La gentilhommière de Rops va revivre La création en ateliers-résidences Histoire d'amour dans la campagne de Mettet

DE VRIESE,THIERRY

Page 28

Vendredi 15 octobre 1999

La gentilhommière de Rops va revivre

La fondation Rops au chevet du patrimoine. Le château de Félicien, à Thozée (Mettet), va renouer avec la vie d'artiste.

Les branches ploient sous le poids des feuilles que le crachin fait pleurer, et happent le visiteur qui s'engouffre dans la drève conduisant au château de Thozée. Le repaire où Félicien Rops venait exorciser ses peurs d'artiste, cultiver ses amours d'homme volage, recevoir ses amis et se ressourcer. Taraudé par la solitude et par l'humidité, le bâtiment résiste aujourd'hui aux assauts du temps. Ses portes ont encore la force de grincer, ses murs sont encore assez solides pour servir de points d'appui aux toiles des araignées qui le colonisent.

A un moment où la nature s'apprête à enfiler sa plus belle parure, à l'heure où Québec exalte la créativité libertine du graveur et peintre namurois, la fondation qui porte son nom a décidé de poser ses valises à Thozée, le temps d'un dimanche. Le temps de dévoiler ses ambitions et ses projets.

«Le château de Thozée, monument classé et lieu de mémoire», c'est le titre du colloque qui vient de baliser le chemin du renouveau que le château de Thozée est censé emprunter dans les années qui viennent. Maître d'oeuvre de l'opération de revalidation, la Fondation Félicien Rops s'attachera à répondre à une double préoccupation: faire de Thozée un lieu de mémoire mais aussi un phare culturel axé sur le présent et le futur.

D'HIER À DEMAIN

Les mois à venir verront la réalisation des premiers travaux salutaires à la rédemption architecturale du château et des dépendances agricoles. Outre un don important (un million de francs) émanant d'un membre de la Fondation, un autre partenaire providentiel vient de se signaler au travers de l'Institut du patrimoine wallon (voir «Le Soir» du 13 octobre).

Thozée d'hier, Thozée de demain, revenons à cet axiome qui sous-tend la motivation de la Fondation Rops. Le château devrait, lui, devenir un centre d'étude axé sur Félicien Rops ainsi que son époque, c'est Thozée côté pile. Ainsi, la Fondation Rops n'oublie pas la mission qu'elle s'est fixé quant à la diffusion des archives relatives à la vie de Rops. Nous continuerons également de distiller des éléments au fil de notre trimestriel d'information et nous poursuivrons notre politique de prêt à des institutions qui en font la demande, explique Thierry Zémo, administrateur délégué de la fondation.

La transformation des bâtiments de l'ancienne ferme en ateliers-résidences, c'est Thozée côté face (lire par ailleurs). En attendant l'avènement de cette formule stimulante pour la création artistique et la préservation de l'oeuvre de Rops, un autre projet pourrait voir le jour, à moyen terme. Il s'agirait d'ouvrir le château de Thozée une fois par mois, et ce dès le printemps prochain. Parfois pour y découvrir des activités ponctuelles proposées par la Fondation, parfois pour simplement s'éveiller à l'intérêt architectural du site et respirer l'atmosphère qu'il exhale.

De là à favoriser un tourisme de masse susceptible de violer l'âme des lieux, il y a un pas qui ne sera pas franchi. Thozée devra rester un espace où artistes et amoureux de Rops viendront se recueillir et s'inspirer à l'ombre des souvenirs de Fély et de sa force créatrice.

THIERRY DE VRIESE

La création en ateliers-résidences

Le concept est en vogue et déjà à l'épreuve dans de nombreux pays européens. A Thozée aussi, des ateliers-résidences se proposeront d'héberger des artistes, des écrivains, des historiens, des chercheurs qui viendront puiser dans ce site musagète un ferment à la création ou à l'étude.

La concrétisation de ce programme sera d'ailleurs le thème du prochain colloque prévu pour l'été ou l'automne prochain. Des auteurs d'expériences semblables dans d'autres régions ou pays viendront évoquer les symbioses qui rassemblent patrimoine architectural, monde des lettres et milieu artistique.

Ce sera la quatrième année consécutive que nous organisons un colloque, commente Thierry Zéno. Leur but est triple: nous doter d'instruments de réflexion nécessaires avant de prendre les décisions relatives aux orientations à prendre; sensibiliser le mécénat; mobiliser les décideurs.

Après avoir été fréquenté par des personnalités du monde artistique du XIX e siècle, Thozée se prépare à devenir le havre des créateurs de demain.

T.D.V.

Histoire d'amour dans la campagne de Mettet

Félicien Rops était épris de Charlotte Polet, dont les grands-parents possédaient le château de Thozée. En 1874, la passion est consommée, et Rops s'installe définitivement à Paris. Charlotte, elle, héritera du bien en 1877.

Jusqu'il y a peu, c'est Elisabeth, petite-fille de Félicien Rops, qui était propriétaire du domaine de Thozée, cette gentilhommière tapie dans la campagne de Mettet comme la provocation était embusquée dans l'âme de l'artiste.

L'année du décès de la petite-fille de Rops est également celle où une nouvelle vie commence pour le site. Suite à la volonté testamentaire d'Elisabeth Rops, Thozée revient à la fondation, en 1996. C'est également l'année où la Région wallonne classe le château comme monument, la ferme comme ensemble architectural, et la propriété comme site.

T. D.V.