LA POLOGNE VAUT-ELLE UNE MESSE

AFP

Page 6

Jeudi 2 novembre 1989

La Pologne vaut-elle une messe?

La volonté du chancelier Helmut Kohl d'assister à une messe en allemand en Silésie, en dépit de l'opposition du gouvernement de Varsovie, jette une ombre sur la visite hautement symbolique du chef du gouvernement ouest-allemand en Pologne. Le différend témoigne de la difficulté de l'objectif ambitieux que s'est fixé le chancelier, au cours de sa visite officielle du 9 au 14 novembre en Pologne de parvenir à une réconciliation durable entre deux pays dont les relations souffrent du poids de l'histoire.

La querelle est née de l'intention de M. Kohl d'assister à une messe en allemand dans un sanctuaire en Haute-Silésie, une région anciennement allemande et aujourd'hui polonaise. Le lieu choisi par le chancelier, le monastère du mont Sainte-Anne, est un symbole patriotique et historique aussi bien pour les Polonais que pour les Allemands.

Les deux peuples se sont battus à plusieurs reprises autour de ce monastère franciscain et une insurrection polonaise y a été écrasée dans le sang en 1921 par le corps franc allemand «Oberland». Un mémorial érigé par les nazis en 1934 sur cette colline de basalte de 400 mètres de haut a été rasé en 1945 par la Pologne, à qui les Alliés vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ont attribué la région.

Le gouvernement polonais dirigé par le catholique Tadeusz Mazowiecki a fait savoir à Bonn qu'un déplacement du chancelier au mont Sainte-Anne serait indésirable. Le quotidien du PC, Trybuna Ludu, a fait monter la pression en qualifiant de «scandale» le projet de M. Kohl.

Le gouvernement ouest-allemand, qui pensait justement faire de la visite au monastère un signe de la réconciliation germano-polonaise, a réagi avec stupeur à l'opposition de Varsovie. M. Kohl a téléphoné mardi à M. Mazowiecki, mais le différend n'a pu être réglé, empêchant jusqu'à présent l'arrêt définitif du programme de la visite.

Le voyage de M. Kohl en Pologne doit être l'occasion pour le gouvernement de Bonn d'annoncer un important programme de soutien économique à ce pays, témoignant de la volonté de la RFA d'aider de son mieux les pays d'Europe de l'Est engagés dans des réformes démocratiques. En RFA, l'opposition de gauche a appelé le chancelier à renoncer à son déplacement au monastère. Même le parti libéral (FDP) du ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher a demandé au chef du gouvernement de réviser son projet.

M. Kohl (Union chrétienne-démocrate CDU) a toutefois reçu le soutien total de l'Union chrétienne-sociale bavaroise (CSU).

Le sujet est ultra-sensible en RFA où un débat a été relancé récemment par les milieux conservateurs sur la permanence de la frontière occidentale de la Pologne. Elle a été fixée en 1945 sur la ligne Oder-Neisse, faisant passer plusieurs territoires anciennement allemands, dont la Silésie, sous souveraineté polonaise.

Séoul et Varsovie:

relations

diplomatiques

La Corée du Sud et la Pologne ont établi mercredi des relations diplomatiques. La Pologne devient ainsi, après la Hongrie, le second pays d'Europe de l'Est à normaliser ses relations avec Séoul. La Yougoslavie devrait bientôt effectuer la même démarche. A la suite de cette décision polonaise, la Corée du Nord a rappelé son ambassadeur en Pologne. (AFP.)