Et si les petits jouaient dans la cour des grands ?
MATRICHE,JOEL; BODEUX,PHILIPPE
Page 19
Mardi 1er juin 2010
Et si, en cette période de crise communautaire et économique, les électeurs se détournaient des grands pour donner leur chance aux petits ?
Ce mardi, nous entamons une série de quatre entretiens entre les têtes de listes des quatre partis traditionnels et de quatre petits partis. Tour à tour, Alain Mathot (PS) et Raoul Hedebouw (PTB+), Daniel Bacquelaine (MR) et Philippe Chansay-Wilmotte (PP), Muriel Gerkens (Ecolo) et Pierre Eyben (Front des gauches) ainsi que Melchior Wathelet (CDH) et Pierre-René Mélon (RWF) s’affronteront sur les points cruciaux de leurs programmes. A l’électeur de voir si ces petits partis méritent son vote jusque-là souvent réservé aux grands…
La gauche radicale face à celle du compromis
Alain Mathot. Opposer les gauches est une mauvaise chose. Nous sommes dans un pays de droite où à peine 40 députés sur 150 sont de gauche. Moi, mon adversaire politique, c’est la droite : le MR, le CDH et même Écolo qui ne s’est jamais déclaré parti de gauche.
A.M. Non. Même si le PTB a des propositions intéressantes, je lui reproche son intransigeance. Il oublie qu’en politique pour faire avancer les choses – a fortiori dans une majorité de droite – il faut des compromis. Le PTB a des positions qui ôtent le choix individuel comme lorsqu’il propose de supprimer la déductibilité de l’épargne-pension.
Raoul Hedebouw. C’est une proposition de la FGTB !
A.M. Ok, pas de problème. Mais, pour le PS, tant mieux si la pension complémentaire existe. Pourquoi supprimer un avantage acquis ? C’est enlever la liberté individuelle. Je préfère les incitants.
R.H. C’est vrai que nous avons beaucoup plus de points communs avec le PS qu’avec le MR : la lutte contre la fraude fiscale par exemple. Le PTB c’est la gauche décomplexée face au PS et son complexe de gauche.
R.H. Oui, de plus en plus. Nous sommes passés de 1.500 à 4.000 membres, beaucoup viennent du PS. Ils veulent retrouver un vrai socialisme. Pour revenir à la question de départ, nous n’acceptons pas, contrairement au PS, que l’on revienne sur les fins de carrières et qu’on les allonge de 3 à 5 ans en moyenne. Pour nous, les travailleurs usés doivent pouvoir partir et être remplacés par des jeunes. N’oublions pas qu’il y a près de 800.000 chômeurs en Belgique, dont une grande partie de jeunes. Et faire travailler les gens plus longtemps ne crée pas de l’emploi.
A.M. Je n’ai jamais eu l’impression de faire du « faux socialisme ». Nous ne voulons pas que les gens travaillent plus, nous voulons sécuriser le système des pensions et revaloriser les petites. Ce n’est pas remplacer des travailleurs qu’il faut faire mais augmenter le taux d’emploi pour financer les pensions. L’autre problème c’est la pension des contractuels : elle est trop basse.
R.H. Bien entendu que la prépension est un droit et non une obligation. Mais si des travailleurs ne partent pas en prépension c’est parce qu’ils n’ont pas le choix : ils perdraient trop. Le problème est financier, il faut une plus juste répartition des richesses. On n’a jamais autant produit et on demande aux gens de travailler davantage : c’est un non-sens. C’est pourquoi nous proposons une taxe des millionnaires.
A.M. Le PS a fait ses calculs : 500 millions d’euros. Le PTB parle, lui, de 8 milliards ! Je ne vois pas comment il y arrive…
R.H. En ayant un impôt progressif sur les grosses fortunes, soit celles de plus de 3 millions d’euros. Cela concerne une maigre franche de la population.
R.H. Elle serait insignifiante si on lit le rapport du Sénat français qui s’est penché sur l’ISF.
R.H. Nous regrettons que le PS ait ratifié la libéralisation du secteur de l’énergie et de La Poste.
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Tête de liste du PTB+
Porte-parole national du PTB, fils de sidérurgiste et de syndicaliste, Raoul Hedebouw a commencé sa militance politique en 1996 à la tête du CHE (Comité herstalien étudiant). Biologiste de formation, DJ Rayoul, à ses heures, il est un des visages du PTB rajeuni. S’il ambitionne raisonnablement un doublement du score précédent (1,01%), il espère davantage : 5%. Et pourquoi pas un siège de député à la Chambre.
tête de liste PS
Le bourgmestre de Seraing, député fédéral sortant, connaît sa première campagne dans le costume de leader socialiste. Un rôle qu’il a âprement négocié avec le clan Daerden et qu’il va falloir assumer. Qu’adviendra-t-il si son score de tête de liste est – largement – inférieur à celui de Michel Daerden qui, lui, la pousse ? Quoi qu’il en soit, le PS liégeois compte bien conserver ses six sièges à la Chambre à moins qu’il soit débordé sur sa gauche...
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