LA PRIERE APRES LES CONFRONTATIONS : UN PAS SUR LA LONGUE ROUTE DE LA PAIX LA GRAND-PLACE,HAVRE DE TOLERANCE ENTRE RELIGIONS

LAPORTE,CHRISTIAN

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Mercredi 16 septembre 1992

La prière après les confrontations: un pas sur la longue route de la paix

La Grand-Place, havre de tolérance entre religions

Sans armées ni forces socio-politiques puissantes, les religions paraissent bien démunies, mais elles ont des énergies fantastiques à mettre en oeuvre afin que les peuples apprennent à mieux s'entendre: en terminant la partie académique de la rencontre des religions mondiales pour la paix, à Louvain, le cardinal Glemp, primat de Pologne, n'a pas caché que la route vers la paix serait encore longue et sinueuse mais par un dialogue sincère entre les croyants de nouvelles pistes peuvent se profiler. C'est le sentiment général qui prévalait dans les rangs des participants issus des douze principales religions du monde au bout de deux jours d'intenses débats.

Il reste que beaucoup de ces «pèlerins de la paix», tout en exprimant leur joie de s'être (re)trouvés, éprouvent un certain malaise à propos des résultats réels de la rencontre.

BALKANS: LA GUERRE VERBALE

DES ÉV EQUES

Dans trop de tables rondes et de débats, l'on n'a eu droit qu'à une juxtaposition de points de vues préétablis et intangibles, jusques et y compris, un comble, dans celle consacrée aux religions présentes en Belgique! Pire, à celle intitulée «les Balkans: attentes de paix», c'est à une véritable guerre verbale aux accents parfois haineux qu'on a assisté entre l'évêque serbe orthodoxe, Krstic Danilo, et l'évêque croate catholique, Djuro Koksa...

Pourtant, bien des représentants se sont efforcés d'élimer les aspérités.

Le cardinal Martini, par exemple, président des conférences épiscopales catholiques, s'est efforcé de montrer que de synode en réunions interreligieuses diverses, une Europe oecuménique ne relève plus du voeu pieux.

Et de prôner une grande réunion paneuropéenne, où toutes les religions pourraient se parler d'égales à égales. Mais, il faudra aussi mettre sur pied une réelle éthique mondiale et peut-être y associer d'une manière ou l'autre ceux qui, athées ou agnostiques, ne reconnaissent pas leur philosophie dans ces structures.

À l'évidence, le sujet des rapports entre les pays pauvres et ceux jouissant d'une certaine prospérité, pour complémentaire qu'il n'était, a pris le dessus dans bien des conversations. Et un des temps forts fut la proclamation d'un appel à la solidarité avec l'Afrique.

SYMBOLIQUE BRUXELLOISE:

CONVERGENCE GRAND-PLACE

Alors, bouteille à demi vide ou à demi pleine? Pour le cardinal Danneels, le résultat n'est pas si négatif (lire notre interview en page 2), d'autant plus qu'à des siècles de guerres religieuses a succédé une ère de rencontres, n'en déplaise au quarteron de catholiques traditionalistes qui ont diffusé un tract contre la rencontre.

Fort symbolique à cet égard fut la finale à Bruxelles. Après avoir prié, entre eux, en divers sites du centre, comme pour rappeler leurs spécificités, tous les participants ont convergé vers la Grand-Place pour une cérémonie finale où un appel solennel à la paix a été lancé avec, en toile de fond, l'indispensable solidarité entre le Nord et le Sud. Même thème dans un message particulier du pape Jean-Paul II demandant à l'Europe de combattre tout repli sur soi et d'être capable de regarder en direction de l'hémisphère sud.

De retour chez eux, les «pèlerins» n'auront pas la tâche facile pour passer des mots de tolérance aux actes de leurs ouailles concrétisant tous ces voeux pieux... Prochaine réunion, l'an prochain, à Milan, à l'invitation du cardinal Martini.

CHRISTIAN LAPORTE