La révolution électrique

CONDIJTS,JOAN

Page 23

Samedi 23 septembre 2006

Energie Greenpeace plaide pour un changement politique radical

En Belgique, 80 % des émissions de gaz à effet de serre naissent de l'utilisation d'énergie. Des solutions existent...

Tout va bien. C'est l'histoire d'un mec qui tombe d'un immeuble de cinquante étages, et qui au fur et à mesure de sa chute se répète sans cesse pour se rassurer : « Jusqu'ici, tout va bien. Mais l'important c'est pas la chute. C'est l'atterrissage. » Nic Balthazar, vedette de la petite lucarne flamande, citait vendredi La Haine, premier opus de Mathieu Kassovitz, pour illustrer la politique de lutte contre les changements climatiques. Le « bekende Vlaming », comme le poétique Julos Beaucarne ou l'explorateur Alain Hubert, était venu soutenir Greenpeace.

L'association écologiste dénonçait vendredi les changements du climat mondial, désignant surtout leur cause, les émissions de gaz à effet de serre. Et Greenpeace d'indiquer qu'« en Belgique, 80 % des émissions de gaz à effet de serre renvoient au secteur de l'énergie ». Un diagnostic doublé de remèdes. Drastiques.

Les ayatollahs du vert prônent la révolution. « Energétique », s'entend. Aussi Greenpeace a commandé une étude à l'Institut de thermodynamique technique du Centre allemand d'aérospatiale. Objectif : démontrer qu'un futur énergétiquement durable ne relève pas de l'utopie.

Aux experts allemands, deux préalables ont été imposés. