La galaxie offshore de D’Onofrio
LELOUP,DAVID
Page 18
Lundi 27 juin 2011
Toutes ces sociétés auraient des comptes bancaires en Suisse, plaque tournante des flux financiers de Lucien D’Onofrio. Un homme qui cultive la discrétion à l’extrême : son nom n’apparaît officiellement que dans deux panaméennes. Mais il contrôlerait, selon une source proche de l’enquête, les 8 autres coquilles via des prête-noms, dont Delmenico. Cette galaxie de sociétés interconnectées sert principalement deux objectifs. Primo, récolter les commissions perçues par D’Onofrio lors des dizaines de transferts de joueurs dans lesquels il est intervenu, soit comme agent, soit comme « facilitateur » entre un club et un autre agent. Au moins quatre offshore auraient été utilisées à cette fin par l’ex-vice-président du Standard.
Dans un second temps, il s’agit de réinvestir ces fonds dans l’économie réelle. Trois offshore ont joué ce rôle en Belgique, en investissant dans la SA Standard de Liège ou en achetant des biens immobiliers (appartement, maisons). L’inculpation de D’Onofrio et Delmenico signifie que la justice estime posséder suffisamment d’éléments attestant qu’une partie des commissions perçues par D’Onofrio sont le fruit de fausses factures et ont échappé au fisc et à la sécurité sociale. Bref, qu’il s’agirait d’argent noir qui aurait été blanchi en Belgique via des sociétés-écrans domiciliées aux Pays-Bas, au Panama et au Liechtenstein.
Contacté par Le Soir, Luciano D’Onofrio n’a souhaité faire « aucun commentaire sur cette affaire ». Quant à Maurizio Delmenico, il n’était pas joignable ce week-end.
Les 10 sociétés écran
1
Panama City, Panama – Création : 5 novembre 1986 – Statut : active
Créée à l’époque où Lucien D’Onofrio était manager général du FC Porto, Mondial Service (MSI) apparaît dans l’affaire de la comptabilité occulte du SC Toulon, un scandale qui éclate au début des années 1990. En 1989, cette offshore émet une fausse facture d’une valeur de 222.000 euros au préjudice du SC Toulon pour des frais fictifs « de commission, publicité et marketing ». Une partie de cet argent sera discrètement reversée à Rolland Courbis, à l’époque l’entraîneur du club. En 1995, D’Onofrio sera condamné pour ces faits par le tribunal correctionnel de Marseille : un an de prison avec sursis et 7.600 euros d’amende. MSI, dont Delmenico est le trésorier, est toujours active aujourd’hui : c’est elle qui loue la maison de D’Onofrio à Alalunga (lire ci-dessous).
2
Domicile : Vaduz, Liechtenstein – Création : 20 avril 1988 – Statut : active
Créée moins de deux ans après MSI, cette offshore a servi de caisse de transit pour la réception et le paiement de commissions occultes dans le cadre des transferts de plusieurs joueurs de l’Olympique de Marseille (OM), entre 1997 et 1999. Peu après l’acquisition de Fabrizio Ravanelli par l’OM en 1997, une commission de 808.000 euros a été versée sur le compte suisse d’IAM à la Corner Banca de Lugano. Sur ordre de Maurizio Delmenico, administrateur d’IAM, celle-ci reversera une rétrocommission de 152.000 euros à Rolland Courbis sur le compte anonyme « Frizione » ouvert également à la Corner Banca. Les statuts d’IAM ont été modifiés le 26 avril 2004, deux jours après que le juge d’instruction Richard ait été saisi de l’affaire.
3
Domicile : Londres, Royaume-Uni – Création : 11 juillet 2002 – Statut : dissoute (2011)
C’est l’une des deux sociétés identifiées créée après l’arrivée de D’Onofrio au Standard. Delmenico en est l’unique directeur depuis 2002. Le capital de cette société de consultance, soit 1.000 livres sterling, est réparti en une seule action au porteur, détenue par D’Onofrio. Pourtant, dans les comptes 2007 que Le Soir s’est procurés, Delmenico déclare être « incapable d’identifier le bénéficiaire ultime de la société ». Lors de perquisitions, les limiers liégeois ont découvert des fausses factures émises par Corporate Press lors de plusieurs transferts, dont celui de Sergio Conceiçao, à l’été 2003, de l’Inter de Milan à la Lazio de Rome.
4
Domicile : Dublin, Irlande – Création : 3 décembre 1992 – Statut : dissoute (2001)
Créée par une fiduciaire de Guernesey, Barnross Developments aurait surfacturé des services de consultance, jugés bidon par les limiers liégeois, pour ensuite reverser ces sommes comme compléments de salaires à des joueurs fraîchement transférés. Selon les derniers comptes, le chiffre d’affaires atteignait 4.407.842 de francs suisses en 1999 (2,7 millions d’euros). Fait significatif, l’auditeur qui a validé ces comptes indique qu’il a été « incapable de vérifier le chiffre d’affaires et le montant des ventes car les commissions et les frais étaient fondés sur des accords verbaux ». L’actionnariat est encore plus opaque puisqu’il s’agit d’offshore domiciliées aux Iles Vierges britanniques, un paradis fiscal très secret. Dissoute en 2001, Barnross était domiciliée dans le quartier des banques de Dublin à l’adresse du cabinet Kearney Curran & Co., l’un des principaux « grossistes » en sociétés offshore, où sont domiciliées des centaines de sociétés boîte-aux-lettres.
