Actionnaires en colère chez Fortis

GERARD,PAUL

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Mercredi 8 octobre 2008

Les clients de Fortis semblent rassurés. Les actionnaires, eux, restent inquiets. Ils basculent dans l’agacement voire la colère. Selon les courtiers en effet, l’action ne vaut plus que 3,50 ou 4 euros. Deminor et Test-Achats annoncent qu’ils préparent une riposte après le démembrement et la vente de la banque.

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La grogne enfle parmi les actionnaires de Fortis

Alors que Dexia bouillonne toujours en interne et dégringole en Bourse (lire ci-contre), la pression est retombée d’un cran ce mardi du côté de Fortis, promise à la française BNP Paribas depuis l’accord de dimanche soir.

Le risque d’un défaut de liquidités est désormais derrière avec la vente à la banque française de ce qui n’avait pas été cédé deux jours plus tôt aux Pays-Bas (lesquels doivent encore assurer le remboursement de 45 milliards d’euros de crédits à la structure belge, a signalé la direction de BNP Paribas ce lundi). Conséquence : la première banque du pays est à nouveau liquide mais, au passage, elle n’est plus sous contrôle belge et l’action Fortis, ex-star de l’indice BEL 20 aujourd’hui vidée de sa substance, ne vaut plus que de 3,5 à 4 euros selon les courtiers.

D’où la stupéfaction de nombreux actionnaires, qui ne comprennent toujours pas pourquoi il a fallu si vite démembrer et revendre Fortis, à prix bradé et ce sans les consulter à aucun moment. Le bureau de défense des actionnaires minoritaires Deminor et l’association consumériste Test-Achats ont déjà signalé qu’ils travaillaient à une riposte (Le Soir du 7/10). Ce mardi, ils ont (re)dit « analyser les dernières transactions (…) afin d’estimer ce qu’il convient de faire pour défendre au mieux les intérêts de ses actionnaires ». Ils prendront le temps, « compte tenu de la grande complexité du dossier et de la taille limitée des actifs sur lesquels porteraient les recours éventuels. Parmi les possibilités de recours, il existe l’action en désignation d’un expert devant les tribunaux néerlandais ou belges (pour) obtenir une vision plus claire des responsabilités et, si possible, introduire des actions en justice dans ce sens. »

La promesse

d’un lot de consolation

Plus tôt mardi, l’avocat Mischael Modrikamen a dit envisager une action en référé en vue d’obtenir la suspension de la cession de Fortis à BNP Paribas, ni plus ni moins. « Cette opération litigieuse a été décidée par l’Etat belge qui a paniqué et qui s’est comporté en administrateur de fait du bancassureur, mettant ainsi hors jeu ses organes de décision traditionnels, a-t-il assené, relayé par l’agence belga. Ce coup de force a vidé Fortis de sa valeur, c’est une solution à la hussarde qui nuit aux intérêts des actionnaires. »

Bref, la grogne enfle et le gouvernement Leterme l’a bien compris, lui qui a annoncé en bout de nuit ce mardi une convention, encore à passer avec le groupe Fortis, octroyant aux actionnaires un lot de consolation. Soit une fraction du (probable) gain futur (plus-value à la revente et dividendes) à attendre des 11,6 % que l’Etat belge détient au capital de BNP Paribas, dont on retranchera au préalable le montant de l’investissement (et son coût de financement) mais aussi une « prime de risque raisonnable » encore à déterminer. La promesse du gouvernement est vague et ne pèsera pas lourd face aux 20 milliards d’euros qui ont filé sous le nez des actionnaires du fait des cessions d’actifs menées ces derniers jours.

En attendant, la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) a décidé de maintenir suspendue l’action Fortis jusqu’à ce que le groupe fasse toute la lumière sur son nouvel état. Ces explications devraient tomber ce mercredi.

La plus grande salle de marchés du pays tremble

Ils n’ont pas traîné. Ils sont là depuis lundi à la première heure et, visiblement, ils sont décidés à aller vite. » Depuis le début de la semaine, la salle de marchés de Fortis Banque, la plus grande du pays, est aux mains des hommes de BNP Paribas. Ils sont venus contrôler les moindres faits et gestes des 450 opérateurs qui s’activent sur ce vaste plateau où sont concentrées les manipulations de produits financiers, véritable centre nerveux de la banque. « L’ambiance y est pourrie, entre ceux qui essaient de se placer vis-à-vis du nouveau propriétaire et ceux, la plupart, qui se disent qu’ils vont valser », nous situe-t-on. Pour cause de doublon avec la salle de marchés de BNP Paribas, il ne devrait plus rester grand-chose à terme de celle de Fortis. Dans d’autres services centraux aussi, on s’attend à de solides dégraissages : juridique, gestion des risques…