La Haute-Sûre, un parc très nature Le premier parc naturel grand-ducal n'est pas encore officiel, mais les projets touristiques et agricoles bouillonnent. A découvrir! Un pays, quatre parcs transfrontaliers Une valorisation harmonieuse et heureuse de l'agriculture Des circuits thématiques, tous azimuts Renseignements pratiques

BODEUX,JEAN-LUC

Page 23

Vendredi 3 avril 1998

La Haute-Sûre, un parc très nature Le premier parc naturel grand-ducal n'est pas encore officiel, mais les projets touristiques et agricoles bouillonnent. A découvrir!

UN DOSSIER

de Jean-Luc Bodeux

Cette région de la Haute-Sûre, voisine de sa consoeur belge au départ de Martelange, séduit d'emblée le regard. La Sûre y a creusé des vallées profondes, dans le schiste de l'Oesling (Ardennes luxembourgeoises). Les paysages sont beaux et doux, avec des villages qui pointent leurs toits de ci de là, tels des bijoux dans un immense écrin vert. La notion de parc y est finalement naturelle. Mais elle a pourtant mis du temps à engendrer cette identité.

Les premiers pas remontent en 1959, lors la création du barrage, et donc du lac de la Haute-Sûre, l'importante réserve d'eau qui alimente une bonne partie du Grand-Duché. Ce n'était qu'une idée. Puis il y eut une note d'intention gouvernementale en 81. Quand le secrétariat d'Etat à l'Aménagement du territoire, M. Bodry, présenta en 87 une étude plus précise, les boucliers se levèrent du côté des agriculteurs et des élus. Un syndicat intercommunal de lutte contre le parc, tel que présenté, fut même mis en place. Le ministre décida de revoir sa copie en instituant un comité mixte Etat-communes.

L'association Oeko-Fonds fut chargée de réaliser une étude de faisabilité, avec l'objectif de valoriser cette région. Les 9 communes concernées marquèrent leur accord: Ell, Rambrouch, Boulaide, la commune du Lac (Bavigne), Winseler, Insenborn , Wahl, Esch-sur-Sûre et Heiderscheid. La première convention de fonctionnement du Sycopan (syndicat des communes du parc naturel) fut signée en 88, pour 10 ans.

Cela va changer sous peu, puisque deux communes ont décidé de ne plus faire partie du Parc. C'est le gros point noir, alors que tout semblait tourner rond. Wahl revendique une taxe sur l'eau potable, pour assurer le fonctionnement du Parc, ce qui lui a été refusé. Elle en a fait une question de principe. Rambrouch, la plus grande des 9 communes, n'est pas d'accord avec le Parc pour des raisons politiques et financières. La cotisation au Sycopan se fait en effet au prorata du nombre d'habitants et de la superficie. Elle estime le retour insuffisant. Mais dans une philosophie «Parc», si on calcule en termes strictement économiques, mieux vaut ne pas participer, estime Mme Marx, la secrétaire du Sycopan. Toutefois, les prochains statuts envisageront qu'il n'y ait plus de travaux conséquents, comme la Maison du Parc, sans l'accord unanime des conseils.

Rambrouch et Wahl partis, Ell se retrouve isolée. De plus, bien des projets en cours sont issus de Rambrouch. Que vont-ils devenir, alors que cela fonctionne bien, mystère? D'ici juillet, date espérée pour l'officialisation du parc, le Sycopan nouveau espère y voir plus clair.

Un pays, quatre parcs transfrontaliers

Comme en Belgique, la mise sur pied des parc naturels n'est pas simple au grand-duché. Le travail se fait lentement. Le parc naturel de la Haute-Sûre est le premier à fonctionner, tout en n'étant pas reconnu officiellement. Mais le plan d'aménagement du territoire en prévoit trois autres. Tous sont transfrontaliers. Logiquement, la Haute-Sûre grand-ducale devrait trouver un prolongement vers la Haute-Sûre belge, qui devrait couvrir six communes. Une étude de faisabilité y est en cours. Et, dans le prolongement, d'autres synergies sont et seront créées avec le parc naturel de la vallée de l'Attert, notamment via la commune voisine d'Ell.