5
Domicile : Panama City, Panama – Création : 11 janvier 2005 – Statut : active
C’est la seule offshore du réseau à avoir été fondée après l’ouverture de l’instruction judiciaire liégeoise, fin avril 2004. Delmenico en est le trésorier, mais c’est Lucien D’Onofrio en personne qui est aux commandes de Selancy, en tant que directeur et président du conseil d’administration, depuis le 30 mars 2005. Selon nos informations, les enquêteurs ignorent le rôle exact joué par cette société dans le réseau offshore de D’Onofrio. Pour l’heure, donc, Selancy reste un gros point d’interrogation.
6
Domicile : Tortola, Iles Vierges britanniques – Création : inconnue – Statut : inconnu
Domiciliées à Road Town, sur l’île de Tortola dans les Iles Vierges Britanniques, Statefare Securities et sa jumelle Whitecourt Holdings détenaient à elles deux les 2.000 actions de Barnross Developments, lorsque celle-ci fut dissoute. Statefare et Whitecourt semblent être deux sociétés holdings qui détiennent les offshore qui reçoivent les commissions. Les deux jumelles sont gérées par la même fiduciaire de Guernesey, celle qui avait créé Barnross en Irlande. Aux Iles Vierges, le registre des sociétés n’est pas public. De plus, il ne renseigne ni le nom des administrateurs ni celui des actionnaires. Seule une commission rogatoire permet d’obtenir ces informations, au terme d’une procédure souvent très longue… Les enquêteurs liégeois n’auraient pas envoyé une telle commission rogatoire à Tortola.
8
Domicile : Panama City, Panama – Création : 12 déc. 1988 – Statut : dissoute (2003)
Lorsqu’il revient à Liège en 1998, Lucien D’Onofrio s’installe dans un appartement haut de gamme de 120 m2, perché au dernier étage du somptueux hôtel de Grady situé au 13 rue Saint-Pierre. Officiellement, l’appartement est acheté en 1999 par Harry Finance & Trade, une offshore administrée de décembre 1998 jusqu’à sa dissolution, en octobre 2003, par Delmenico et deux prêtes-noms panaméens. Luciano D’Onofrio n’apparaît pas dans les statuts de la société, et l’origine des fonds ayant servi à l’achat de l’appartement reste à ce jour un mystère. Cet achat pourrait bien être la première opération de blanchiment présumé en bord de Meuse. A l’époque, le voisin direct de D’Onofrio n’est autre que l’architecte Charles Vandenhove. En 2000, D’Onofrio le chargera de rénover, à grands frais, le somptueux hôtel particulier du 18e siècle qu’il occupe aujourd’hui, rue Bonne Fortune à Liège. .
9
Domicile : Vaduz, Liechtenstein – Création : 19 juin 1973 – Statut : active
Outre l’hôtel particulier habité par Lucien D’Onofrio, Alalunga possède aussi trois immeubles de rapport, à Ans, habités par des proches de l’ex-vice-président du Standard. Delmenico est le gestionnaire d’Alalunga. C’est lui qui a par exemple introduit la demande de permis d’urbanisme pour la restauration du bâtiment rue Bonne Fortune. L’ancien réviseur du Standard, Henri Lafosse, dispose quant à lui du pouvoir de signature pour Alalunga en Belgique. En juin 2009, tous les biens d’Alalunga ont été placés sous saisie conservatoire pénale par le juge d’instruction liégeois Philippe Richard.
10
Domicile : Amsterdam, Pays-Bas – Création : 9 septembre 1996 – Statut : active
La société IAM de Vaduz est l’actionnaire unique de Kick International depuis le 28 mai 1998. Soit trois jours après l’assemblée générale extraordinaire des actionnaires du Standard au cours de laquelle le sauvetage du club s’est négocié. Kick International investira près de 3,6 millions d’euros dans la SA Standard de Liège entre avril 1999 et juin 2002. Domiciliée à Amsterdam chez le géant de l’audit KPMG, elle détient 10% des parts de la SA Standard de Liège. Ces parts ont été saisies le 20 juin par la justice liégeoise à titre conservatoire. Soit juste avant les inculpations de D’Onofrio et Delmenico, et la vente à Roland Duchâtelet des parts du club détenues par Magarita Louis-Dreyfus.
Articles similaires :
- Chat : le réseau opaque de Luciano D’...
- La justice voit rouge et inculpe D’O...
- Anderlecht rattrapé par l’« affaire ...
- Luciano D’Onofrio inculpé pour blanc...
- Standard Le club est au cœur de lR...
- « Il y aura d’autres inculpations au...
- Standard Le club est au cœur de lR...
- 60 millions de francs belges de commission...
- Des biens de Luciano D’Onofrio saisi...
- Commissions douteuses Les transferts de De...
- Luciano d’Onofrio inculpé de blanchi...
- Saisie de biens appartenant à Luciano D...
- Anderlecht rattrapé par l’« affaire ...
- L’inculpation de D’Onofrio ne ...
- L’aide belge s’envole dans les...
- Le Standard sous mandat international Une ...
- Luciano D’Onofrio toujours visé par ...
- Standard La 4e audition de D'Onofrio était...
- MODE D'EMPLOI:LES SOCIETES "OFFSHORE"...
- Rachat Le club principautaire temporise : ...
