking», s'exclame la droite réunie, qui voit dans ce départ annoncé rien moins que l'échec du socialisme! Bigre... «Shocking», Brigitte Bardot qui lâche: Elle a raison de se tirer. Je ferais pareil si j'avais son âge. «Shocking», le nouveau ministre de la RechercheRoger-Gérard Schwart- zenberg, qui devant tant de beauté poétise:On a envie de lui chanter «Ne me quitte pas» . Choqué, le président de l'Association des maires de France, qui avait choisi la Falbala pour incarner la nouvelle Marianne de la République. Pauvre Jean-Paul Delevoye! L'affaire survient alors même que les premières statues du mannequin commencent à être installées dans les mairies de la République et que trente mille autres bustes sont en commande, à 40.000 FF (240.000 FB) pièce. Toutes taxes- comprises, il va sans dire.

PAR AMOUR

ET NON PAR CUPIDITÉ

A en croire le père Casta, qui gère la communication de sa jeune beauté, Laetitia n'aurait jamais eu la moindre intention de s'installer en Angleterre pour échapper à l'impôt de la République. C'est par amour et non par cupidité - les vilains chroniqueurs! - qu'elle passerait ses nuits sur les bords de la Tamise. Londres est une ville tellement vivante et cosmopolite! , dit-elle.Pour être près de l'élu de son coeur et honorer ses contrats, elle n'aurait cependant nulle intention d'acheter. La preuve: c'est en Corse, terre de son enfance, qu'elle viendrait récemment d'acquérir une maison.

Mais que la Marianne effarouchée réclame à présent sa feuille de contribution n'y change rien. Dans l'Hexagone, l'affaire est devenue... politique! Le cas Laetitia replace la question des impôts sur la table du gouvernement fraîchement remanié. Lionel Jospin baptisera-t-il bientôt «Casta» son programme de baisse des prélèvements, comme la Belgique a baptisé «Rosetta» son projet pour les «emplois-jeunes»?

La France, championne d'Europe des prélèvements et de l'impôt sur la fortune, est en tout cas depuis deux jours dans la ligne de mire d'une opposition qui se marre. Après la révocation de l'édit de Nantes et la Révolution française, on assiste actuellement à la troisième grande émigration des Français vers la Grande-Bretagne, rapporte l'ancien président du RPR Philippe Séguin. Patrick Devedjian, porte-parole du même parti gaulliste, ne déplore pas que la fuite des corps. Il dénonce aussi celle des cerveaux. Avant Laetitia Casta, Jean-Loup Chrétien s'était déjà exilé aux Etats-Unis. Tout comme le chercheur Jean-Luc Montagnier.

En voilà un changement de donne pour la gauche plurielle! Pressé par ses alliés verts et communistes de redistribuer les fruits de la croissance aux plus défavorisés, Lionel Jospin a récemment distribué les piécettes de la cagnotte fiscale. Les deux plus basses tranches de revenus verront dès l'an prochain leurs impôts diminuer. Mais les autres? Patience. Le sort de la plus belle femme de la République pourrait émouvoir la sensibilité de l'homme jadis réputé «le plus sexy de France»...

Nouveau locataire de Bercy, Laurent Fabius n'a pas attendu son premier défilé pour être un chaud partisan de la baisse des impôts. Même que le ministre de l'Economie et des Finances est le seul à gauche à oser prôner la diminution du taux de l'impôt pour les tranches les plus hautes. Quitte à effrayer les classes moyennes offusquées par le récent strip-tease salarial d'Ernest-Antoine Seillière, le patron des patrons français...

Mais ce n'est pas pour tout de suite. Deux ans, c'est le délai que se donne le successeur de Dominique Strauss-Kahn pour alléger l'impôt de 170 milliards (1.020 milliards de francs belges). D'ici là, un nouveau «boyfriend» aura peut-être ramené Laetitia sur les bords de Seine... A en croire le ministre de l'Intérieur, elle n'aurait aucun intérêt à s'éterniser de l'autre côté du Channel. Elle aurait là-bas du souci à se faire pour sa retraite, ironise Jean-Pierre Chevènement...

JOËLLE MESKENS