La justice voit rouge et inculpe D’Onofrio
MATRICHE,JOEL; PAIROUX,ETIENNE; LELOUP,DAVID
Page 2
Samedi 25 juin 2011
L’enquête, conduite par le juge Philippe Richard et par la brigade financière de Liège, avait déjà été ponctuée de nombreuses auditions, de perquisitions en Espagne, au Portugal, en France, en Allemagne, en Belgique. Ainsi que de la saisie conservatoire, en juin 2008, de la fantasque maison que possède Lucien D’Onofrio au cœur de Liège et de trois autres immeubles, situés à Ans. La plupart de ces bâtiments sont d’ailleurs propriétés d’Alalunga Anstalt.
Ces sociétés – et probablement d’autres, dans lesquelles apparaissent aussi D’Onofrio et Delmenico mais qui n’ont pas encore été dénoncées par la justice – auraient permis de minimiser le salaire officiellement perçu par certains joueurs objets de transferts : une partie de cette rémunération étant perçue dans des pays au régime fiscal plus favorable que le nôtre, ce sont autant de millions d’euros qui, soupçonne la justice, auraient ainsi été soustraits au fisc et à la sécurité sociale.
Une partie de l’argent détourné aurait également pu, craignent les enquêteurs, servir aux recapitalisations du Standard effectuées au début des années 2000. Cette première salve d’inculpations, confie un proche du dossier, pourrait être suivie par une seconde après les vacances d’été.
P. 47 32 millions pour le Standard
Lucien D’onofrio
Naissance. Le 14 septembre 1955 (55 ans) à Suio di Castelforte (Italie)
Parcours. Médian passé notamment par Winterslag, Houston (USA) et Portimonense (Portugal) avant de mettre un terme à sa carrière à la suite d’une double fracture de la malléole, Lucien D’Onofrio s’est fait un nom comme conseiller sportif de l’Inter Milan (1984) puis comme relations extérieures et manager général du FC Porto (1985-1991). Il devient ensuite agent de joueurs (1991-2004) puis vice-président du Standard (2004-2010).
Changement d’équipe
Si la justice a quelque chose à reprocher à mon client, il faut qu’un procès débute le plus rapidement possible afin que nous puissions nous défendre », a sobrement commenté vendredi à plusieurs journaux Paul Delbouille, l’avocat de Luciano D’Onofrio. Il estime que rien de véritablement neuf ne s’est ajouté au dossier depuis le début de l’instruction. Egalement administrateur du club, le conseil de Lucien D’Onofrio a présenté sa démission au conseil d’administration. Il restera néanmoins membre du comité exécutif de l’Union belge. Sacha Daout, directeur de la communication du club depuis le 1er janvier 2010, a également quitté l’équipe « suite à la mise en place d’un nouvel organigramme. »
Commissions occultes blanchies
enquête Après plus de sept ans d’enquête judiciaire, des perquisitions dans les plus grands clubs de
Les enquêteurs ont désormais la conviction que Lucien D’Onofrio a investi de l’argent noir dans la SA Standard de Liège, lors du sauvetage du club, il y a une dizaine d’années. Ces fonds proviendraient de commissions occultes versées lors de transferts de joueurs dont D’Onofrio était l’agent, ou un intermédiaire, dans les années 90.
Entre 1991 et 2004, l’ex-homme fort du Standard a été l’agent des plus grands joueurs de la planète : Zidane, Desailly, Baia, Deschamps, etc. Les opérations de blanchiment présumées en bord de Meuse ont quant à elles été réalisées entre 1999 et 2002. En 1998, le Standard est financièrement exsangue. Robert Louis-Dreyfus, homme d’affaires suisse et principal actionnaire de l’Olympique de Marseille, entre au capital du matricule 16 à la demande de son ami Lucien D’Onofrio. Les deux hommes sauveront le club de la faillite en y injectant pas moins de 35,6 millions d’euros. Le sauvetage s’est effectué lors de quatre augmentations de capital en avril 1999, janvier 2000, décembre 2000, et juin 2002, selon les informations disponibles aux greffes du tribunal de commerce de Liège. Lors de chaque recapitalisation, 90 % des fonds injectés provenaient de Robert Louis-Dreyfus, les 10 % restants de D’Onofrio. Au total, l’ex-vice-président du Standard a injecté près de 3,6 millions d’euros.
Mais à l’époque, il avance masqué. D’Onofrio opère via Kick International Agency BV, une société boîte-aux-lettres gérée par le géant de l’audit KPMG à Amsterdam. Le Soir a consulté le registre hollandais des sociétés : le nom de D’Onofrio ne figure nulle part. Seul son ami Maurizio Delmenico, agent fiduciaire basé à Lugano, apparaît comme directeur. Delmenico, qui est également agent de joueur agréé par la FIFA, représentera Kick International au conseil d’administration du Standard de 1998 à février 2005. Le registre hollandais indique par ailleurs que Kick est une filiale à 100 % de International Agency for Marketing Ltd. (IAM), une sulfureuse société offshore du Liechtenstein dont la justice française a percé le voile d’opacité et mis au jour le bénéficiaire économique : Lucien D’Onofrio.
