La grippe A a fait sa première victime belge

SOUMOIS,FREDERIC

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Vendredi 31 juillet 2009

Une jeune femme est décédée jeudi à Turnhout à cause du virus de la grippe A. Un quinquagénaire anversois, infecté lui aussi, lutte contre la mort.

Une jeune dame provenant de Meerle, un village situé en Campine, non loin de Hoogstraten en province d’Anvers, est décédée des suites de la grippe A/H1N1. La jeune femme de 34 ans s’était présentée à l’hôpital Sainte-Elisabeth de Turnhout le lundi 20 juillet, après avoir ressenti de faibles symptômes grippaux (mal de tête, fièvre légère et toux) les deux jours précédents. Son médecin l’avait fait hospitaliser en raison d’un diagnostic provisoire de pneumonie. Bien que l’état de la patiente, lors de son admission à l’hôpital, n’ait pas été préoccupant, la situation s’est toutefois détériorée par une double pneumonie virale, qui lui a été fatale.

Avant de contracter le virus, la jeune dame était en bonne santé. Elle n’avait pas voyagé à l’étranger. Ce premier décès relance les inquiétudes concernant la virulence de la grippe A.

D’autant plus que jeudi soir, on apprenait qu’une personne âgée d’une cinquantaine d’années, elle aussi contaminée par le virus, était entre la vie et la mort à l’hôpital universitaire d’Anvers.

D’après le comité fédéral Influenza, ce premier décès ne change pas la procédure de lutte contre la propagation de la maladie. Il ne signifie pas que le virus est devenu plus agressif.

P.2 L’édito, 7 questions pour mieux comprendre

P.3 les conseils

DE prévention

La grippe cause une première mort en Belgique

C’était écrit et prévu, mais cela n’atténue pas l’émotion que cette nouvelle crée : la Belgique a constaté jeudi sur son territoire le premier décès dû à la grippe A/H1N1 d’origine aviaire et porcine dont les premiers cas ont été diagnostiqués au Mexique il y a 4 mois. Une patiente de Turnhout (région d’Anvers), qui l’avait contractée est décédée d’une double pneumonie, malgré la prise en charge par le service des urgences de l’hôpital local Sainte-Elisabeth. Elle s’y était présentée dès le lundi 20 juillet, après avoir ressenti de faibles symptômes grippaux (mal de tête, fièvre légère et toux) les deux jours précédents. Son médecin l’avait fait hospitaliser en raison d’un diagnostic provisoire de pneumonie. Bien que l’état de la patiente, lors de son admission à l’hôpital, n’ait pas été préoccupant, la situation s’est toutefois détériorée par une double pneumonie virale. Elle avait 34 ans. La Belgique devient le cinquième pays dans l’Union européenne à enregistrer un décès lié à ce virus de la grippe, après la Grande-Bretagne, qui totalise 31 morts selon un dernier bilan, l’Espagne avec sept décès, la Hongrie et la France avec un mort. Un deuxième patient à Anvers est dans un état grave.

1Pourquoi n’est-ce pas surprenant ? Le virus reste certes de circulation faible dans notre pays, où le nombre de nouveaux cas a été estimé à 281 la semaine dernière. Les statistiques récentes témoignent d’une accélération du nombre d’infections dans la population, avec environ 700 cas depuis le 27 avril. Mais si 126 cas avaient été répertoriés entre le 27 avril et le 13 juillet, 600 ont été enregistrés au cours des deux semaines suivantes. Cependant, la mortalité due au virus est comparable à celui de la grippe saisonnière, environ 1 décès sur mille malades, peut-être moins. Un décès était donc statistiquement probable à ce stade de la pandémie. D’autres seront immanquablement enregistrés. La grippe saisonnière tue entre 1.500 et 2.500 personnes en moyenne chaque année et l’on devrait enregistrer la même mortalité d’ici l’extinction de cette pandémie. Le commissaire Influenza Marc Van Ranst a estimé qu’au plus fort de l’épidémie, cet hiver, on pourrait compter jusqu’à sept décès par jour.

