La Province veut avancer dans la sérénité

BURGRAFF,ERIC; DRUEZ,NICOLAS; BODEUX,JEAN-LUC

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Mercredi 20 décembre 2006

Pas d'étincelles à propos des hôpitaux hier, lors du conseil provincial qui poursuit son analyse du budget. Juste des éclaircissements et mises au point. Comme celle du député J.-Marie Carrier qui rappelle que « le rapport des experts n'est pas celui du PS, mais le leur ! Qu'il ne s'agit pas d'une étude de plus, et qu'elle a été commandée parce qu'au sein de la coordination hospitalière, il n'était plus possible d'avancer, chaque intercommunale faisant de la surenchère ».

Benoît Piedboeuf est bien d'accord, rappelant que le prédécent rapport fut « une coquille vide qui a coûté cher ». Et de fustiger André Perpète, alors député permanent, « qui avait l'art de gérer des dossiers importants en fonction des échéances électorales... ».

Le MR a de nouveau regretté que ce rapport ait été tenu secret jusqu'au bout, alors qu'il y avait un rapport intermédiaire en août. « Nous aurions pu demander alors des devoirs complémentaires. Notamment en termes de statistiques sur la gestion des urgences, et sur la désertification des généralistes en Luxembourg. Un point essentiel et crucial. » Jean-Marie Carrier a fait amende honorable, reconnaissant qu'il aurait dû fournir le texte aux gens impliqués. Il s'étonnait toutefois des réactions de Philippe Courard, maïeur de Bastogne, « donnant de la voix quand le rapport fut connu, alors qu'on ne l'avait jamais entendu avant. Mais désormais, l'intérêt de tous est de travailler dans le calme, afin de maintenir en Luxembourg des hôpitaux de qualité. Il y a obligation de résultat, mais si le 9 janvier, les conseils médicaux cassent ce rapport, il faudra y réfléchir... »

Pour Philippe Hanin, si « l'immobilisme n'est plus possible, il faudra avancer avec les avis des médecins et du personnel, car la décision n'est pas le rapport lui-même ». A lire ce qu'ils en pensent à Marche et Bastogne, janvier s'annonce chaud !

L'Ifac calcine le rapport hospitalier

Marche-Bastogne Ils prêchent pour un site dans le centre-nord

C'est non ! Les médecins de Marche et Bastogne rejettent le rapport hospitalier. Et s'en prennent à Libramont !

La pilule ne passe pas ! Les médecins de l'Ifac (Marche-Bastogne) expriment « une profonde amertume », après la lecture du rapport sur les hôpitaux (Le Soir du 14/12). Les recommandations sur le centre-nord vont, selon eux, dans le mauvais sens. Lundi soir, ils ont adressé un signal clair, via le conseil médical. Clair, mais pas définitif. Derrière la fermeté des propos, ressort la volonté de dialoguer. Voici les quatre axes qui les poussent à sortir un « plan bis ».

1Mauvais calcul des experts. Le rapport prône le maintien de deux sites aigus : Marche (274 lits) et Libramont (358 lits). « Cela ne tient pas la route », assure Robert Cartenian, président du conseil médical. Cette piste fragilise le site d'Aye, d'après lui : « Aujourd'hui, Bastogne disparaît. Dans dix ans, Marche sera supprimé. De son côté, Libramont tournera en surcapacité et aura des soucis financiers ! »

2L'avenir : un site centre-nord. « Il faut un compromis durable ». Traduction : un nouvel hôpital de 450-500 lits, dans le triangle Bastogne-Marche-Libramont. Un site aigu, au lieu de trois actuellement. « C'est le seul moyen de garantir une médecine de proximité et d'attirer des jeunes médecins », dixit Robert Cartenian. Où ? A 20 km maximum de chaque ville. « Le patient roulera 10 km en plus, s'il a un outil de pointe. » A en croire Robert Cartenian, les experts étaient favorables à ce schéma : « Ils nous ont encouragés, lors de notre entrevue ! Au départ, on a évoqué une clinique pour Marche-Bastogne. Alain De Wever a dit qu'on devait être plus ambitieux, et intégrer Libramont. Quelle volte-face ! » L'argument du coût est un faux problème, observent les médecins. « On va investir un total de 36 millions pour les deux sites aigus. Du rafistolage ! Avec 20 millions en plus, vous avez un outil moderne, pour 30 ans ».

