« L’austérité, c’est non ! »

DEMONTY,BERNARD

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Lundi 30 août 2010

La rentrée sociale(1/3) Anne Demelenne (FGTB) et « l’indécence » des marchés

En pleine crise communautaire, syndicats et patrons insistent sur la gravité persistante de la situation économique. En cette rentrée sociale, Anne Demelenne, la secrétaire générale de la FGTB, ouvre le feu. Pour elle, les thèmes sociaux restent au centre des préoccupations des travailleurs et des allocataires sociaux.

Crise communautaire. Crise économique. Comment le monde du travail ressent-il ce climat ?

On vit une période très compliquée, très insécurisante pour les travailleurs. Les inégalités augmentent. Ce qui donne des formes de repli sur soi, de nationalismes, des risques de voir des politiques de droite appliquées, ce qui augmente l’insécurité chez les travailleurs et les allocataires sociaux.

Pourtant, la situation économique s’améliore, non ?

Les entreprises sont en train de reconstituer leurs stocks. Heureusement, la demande interne a été soutenue. Heureusement aussi, il y a eu des services publics qui ont fait que des emplois ont été maintenus. Il y a des facteurs qui peuvent laisser croire qu’une reprise est en train de se mettre en place. Le problème, c’est que les effets sur l’emploi ne sont pas automatiques et que la reprise est fragile.

Le trou budgétaire atteint 25 milliards. Comment va-t-on le combler ?

Pas par l’austérité ! La fragilité de la reprise est telle qu’il ne faut pas d’austérité. Ce serait contre-productif. Ce qui est inadmissible dans ce qui se passe pour l’instant, c’est que ce sont les marchés financiers qui ont engendré les problèmes où nous sommes, et ce sont ces mêmes marchés qui aujourd’hui forcent les Etats à réduire leurs dépenses sociales, alors qu’elles sont encore très utiles. C’est indécent ! Nous allons le redire au niveau européen, à l’occasion d’une manifestation, le 29 septembre, à Bruxelles. Et au niveau belge, nous n’accepterons pas d’austérité. Cela risquerait de plonger le pays dans une récession.

Il faudra pourtant trouver les moyens pour renflouer le budget. Les employeurs appellent à une réduction des dépenses et des emplois publics. Votre avis ?

Ils ont la mémoire courte. Ce qui a permis que les dégâts de la crise soient moindres, ce sont justement les dépenses publiques (de chômage et de chômage temporaire), c’est ça qui a permis de continuer à soutenir la demande et éviter que l’activité économique ne chute. En Belgique, les 3/4 des travailleurs gagnent moins que 1.600 euros net par mois. Il faut savoir que quand on touche aux services publics, on touche au pouvoir d’achat et à des services rendus à prix accessibles. C’est contre-productif.

Si on ne réduit pas les dépenses publiques, on augmente la fiscalité ?

Pour nous, il y a un prérequis : c’est la lutte contre la fraude fiscale. L’ULB a démontré que la fraude fiscale en Belgique atteint entre 15 et 20 milliards d’euros ! Il y a beaucoup de moyens à aller chercher. Et on attend toujours des propositions claires par rapport à la levée du secret bancaire. Elle permettrait à elle seule d’aller chercher ces moyens. Il faut aussi supprimer les intérêts notionnels et les remplacer par quelque chose qui coûte moins à la collectivité et rapporte plus en termes d’emploi et d’investissements.

On parle d’augmenter le précompte mobilier et immobilier, d’accord ?

S’il y a une proposition du patronat sur laquelle nous sommes d’accord, c’est celle-là.

Cela ne suffira pas. Si on ne touche pas à la fonction publique, il faudra d’autres recettes ?

La meilleure des recettes, c’est une amélioration de la croissance. Les chiffres sont inquiétants. Pour 2010, on en est, selon le Bureau du plan à une estimation de 1,3 %. Or on sait qu’il faudrait un peu plus de 1,7 % pour maintenir l’emploi. Et 2,7 pour créer de l’emploi. Et les perspectives pour 2011 ne sont pas mirobolantes. On devra donc investir pour créer de la prospérité pour tous. Il y a beaucoup d’investissements à consacrer à l’innovation, la formation, la qualité des services publics. L’investissement dans l’humain est important. Je voudrais vraiment qu’on comprenne l’importance de l’humain. Or, les déclarations des employeurs vont dans le sens inverse. Nous nous battrons pour des emplois de qualité.

De qualité ?

Les chiffres de l’intérim sont révélateurs. En 2010, il y a 15 % d’intérimaires en plus. Cela montre à quel point l’emploi risque d’être précarisé. On va s’opposer à toute mesure qui risque de fragiliser les travailleurs ou les allocataires sociaux. Ce sera notre grille de lecture dans les semaines et les mois qui viennent. Que ce soit au niveau politique ou des employeurs. Nous serons fermes.