2 Ce chiffre n’est-il pas sous-estimé ? Les patients n’étant plus soumis à une analyse virale systématique, certains décès, par exemple par infarctus, n’échappent-ils pas au décompte ? « Dans notre pays, je n’ai pas de doute que les médecins généralistes sachent identifier les symptômes spécifiques de la grippe s’ils sont présents », explique le docteur Daniel Reynders, responsable de la cellule de crise Influenza.

3 Que faut-il en penser ? Ce décès ne signifie en aucune façon que le virus est davantage agressif qu’il y a quelques semaines. Mais il continue à se répandre, chaque malade contaminant environ sept autres personnes avant d’être diagnostiqué. C’est pourquoi de strictes mesures de prudence doivent être observées pour offrir à la population une réduction globale du risque (lire en page 3). Aucune mesure n’offre de protection totale.

4 Pourquoi une femme jeune et en bonne santé est-elle la première victime ? Pour une raison inconnue, deux tiers des victimes sont des femmes. « On sait par contre pourquoi ce sont des jeunes qui sont davantage touchés, explique le professeur Jean-Louis Vincent, chef du service des urgences de l’hôpital universitaire Erasme (ULB). Les personnes les plus âgées semblent avoir développé des anticorps contre ce virus de la grippe, ce qui les protège partiellement. Ce n’est par contre pas le cas des personnes de 20 ou 30 ans. Les femmes enceintes, les personnes obèses, les aborigènes et les Esquimaux pour des raisons génétiques, semblent beaucoup plus affectés par le virus. » La pneumonie est hélas une complication typique de la grippe. Si elle est double, l’infection atteint les deux poumons. Elle touche plus précisément les alvéoles pulmonaires, ces minuscules sacs en forme de ballons situés à l’extrémité des bronchioles. C’est l’accumulation de liquide d’inflammation dans les alvéoles pulmonaires qui rend la respiration plus rapide et moins profonde. Le moindre effort physique cause de l’essoufflement. En cas d’insuffisance respiratoire aiguë, on peut utiliser l’ECMO, une technique de circulation extracorporelle à membrane qui permet

de mettre au repos le cœur et les poumons pendant quelques jours.

5 Que faut-il craindre ? Les deux événements redoutés par les spécialistes sont une mutation du virus qui le rende davantage agressif pour les patients et augmente la mortalité. Il peut muter en étant confronté aux antiviraux utilisés contre lui ou en s’associant avec d’autres variantes de la grippe présentes chez les humains ou chez l’animal. L’autre crainte est qu’il augmente son caractère contagieux. Généralement, ces deux évolutions sont contraires, mais ce n’est pas une vérité absolue.

6 Quand sera disponible le vaccin ? Les plus optimistes parlent de septembre, mais l’état réel de l’avancement des essais par les différentes firmes à l’œuvre sur un vaccin reste assez obscur, notamment parce que toute information distillée influence… les cours de Bourse. Des tests ont commencé quasi partout. La Belgique a commandé l’intégralité des 12,5 millions de doses à GSK. Mais à l’heure actuelle, on ignore encore si une seule dose suffira ou si deux seront nécessaires… en plus du vaccin de la grippe saisonnière. De plus, le stock ne sera pas disponible d’un coup, mais très progressivement.

7 Qui vacciner en priorité ? Ce sera un casse-tête, car les populations d’habitude prioritaires, comme les plus de 65 ans, semblent moins exposées que les jeunes adultes. Les CDC américains comptent vacciner en priorité les femmes enceintes, les adultes en contact avec des enfants de moins de six mois (qui ne peuvent être vaccinés), le personnel de santé, les enfants et les jeunes âgés de 6 mois à 24 ans et les adultes fragiles. Rien ne garantit que les autorités européennes et belges suivront la même analyse.

Les conseils face à la grippe

Quels sont

les symptômes de

la grippe A/H1N1 ?

