La grippe aviaire passe par le chat

SCHOUNE,CHRISTOPHE; PONCIN,JACQUES; STAGIAIRE

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Mercredi 1er mars 2006

P.6 En allemagne, H5N1 a tué un chat. A ce stade, c'est impossible chez nous où le virus ne s'est pas manifesté.

Nous sommes le 1er mars. C'est aujourd'hui que l'obligation de confinement des volailles entre en vigueur sur l'ensemble du territoire belge. Il s'agit d'empêcher l'arrivée chez nous du virus H5N1 de la grippe aviaire en rendant impossible le contact entre les oiseaux migrateurs et les élevages.

Mais ce mardi, la surprise est venue d'Allemagne : sur l'île de Rügen, là même où H5N1 a déjà fait des ravages, un chat est mort, victime de la grippe aviaire.

On savait la chose possible. La crainte est devenue réalité, pour la première fois en Europe. Un laboratoire allemand a conseillé aux propriétaires de chats de garder leurs animaux à l'intérieur.

Et chez nous ? Rien de tel. À ce stade, la Belgique n'est pas concernée par l'épizootie, il faut le rappeler. Un chat ne peut donc ni tomber malade ni a fortiori transmettre la maladie. Pour l'instant en tout cas.

Autre question : les félins peuvent-ils faciliter la mutation du virus ? En fait, nul n'est en mesure de le dire aujourd'hui.

Le filet de volaille se généralise

Grippe aviaire Les mesures de confinement entrent en vigueur ce mercredi

Le confinement des volailles vise en priorité les élevages de poulets fermiers et des particuliers. La police veillera au grain.

reportage

On a beau scruter l'horizon, seule la neige tombe du ciel sur la ferme du Pont dans le village de Villers-le-Peuplier (Hannut), ce mardi. Mais ce n'est pas parce que les migrateurs sont inconnus au bataillon des poulets fermiers, que cet élevage de la province de Liège ne respectera pas les consignes de confinement qui entrent en vigueur ce mercredi.

Propriétaires de l'élevage, Vincent et Véronique Lacanne travailleront « sous filets » pour protéger leurs poulets rustiques de la visite hypothétique de volatiles porteurs du virus H5N1. « Nous avons déjà confiné à l'intérieur nos poulets en attendant d'étendre des filets à l'extérieur, expose Véronique. Nous respecterons les consignes de l'Afsca qui pénalisent davantage notre secteur que les élevages de poulets standards, qui ne sortent pas. Un policier est passé hier et visitait les propriétaires d'au moins vingt poules ! »

Fonctionnaires en journée et fermiers à temps partiel, Véronique et Vincent se sont lancés dans le poulet fermier après la crise de la vache folle. « On faisait des bovins à l'époque et nos revenus ont chuté. Si bien qu'on s'est lancé dans le poulet labellisé. »

Et l'aventure ne fut pas sans heurts. Coup sur coup, la crise de la dioxine en 1999 et la peste aviaire, en 2003 ébranleront ce havre de bonne chair sans toutefois menacer sa viabilité. Comment la crise aviaire actuelle est-elle ressentie ? « Elle à un effet inverse pour nous par rapport à la plupart des producteurs, sourit Véronique. Beaucoup de nouveaux clients viennent s'approvisionner ici parce qu'ils sont rassurés de pouvoir tracer clairement l'origine d'une bête de qualité. »

Membre, de la coopérative Coprobel, la ferme du Pont héberge moins de 2.500 poulets à une encablure de deux élevages industriels... de 25.000 poulets. « Ce type de poulet labellisé est produit exclusivement en Wallonie à base d'alimentation végétale, expose Vincent Lacanne, vice-président de Coprobel. Dans le contexte actuel, ce secteur se défend bien puisque la diminution globale des ventes est de 3 % comparativement aux moins 15 à 20 % affichés par les poulets standards. »

Dans un des poulaillers où caquettent en plein air une centaine de poules, Véronique Lacanne évalue l'ampleur du confinement. « On va devoir couper ce sapin et poser en largeur un filet avec des mailles de quatre centimètres sur quatre. Cela n'empêcherait pas une fiente de tomber. Mais bon, il n'est pas dit dans le règlement qu'il faut imposer un régime complet de claustration. »

Influenza : renforts attendus au centre d'appel

Près de 5.000 appels la semaine passée. Environ 800 pour la seule journée de lundi. En somme, l'heure n'est pas à la flânerie au centre d'appel Influenza (1). « Nous allons augmenter le nombre de téléphonistes à temps plein. Il passera de dix à vingt dès demain », précise Inge Jooris, porte-parole du commissariat interministériel Influenza.