Les trois autres parcs sont le parc de la Moselle, également baptisé parc des trois frontières (G-D.L. - Fr. - All.), dans la région de Remich et Mondorf. L'ASBL d'utilité publique Oeko-Fonds doit terminer son étude de faisabilité pour fin juin. Pareille étude est également en cours en Allemagne, mais elle n'est nulle part en France.

Les deux autres parcs ne formaient qu'une entité de 358km2 au départ. Le projet a depuis lors été scindé en un parc de l'Our (autour d'Echternach) et en un parc germano-luxembourgeois de la Petite Suisse (autour de Vianden et de Clervaux), qui lui est contigu. Mais si une étude de faisabilité est également en chantier pour l'Our, rien ne bouge du côté de la Petite Suisse.

Une valorisation harmonieuse et h eureuse de l'agriculture

Fin des années 80, les programmes européens Leader et 5 b ont permis à cette région de réaliser des projets dans le cadre du Parc en gestation, derrière le triple objectif «économie-protection de l'environnement-tourisme». C'est ainsi qu'a été lancé le projet «tisanes du Lac» (Téi vum séi). Les agriculteurs intéressés se sont formés et ont planté quelques ares de plantes médicinales.

Aujourd'hui, cette production de qualité (pesticides et fongicides sont interdits) se retrouve dans les commerces, même dans les grandes chaînes grand-ducales. C'est la manufacture des herbes aromatiques de Winseler qui assure le séchage et l'emballage des plantes, en vrac ou en filtrettes. La production devrait croître, comme les variétés. Vu ce premier succès, un jardin botanique rassemblant 300 plantes a été créé à proximité.

Le Parc a d'autre part permis le développement de filières agricoles spécifiques, derrière le slogan «nature et qualité». Le label «Véi vum séi» (viande du Lac) n'est attribué qu'aux agriculteurs du Parc qui s'engagent à respecter des critères stricts quant à l'élevage et à la protection de l'environnement, toutes espèces confondues.

A Eschdorf, commune de Heiderscheid, la boutique du parc a intégré une boucherie et une boulangerie qui vendent cette production du Parc. Elle commercialise aussi d'autres produits régionaux.

La production d'orge brassicole se fait également sur 350 ha depuis deux ans. Toute la production va à la brasserie voisine Simon, à Wiltz, qui bénéfcie ainsi d'un produit sans pesticide. Le Sycopan et la brasserie paient une indemnité supplémentaire pour garantir une qualité supérieure. Enfin, l'an passé, 5 ha d'épeautre ont été plantés et des essais de transformation dans les restaurants ont été concluants. La superficie sera quadruplée en 98.

Des circuits thématiques, tous azimuts

Le Parc de la Haute-Sûre ne peut évidemment nier sa dimension touristique. Il s'agit même d'un aspect essentiel de valorisation. Les responsables de la Maison participent d'ailleurs régulièrement aux foires de Cologne, Essen, Anvers et Bruxelles, pour vanter une région séduisante et reposante. Pour être encore plus attirant, le Parc a misé sur différents circuits thématiques.

Nous avons voulu mettre en valeur le patrimoine architectural et naturel, tout en y intégrant un aspect novateur, à l'exemple du circuit de la sculpture, commente Fernande Marx. Autour de ce beau lac qui traverse le parc, les vues superbes et les découvertes sont variées, tout comme les activités sportives et de loisirs.

Circuit religieux. Il met notamment en valeur le travail de décoration de deux sculpteurs, le Bastognard Jean-Georges Scholtus et Nicolas Jacques, qui ont travaillé pour de nombreux édifices religieux, fin du XVIII e. On y découvrira les fresques du XVe de l'église Saint-Willibrord de Rindschleiden, l'église baroque de Colpach-Bas et l'ermitage de Wolvelange.