Les symptômes sont semblables aux symptômes de la grippe saisonnière : une poussée de fièvre soudaine, des douleurs musculaires, de la fatigue et des symptômes respiratoires (difficulté à respirer normalement) pouvant s’accompagner de diarrhée et de malaise général. Isolé, chacun de ces symptômes n’est pas indicatif de la grippe.

Que faire si je crois être atteint ?

Surtout ne pas se rendre chez son médecin, ni aux urgences (sauf en cas de détresse respiratoire aiguë, où il faut appeler le 112). Il faut appeler son médecin traitant ou la garde qui le remplace qui prendra les mesures nécessaires : après auscultation, il vous prescrira des antiviraux à coup sûr si vous faites partie des groupes à risques (voir alinéa suivant). Sinon, il traitera les symptômes de la grippe en prescrivant du paracétamol contre la fièvre et du repos. Il est important de s’hydrater correctement. Il faut patienter environ sept jours.

Quels sont les

groupes à risque qui nécessitent une surveillance particulière et l’administration d’antiviraux (Tamiflu ou Relenza) ?

Les patients avec une maladie chronique du système respiratoire en ce inclus, les patients, ayant reçu une prescription de médicaments pour l’asthme endéans les 3 ans. Les patients avec une pathologie cardiaque chronique. Les patients avec une insuffisance rénale ou hépatique modérée à sévère. Les patients immunodéprimés. Les patients diabétiques. Les femmes enceintes (lire ci-contre). Les personnes de plus de 65 ans. Les enfants de moins de 5 ans. Les patients hospitalisés pour un tableau clinique grave.

Dois-je porter un masque pour me

protéger du virus ?

Il n’y a à ce stade aucune indication de porter un masque. Seul le port du masque de type FFP2, qui filtre les particules venant de l’extérieur vers l’intérieur, est recommandé pour les professionnels de la santé et pour les personnes en contact régulier et rapproché avec des malades. Il sera distribué à qui de droit le cas échéant.

Que faire pour

réduire le risque ?

Couvrez-vous le nez et la bouche avec un mouchoir lorsque vous toussez ou éternuez ou, à défaut de mouchoir, éternuez dans votre manche. Jetez le mouchoir après usage. Lavez-vous régulièrement les mains à l’eau et au savon, surtout après avoir éternué. Les gels à base d’alcool sont également très efficaces, surtout si vous les utilisez sans eau. Pour éviter la propagation des germes, ne touchez pas votre bouche ou votre nez. Évitez tout contact avec des personnes infectées.

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LES éCOLES

A la rentrée scolaire, les écoles pourraient être les moteurs de l’infection. Parce que les enfants sont aussi mélangés que les adultes dans les entreprises, mais aussi parce qu’ils respectent moins volontiers les consignes d’hygiène pour endiguer ou diminuer la contagion. On tousse sans se protéger la bouche, on ne se lave pas les mains et on bave à qui mieux mieux dans les crèches.

Mais fermer les écoles ne sera pas nécessairement la bonne solution : des épidémiologistes relèvent qu’après un bref répit de la contamination, les parents sont obligés de récréer de petits lieux d’accueil pour s’occuper des juniors. Ce qui entraîne le même taux d’infection…

Les femmes enceintes sont exposées à un risque quadruple

Les femmes enceintes atteintes du virus A(H1N1) de la grippe porcine ont quatre fois plus de risques de souffrir de complications impliquant une hospitalisation et présentent un taux de mortalité plus élevé que la moyenne, selon une étude américaine révélée cette semaine.

Les femmes enceintes qui ont contracté le virus en 2009 ont été hospitalisées plus souvent, affirme cette étude, réalisée par les Centres nord-américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et publiée dans la revue Lancet. Six femmes enceintes sont décédées des suites de la maladie entre le 15 avril et le 16 juin 2009. Cela représente 13 % des quelque 45 décès qu’a entraînés la grippe porcine au cours de cette période.