Fin des années 1980, cette coquille enregistrée à Vaduz apparaît dans l’affaire de la caisse noire du Sporting Club de Toulon. Dans son réquisitoire, en 1995, le procureur général de la cour d’appel d’Aix-en-Provence qualifiera Lucien D’Onofrio de « spécialiste de fourniture en fausses factures » émises par IAM. A l’époque, D’Onofrio fournit ces faux en écriture à Rolland Courbis, alors entraîneur de Toulon, « pour détourner des fonds » du club et rémunérer des joueurs au noir. Au passage, l’intermédiaire D’Onofrio prend sa commission. « De plus, selon le procureur, il avait été mis en examen dans l’affaire des Girondins de Bordeaux pour des faits similaires. » Dans l’affaire du SC Toulon, D’Onofrio sera condamné en novembre 1995 par le tribunal correctionnel de Marseille à un an de prison avec sursis et 50.000 francs français (7.622 euros) d’amende pour faux, usage de faux et abus de confiance.
A Bordeaux, il écopera d’une amende de 300.000 francs (46.000 euros) pour abus de confiance et recel liés à son rôle d’intermédiaire dans les comptes occultes des Girondins. Il bénéficiera par la suite d’une grâce présidentielle. Lucien D’Onofrio et sa société IAM apparaissent également dans le scandale des transferts frauduleux à l’Olympique de Marseille, fin des années 1990. En particulier dans les transactions liées aux transferts, en 1997, de l’attaquant français du FC Barcelone, Christophe Dugarry, et du centre-avant italien de Middlesbrough, Fabrizio Ravanelli.
En novembre 2007, D’Onofrio sera condamné par la cour d’appel d’Aix-en-Provence à deux ans de prison dont 6 mois ferme (18 mois avec sursis), 200.000 euros d’amende, et 2 ans d’interdiction d’activité liée au football sur le territoire français. Un jugement confirmé en cassation. Selon ce jugement, les transferts de Dugarry et Ravanelli ont donné lieu à une « majoration frauduleuse » de leur montant destinée à être reversée aux joueurs, dans le but de minorer les salaires à leur payer. Ces majorations se sont traduites par des commissions respectives de 3,6 et 5,3 millions de francs (549.000 et 808.000 euros) à la société IAM « dont le montant devait faire l’objet de rétrocessions occultes ». Fin 2003, soit après la recapitalisation du Standard, les enquêteurs liégeois commencent à soupçonner Lucien D’Onofrio d’avoir blanchi ces commissions occultes en les injectant dans le club liégeois. Le juge d’instruction financier Philippe Richard est saisi de l’affaire le 24 avril 2004.
Les limiers de la Cité ardente creusent le sillon français. Et après Sclessin, perquisitionnent à Barcelone, Madrid, Porto, Lisbonne, Hambourg… Ils recherchent d’autres transferts suspects dans lesquels Lucien D’Onofrio est intervenu. Ils en trouveront au moins deux : celui du gardien portugais du FC Porto, Vitor Baia, transféré à Barcelone en 1997, et celui de Sergio Conceiçao, transféré de l’Inter de Milan à la Lazio de Rome en 2003. Dans ce dernier cas, des commissions occultes auraient transité par Corporate Press Limited, une coquille britannique créée à Londres, en juillet 2002 à quelques encablures de la City. Cette offshore vient juste d’être dissoute et sera définitivement rayée du registre britannique mardi.
à Sclessin ?
À SCLESSIN
Pour l’heure, non, même si 10 % des parts du Standard de Liège, détenues par Lucien D’Onofrio via la société hollandaise Kick International, ont été saisies à titre conservatoire en début de semaine par la justice liégeoise. Ces parts pourront cependant être acquises par Roland Duchâtelet mais la produit de la vente devra être
rétrocédé à la justice.
La journée de Pierre François était très chargée vendredi. Non seulement, en compagnie de Roland Duchâtelet, il a reçu plusieurs personnes susceptibles de rejoindre le staff sportif. Mais en plus, il a dû faire face aux demandes concernant l’inculpation de Lucien D’Onofrio.
« Je tiens d’abord à rappeler qu’une inculpation n’est pas une condamnation, précise le directeur général du club principautaire. Ensuite, je ne doute pas que Lucien D’Onofrio et son avocat se défendront utilement d’une inculpation qui semble sortir suite au fait que les négociateurs pour le rachat du club ont demandé à bénéficier du registre des actions qui a fait l’objet, comme d’autres documents, d’une saisie (NDLR : en 2004). Ensuite, cela semble concerner des transferts anciens. Enfin, cela n’a aucune conséquence sur la vente du club qui est actée et définitive ».
Articles similaires :
- La galaxie offshore de D’Onofrio -- ...
- Standard Le club est au cœur de lR...
- Anderlecht rattrapé par l’« affaire ...
- Des biens de Luciano D’Onofrio saisi...
- « Il y aura d’autres inculpations au...
- Standard Le club est au cœur de lR...
- Chat : le réseau opaque de Luciano D’...
- L’inculpation de D’Onofrio ne ...
- Luciano D’Onofrio inculpé pour blanc...
- 60 millions de francs belges de commission...
- D’Onofrio condamné à 6 mois ferme...
- Luciano D’Onofrio toujours visé par ...
- Standard La 4e audition de D'Onofrio était...
- Commissions douteuses Les transferts de De...
- France Procès de l’OM : peine confir...
- Luciano d’Onofrio inculpé de blanchi...
- Standard L’ami de Robert Louis-Dreyf...
- Affaire D’Onofrio : « Anderlecht ris...
- Standard : Une audition de 14 heures pour ...
- Standard La justice a inculpé les trois de...
