La Libye, moins cher que l’Irak ou l’Afghanistan pour la Belgique

KIESEL,VERONIQUE

Jeudi 24 mars 2011

Les F-16 belges ont effectué lundi et mardi au moins deux missions sans incidents. Coût de la participation belge à l’« Aube de l’Odyssée »: 12 millions. Par Véronique Kiesel

Avec six avions de chasse F-16 et un navire chasseur de mines, le Narcisse, déployés dans le cadre de l’opération « Aube de l’Odyssée », la Belgique participe plus que symboliquement à la coalition internationale en Libye. Dont coût : 12 millions (lire ci-contre). Mais face à l’armada américaine – onze navires dont trois sous-marins et plusieurs dizaines d’avions – ou au porte-avions Charles de Gaulle français, le rôle de la Belgique est évidemment modeste. « Il y a les grandes puissances, ou ceux qui pensent l’être, et puis les autres, dont nous », sourit un responsable militaire belge…

Sur le terrain, après avoir neutralisé l’aviation militaire de Kadhafi, les forces de la coalition ont effectué hier des frappes aériennes contre les forces au sol qui attaquent les villes d’Ajdabiya, Misrata et Zawiyah pour les forcer à se replier. Et six navires de l’Otan ont commencé à patrouiller au large de la Libye pour mettre en œuvre un embargo sur les armes. Et les Belges ?

Le mandat des six F-16 belges

« Nos pilotes, une douzaine jusqu’ici, sont autorisés à bombarder dans le cadre de la zone d’exclusion aérienne, mais dans des conditions très strictes, précise Michel Singelé, lieutenant-général d’aviation et porte-parole de l’opération pour l’armée belge. Ils peuvent mener des opérations air-air, contre des appareils libyens qui n’obéiraient pas aux injonctions de la coalition, ou pour empêcher qu’un autre appareil de la coalition soit détruit, mais ils peuvent aussi, le cas échéant, mener des opérations air-sol, pour éliminer des défenses aériennes mais aussi s’il y a une menace claire contre les civils libyens. Exemple : une colonne de 50 chars de Kadhafi fonce vers Benghazi. Nous pourrions être appelés à la bombarder. Mais il est hors de question d’aller bombarder un dépôt d’armes au milieu du désert. Se mettre du côté des rebelles pour aller libérer des villes n’appartient pas à notre mandat, même si d’autres pays de la coalition peuvent avoir une interprétation différente. L’intervention de la coalition va cependant rétablir un certain équilibre entre les forces de Kadhafi et les rebelles. Avant, il y avait un énorme marteau – les forces de Kadhafi – qui écrasait quelques petits clous – les rebelles. Il y a maintenant moins de déséquilibre ».

La chaîne de commandement

Elle semble complexe, alors que le rôle de l’Otan dans le commandement n’est toujours pas clair. « En réalité, elle est claire et rapide, précise Michel Singelé. Un pilote qui détecte un présumé ennemi essaie de l’identifier. S’il pense qu’il doit intervenir, il entre en communication avec le QG de Ramstein (Allemagne). Une vérification a alors lieu : cet objectif est-il en accord avec le mandat et avec les règles d’engagement ? Si oui, le pilote reçoit son feu vert. Si non, le ”red card holder” arrête l’opération. Tout cela se fait très vite ». Et si l’Otan prend les rênes de l’opération ? « Cela ne changera pas grand-chose. Les procédures sont standardisées, rien ne va changer pour les pilotes ».

La tâche du Narcisse

Ce chasseur de mines était déjà en Méditerranée et participait à une opération anti-terrorisme de l’Otan. Il est en mer depuis le 31 janvier avec un équipage de 40 personnes. Depuis ce mercredi 19h, il est intégré à une autre opération Otan, de contrôle de l’embargo des armes à destination de la Libye. « Le Narcisse est près de la Sicile et donc opérationnel, il dépend du QG de Naples, précise Jean-Thierry Pynoo, capitaine de vaisseau, porte-parole de la composante marine de l’armée belge. Il est chargé d’identifier les bateaux croisant dans la zone. Si un navire semble suspect, il contacte l’état-major qui, au besoin, donne l’ordre de mener un contrôle spécifique de ce bateau. C’est alors une équipe spécifique basée sur une frégate qui intervient : ce n’est pas la tâche du Narcisse ».