Elle explique que « nous voulons alléger le travail des standardistes afin qu'ils aient plus de temps à consacrer à leur formation. Il est en effet important pour une personne de trouver les réponses à ses problèmes. »

Le centre d'appels Influenza a été mis en place durant le mois de novembre 2005. Il vise à répondre aux questions que les citoyens se posent sur la problématique de la grippe aviaire. Et un processus a été mis en place pour augmenter aisément le nombre de standardistes. « Cette augmentation se fait graduellement. Au début, il n'y avait que huit téléphonistes. Maintenant, ils sont dix et donc bientôt vingt », explique Inge Jooris. Elle ajoute qu'« en cas de crise - si la grippe aviaire arrive en Belgique -, nous avons la possibilité d'accroître ce nombre jusqu'à cinquante téléphonistes. Mais seulement si cela est nécessaire. »

« Depuis que la maladie a atteint la France et l'Allemagne, le nombre d'appels a beaucoup augmenté », affirme-t-on du côté de Sitel, la compagnie qui accueille le centre d'appels. Et on précise qu'« un pic a été enregistré mercredi et jeudi passés avec un total de 3.000 appels rien que pour ces journées ! »

(1) 0800/99.777 ou www.influenza.be

En Allemagne, un premier chat meurt du redoutable virus !

Un chat contaminé par le virus H5N1 a été retrouvé mort sur l'île de Rügen, dans le nord-est de l'Allemagne : sa contamination a été confirmée par un laboratoire compétent. Ce n'est, pour les spécialistes, qu'une demi-surprise.

On doit rappeler en effet que, bien avant la contamination « naturelle » de deux grands félins en Asie, le laboratoire hollandais du Pr Albert Osterhaus, avait tenté d'infecter artificiellement un chat de laboratoire et avait été très surpris de l'extrême facilité de le réaliser. On savait donc les félins et les chats domestiques en particulier très réceptifs à ce fameux virus. On avait d'ailleurs déjà retrouvé des chats domestiques probablement contaminés en Asie du Sud-Est.

Est-ce une mauvaise nouvelle ? Sans doute, mais il faut la relativiser. D'abord, nul ne dit si le chat est susceptible lui-même de continuer la chaîne de transmission de la maladie. Bien entendu, il est plus que jamais conseillé de ne pas manipuler un chat qui présenterait quelque signe de maladie. Il n'est en effet pas impossible que le virus puisse se transmettre épisodiquement à l'homme comme il le fait dans des élevages de volaille en Asie.

Le chat est-il susceptible de permettre une mutation du virus en manière telle qu'il devienne vraiment contagieux pour l'être humain ? Nul ne le sait. A ce propos, on notera que le porc, souvent considéré comme le responsable de la production de plusieurs virus à la source d'épidémies humaines, semble peu susceptible d'être infecté par le H5N1. C'est au moins une bonne nouvelle. Et tout ceci signifie qu'il va falloir, longtemps encore, rester très attentif.

Le zoo d'Anvers dénonce les mesures de confinement

Doit-on confiner les espèces rares d'oiseaux ? Voilà un des sujets de litige débattus mardi lors d'une réunion entre les dirigeants de parcs zoologiques et Jean-Marie Dochy, le directeur général du service contrôle de l'Afsca. « Le 20 janvier, nous avons reçu une lettre nous autorisant à ne pas confiner les espèces rares. C'est-à-dire les espèces dont il existe moins de 2.000 représentants dans le monde et qui font l'objet de programmes d'élevage au niveau international, comme certains types de manchots », s'insurge Roland Vanbockstaele, directeur du zoo d'Anvers et du parc de Planckendael.

« Nous avons donc vacciné tous nos oiseaux. Et puis, vendredi dernier, un arrêté ministériel demande exactement l'inverse : confiner tous les oiseaux. Vous imaginez que cela ne se fait pas en un jour. Les autorités ne se préoccupent pas du bien-être des animaux. Pourtant, la période de reproduction a déjà commencé. Si on l'interrompt maintenant, on menace l'avenir de l'espèce. Et la semaine dernière, lors de la vaccination, une femelle émeu est morte à cause du stress », reprend le directeur, qui entend rédiger une lettre au ministre Demotte.

Au parc Paradisio, il n'y a pas eu de décès dus à la vaccination, mais on confirme les inconvénients : « Il existe effectivement un risque d'interrompre la reproduction. Par exemple, si un oiseau a déjà commencé à faire son nid, souligne Steffen Patzwahl, le conservateur. Mais nous nous plierons bien sûr à l'obligation de confinement. » Après la vaccination, c'est donc reparti pour la course aux oiseaux. A Paradisio, on utilise notamment des pièges à base de nourriture pour éviter le stress des animaux.

Mais pour Roland Vanbockstaele, le plus grave c'est « cette absence de programme à l'Afsca. Les mesures imposées peuvent changer d'un jour à l'autre ».

Du côté de l'Afsca, on temporise. « Les mesures évoluent avec la situation, explique Pierre Cassart, le porte-parole. Les zoos ont tout intérêt à confiner leurs animaux. On n'est jamais trop prudent. »