Communautaire

« Un enfant = un enfant »

La FGTB suit d’un œil attentif l’évolution des négociations communautaires. Les perspectives de régionalisation ou de communautarisation de matières sociales inquiètent. « Que les choses soient claires, dit Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, pour nous, un travailleur est un travailleur. Qu’il soit au Nord, au Sud ou au centre. Et un enfant est un enfant. Je ne vais pas porter de jugement à l’heure actuelle, tant que rien n’est conclu. Mais nous serons vigilants. Nous n’accepterons jamais qu’on appauvrisse, qu’on fragilise les travailleurs. »

Concernant la régionalisation d’une partie de la fiscalité, la FGTB insiste : « On ne mettra ni les travailleurs ni les entreprises en concurrence. Au niveau européen, nous luttons pour une harmonisation fiscale. Ce n’est évidemment pas pour déstructurer ce que nous avons mis en place en Belgique. »

La FGTB plaide aussi pour une Sécurité sociale fédérale. « Et tout ce qui est lié à la concertation sociale, à la formation des salaires, et au droit du travail doit rester au niveau fédéral. Pour nous, ce sont les incontournables et nous réagirons par rapport à toute mesure qui pourrait appauvrir ou fragiliser les travailleurs ou les allocataires sociaux, y compris les travailleurs et les allocataires sociaux bruxellois. »

Soins de santé

« On ne touche pas à la norme de croissance »

Tôt au tard, des négociations pour résorber les 25 milliards de déficit budgétaire vont démarrer. Cet été, plusieurs voix se sont prononcées en faveur d’un rabotage de l’augmentation annuelle du budget des soins de santé, fixée légalement à 4,5 %. « Même les Mutualités chrétiennes ont accepté qu’on en discute, sous prétexte que l’augmentation n’est pas dépensée dans sa totalité, pointe Anne Demelenne. Mais ce qu’il faut rappeler, c’est qu’à partir du moment où on ne dépense pas tout, les sommes non dépensées sont orientées vers des fonds qui permettent d’appréhender le vieillissement. Et on en aura besoin ! »

La FGTB exige donc le maintien de la norme de croissance de 4,5 %. « Il faut continuer à avoir des soins de santé de qualité, c’est indispensable. Pour la population. Pour le fonctionnement des entreprises. Nous sommes renommés pour nos soins de santé, il faut que cela continue. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut tout dépenser et faire tout et n’importe quoi. Il y a des économies qui peuvent être réalisées. Mais pas sur le dos des patients et pas en mettant à mal la loi qui prévoit cette norme de croissance et qui a été votée tout à fait démocratiquement. »

Pour suivre, les avis de la CSC et de la FEB

Cette semaine, c’est aussi la rentrée sociale. En pleine tempête communautaire, patrons et syndicats sont attentifs au devenir de la Sécurité sociale, mais évoquent plus volontiers, et avec inquiétude, les efforts imminents pour réduire le déficit budgétaire, évalué à 25 milliards d’euros. Durant trois jours, nous leur donnons la parole. Comme on le lira ci-dessus, Anne Demelenne met l’accent sur la défense de la fonction publique et des services publics. Claude Rolin (CSC) et Rudy Thomaes (FEB) lui donneront la réplique, mardi et mercredi.

Tous s’expriment au seuil d’un automne social très chaud : outre les négociations sur l’assainissement des finances publiques, qui aura nécessairement des conséquences sociales, patrons et syndicats vont également négocier de très gros dossiers. Le premier, qui doit aboutir pour le 15 septembre concerne l’adaptation au bien-être des allocations sociales. Chaque année, le gouvernement alloue une enveloppe de plusieurs centaines de millions d’euros à la revalorisation des allocations sociales (chômage, pensions, incapacité de travail, etc.). Mais il appartient aux partenaires sociaux de s’entendre sur la ventilation de ces moyens. Aux dernières nouvelles, ce dossier coince. Un déblocage doit intervenir dans les 15 jours. Sans quoi, les allocations seront revalorisées avec retard.

Deuxième dossier très chaud : l’accord interprofessionnel. Valable pour deux ans, cet accord prévoit notamment la marge maximale d’augmentation des salaires pour les deux années à venir. L’accord doit être conclu avant la fin de l’année.

Ces négociations, déjà difficiles en soi, sont, en outre, plombées cette année par l’instabilité gouvernementale, et par l’indigence de l’Etat, qui pourra difficilement soutenir financièrement les partenaires sociaux, comme il l’a fait à de nombreuses reprises dans le passé.

C’est donc une rentrée importante et délicate pour les partenaires sociaux, qui s’exprimeront dans nos colonnes jusqu’à mercredi.

Claude Rolin

Mardi : la CSC

Claude Rolin

« Si on interdit aux gens de prendre leur prépension, ils vont aller où ? Au chômage ! »

Mercredi : la FEB

Rudy Thomaes

« La Belgique a un excédent de 70.000 fonctionnaires. »