Circuit de la seconde guerre. Dans de nombreuses localités, des monuments et plaques commémoratives ont été érigées depuis la seconde guerre mondiale, qui a fait de l'Ardenne un terrible champ de combat. Ce circuit permet de découvrir ces monuments du souvenir, mais aussi d'autres réalisations comme le petit musée de la guerre dans l'ancienne école d'Insenborn, créé par le Groupe de recherches et d'études de la 2 e guerre, ou encore le bunker de Kaundorf.

Circuit des cinq moulins. Au départ du pont Misère, entre Boulaide et Arsdorf, ce circuit de 23 kms permet de découvrir 5 moulins aux destinées différentes. Celui de Bigonville, transformé en partie en hôtel, de Boulaide - devenu une maison d'habitation privée -, de Surré, le seul à encore fonctionner ponctuellement et les deux moulins d'Arsdorf, qui ont conservé leur matériel d'origine.

Circuit des maisons traditionnelles. Il a été élaboré avec la commission des Sites et Monuments. Ce circuit permet de découvrir un patrimoine rural superbe, fait de fermes imposantes, de maisons de maître, de presbytères et de maisons de caractère, sans oublier la plupart des rues d'Esch-sur-Alzette. Un vrai régal pour les yeux!

Circuit éducatif. L'an passé, le Parc l'a ajouté sur 3 communes. Il vise à sensibiliser les enfants à la découverte des richesses naturelles de la Haute-Sûre, notamment par des jeux interactifs. Un guide-nature est par ailleurs en préparation pour 1999.

Circuit de la sculpture. Ila été développé en 95 et 96 à Bilsdorf, suite à un symposium international de sculpture. Quatre sculpteurs ont travaillé la pierre sur les sites d'exposition permanente, durant deux mois. Un dialogue étonnant entre les paysages et l'art.

Renseignements pratiques

Pour obtenir tous renseignements à propos des circuits, des visites, des expositions, des hôtels et restaurants du Parc de la Haute-Sûre, il faut s'adresser à la Maison du Parc, 15, route de Lultshausen, L-9650 Esch-sur-Sûre (00352-89.93.31.1). Elle est ouverte tous les jours (sauf mercredi) de 10 à 12 h et de 14 à 18 h, les samedis, dimanches et jours fériés de 14 à 18 h. Visites guidées de cette ancienne draperie et du musée sur rendez-vous.

La maison

du parc, l'âme

de la Haute-Sûre

L'ancienne fabrique de draps d'Esch, fermée en 1975, a été transformée en un superbe centre d'accueil touristique. La reconversion a nécessité un investissement de 95 millions, financé par l'Etat et l'Union européenne (55%) mais aussi les communes du parc. Outre son rôle d'accueil et de point de départ pour des visites à travers tout le parc, le centre d'accueil recèle un joli musée de la Draperie. Toute la machinerie en place fonctionne, et la maison espère pouvoir vendre quelques productions lainières dans les prochains mois. Ce matériel a été remis à neuf par M. Grethen (photo ci-contre), qui s'est passionné pour ces superbes mais exigeants mécanismes de jadis, dont quelques-uns fabriqués à Verviers. La maison présente aussi à l'étage une exposition sur le parc, dans un agréable cadre où le bois est roi, avec deux parcours pour les enfants. Une salle de projection la complète, sans oublier la boutique qui propose un beau choix de produits du parc.

Gourmets du parc

avec label

de garantie

Produire, c'est bien, mais mettre cette production à la portée de toutes les papilles, c'est beaucoup plus agréable. Le «gourmet» du parc, c'est un label de garantie qui a trouvé chez neuf restaurateurs un lieu pour s'imposer. Ces restaurateurs proposent sur leurs cartes des plats composés avec des produits exclusivement originaires du parc. Cette gastronomie du pays, lancée durant l'été 1997, a connu un franc succès. Un restaurateur a concocté 500 menus de ce type en trois mois. Ce label a aussi obligé les cuistots à devenir plus créatifs, en utilisant toutes les parties de l'animal à mitonner, et pas seulement les beaux morceaux classiques.