Au total, quelque 34 femmes enceintes ont contracté le virus et 11, soit un tiers, ont dû être hospitalisées. Les cas de femmes enceintes ont représenté 0,62 % de tous les cas des malades de la grippe, confirmés ou probables. « Toutes étaient en bonne santé avant l’infection et ont ensuite développé une pneumonie virale avec des difficultés respiratoires exigeant une ventilation mécanique », affirment les CDC.

« Toutes les femmes enceintes qui sont décédées ne se sont pas vues prescrire d’antiviraux à temps. Les CDC préconisent que les femmes enceintes soupçonnées d’être infectées par la grippe porcine soient soumises à un rapide traitement antiviral. » « Au cours de la grossesse, on observe des changements mécaniques et hormonaux, notamment au niveau des systèmes cardio-vasculaire et respiratoire ainsi qu’immunitaire », explique le docteur Denise Jamieson, des CDC, principal auteur de l’étude.

« La capacité pulmonaire se réduit parce que l’utérus doit prendre plus de place et compresser le diaphragme. Toutes ces modifications rendent la femme enceinte plus susceptible d’être affectée par certains virus, en particulier la grippe. Nous recommandons que les femmes enceintes se fassent vacciner contre la grippe saisonnière. » Lors des épidémies de grippe de 1918 et de 1957, la mortalité semblait plus forte chez les femmes enceintes.

LES COMMUNES (1)

Les stocks d’antiviraux et de masques sont déjà chez des grossistes répartiteurs pour chaque province. Leur distribution aux communes se fera sous l’autorité du Gouverneur de Province et feront l’objet d’un enregistrement précis dans les points de contact locaux de soins de santé activés au niveau communal. Ils sont chargés de coordonner la gestion et la distribution des antiviraux et des masques chirurgicaux parmi les médecins généralistes de leur commune, ceci afin que ces stocks soient aussi proches que possible de la population.

Les Communes (2)

Ces points de contact communaux se préparent aussi à « leurs autres fonctions qui ne sont pas encore activées pour le moment ». Sous cet euphémisme se cachent la répartition et le tri des malades quand les urgences des hôpitaux seront débordées, voire la transformation en hôpital de campagne à un stade ultérieur de la pandémie… s’il arrive.

Les autorités, désireuses de ne pas susciter la panique de manière inutile, restent discrètes sur les scénarios envisagés.

Le suivi de l’activation des points de contact communaux dans l’ensemble du pays est assuré par les gouverneurs de province.

Les HôPITAUX

Chaque hôpital planche sur un « plan catastrophe » qui puisse rencontrer une brusque augmentation de la pandémie, notamment en intégrant qu’une partie importante du personnel médical sera également indisponible. Dans un premier temps, les opérations non urgentes et les dépistages seront reportés pour déplacer du personnel vers les services d’urgence. Mais le nombre de lits d’urgence complètement équipés n’est pas extensible à l’infini. Dans la région bruxelloise, c’est 300 au maximum. Au-delà ? Il faudra faire des choix entre les malades.

LES ENTREPRISES

Un groupe de travail a été créé au sein du groupe des 10 (les partenaires sociaux) afin de coordonner l’information à destination du monde des entreprises. Dans toutes les grandes sociétés, des cellules sont mises en place afin de préparer l’organisation à des taux d’absentéisme très importants à la rentrée. Deux priorités : veiller au bien-être des travailleurs et assurer la continuité de l’entreprise. Nous reviendrons sur les mesures de préparation prises dans les entreprises dans notre édition de samedi.

Le bilan

Le dernier bilan officiel de l’Organisation mondial de la Santé (OMS), le 27 juillet, et donc déjà dépassé, faisait état de 816 décès dus à la grippe A/H1N1. Le nombre de cas confirmés s’élevait à 134.503 depuis que le virus a été signalé pour la première fois, fin mars dernier. L’Amérique latine est la région la plus touchée avec un total de plus de 550 morts.

La Belgique est le quatrième pays dans l’Union européenne à enregistrer un décès lié au virus, après la Grande-Bretagne (30 morts), l’Espagne (7 décès) et la Hongrie (1 mort). La France a enregistré hier, elle aussi, son premier « décès A/H1N1 ».