3Le CHA est l'obstacle et la solution. Le conseil médical ne tourne pas autour du pot : « On a secouru de manière déterminante le Centre hospitalier de l'Ardenne. » Il suggère de jouer cartes sur table avec les médecins du CHA. Jusqu'ici, les discussions ont toujours tourné court. « Il existe un frein, qui mériterait d'être desserré », estime Robert Cartenian. Ce « frein » a un nom : il s'agit du directeur médical, Patrick Rutten. « Il est temps de se parler. Que nos collègues libramontois réfléchissent. On ne demande qu'à collaborer. »

4Une contre-expertise, si nécessaire. A défaut de ne pas être, au minimum, écouté, le conseil médical réagira. D'abord sous la forme d'un sondage dans les trois arrondissements. Ensuite, les médecins sont prêts à financer une contre-étude « afin d'évaluer l'objectivité et l'impartialité des recommandations des experts, pour le volet centre-nord ».

Le CHA est favorable !

« On ne peut pas refuser un tel rapport ! » assure le docteur Dominique Henin, président du conseil médical du CHA. « On peut bien sûr discuter de certaines choses mais on ne peut pas éternellement refaire l'histoire. Les experts ont bien étudié le problème, s'ils proposent cette option équilibrée c'est qu'elle tient la route pour la province. Nous, nous sommes prêts. Clairement, il est temps de décider ! Dans le cas contraire, ce sont les événements sur le terrain - des agréments pourraient tomber - qui le feront ! »

La CSC défend Bastogne mais ne jette pas tout

Les réactions se suivent sur le front des soins de santé. Ainsi de la CSC, le syndicat le plus représentatif du personnel hospitalier en Luxembourg. Une position qui se fraye un chemin entre les inquiétudes des délégations de sites touchés par les possibles restructurations et la satisfaction de celles qui s'en sortent mieux. « Quoi qu'il en soit, on sent la volonté de tous d'être solidaire des travailleurs de Bastogne », indique Dominique Wilkin, secrétaire régional. Et de détailler ses revendications.

Moins de proximité. La CSC estime que les propositions des experts (pour rappel : trois hôpitaux aigus, l'administration et quelques lits non aigus à Bastogne, polyclinique à Virton) déforcent la proximité actuelle. D'aucuns, principalement à Marche-Bastogne, en viennent à se demander si une restructuration est bien nécessaire dans le contexte actuel où les déficits paraissent maîtrisés.

Bastogne. La CSC parle d'un « pseudomaintien » qui ne « convainc pas ». Elle estime que la mesure entraînera des pertes d'emploi et en tout cas l'obligation d'une plus grande mobilité pour les travailleurs. Elle doute également des transferts de patients annoncés : les habitants de l'arrondissement iraient se faire soigner hors province.

Marche. Même agrandi, l'hôpital famennois serait le plus petit du paysage hospitalier. « Il risque, dans dix ans, de subir le même sort que Bastogne et Sainte-Ode. »

Carrier : « Pas le choix, il faut restructurer »

Et si on ne changeait rien, suggèrent certains... « Erreur, affirme le député provincial Carrier. Si le déficit paraît maîtrisé (on prévoit tout de même 2,8 millions d'euros en 2007), c'est parce que dans l'attente du rapport, on n'a plus investi. Et si on n'investit pas très vite, dans deux ans, nos hôpitaux seront dépassés. Le Fédéral prendra des mesures et les médecins partiront ! »