La Malibran et sa voix partent sur les traces de leur passé

DEBROCQ,MICHEL

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Lundi 24 juillet 2000

La Malibran et sa voix partent sur les traces de leur passé

La maison communale d'Ixelles se souvient avoir été, au siècle dernier, ce merveilleux pavillon abritant les amours de la célèbre cantatrice Maria Malibran qui avait épousé en secondes noces le violoniste belge Charles De Bériot. Sandrine Willems met en scène le destin peu commun de cette chanteuse trop tôt disparue, au départ de son court roman «Una voce poco fa», publié récemment par les éditions Autrement.

Texte magnifique dans sa concision et sa force poétique, on ne lui reprochera guère que quelques approximations historiques un peu grosses: l'«oubli» du premier fils de la Malibran avec De Bériot (né en 1833), ou la légèreté avec laquelle l'auteur fait mourir le violoniste «de - chagrin», peu de temps après son épouse en 1836... alors qu'il est décédé en 1870!

Cela n'enlève rien aux qualités littéraires du texte, dont la transposition théâtrale est remarquablement servie par le talent de la comédienne Christine Divito, qui traduit en un mélange subtil de flamme et de pudeur les élans et les cassures d'une - femme qui a si souvent porté la solitude en écharpe, au milieu même du succès le plus retentissant. Son double sur scène, la soprano française Sophie François, illumine de sa voix quelques airs qu'a chantés la Malibran (Rossini et Bellini, surtout), réussissant le difficile pari de transporter l'opéra dans l'intimité d'une petite salle, sur l'accompagnement particulièrement discret du luth et de la - flûte.

Cette sonorité instrumentale finit par lasser à cause de l'uniformité un peu tristounette des timbres, sans compter que le choix du luth est plutôt étrange d'un point de vue historique, l'instrument ayant disparu du paysage musical au XVIII e siècle. Mais l'on remerciera Jean-Luc Impe d'avoir habité musicalement ce spectacle d'une présence délicatement chaleureuse, choisissant aussi de nous faire découvrir quelques airs écrits par la Malibran elle-même - car elle composait, comme l'a fait également sa soeur cadette, la non moins célèbre Pauline Viardot.

Le spectacle s'impose certainement par la sincérité de sa démarche, malgré quelques maladresses de mise en scène - parmi lesquelles il faudra compter les déambulations quasi hypnotiques de Thomas Moulin, qui incarne d'une manière uniformément alanguie les différents hommes ayant hanté la vie de la cantatrice.

MICHEL DEBROCQ

«Une voca poco fa», Maison communale d'Ixelles, place Fernand Cocq, -jusqu'au 30 juillet.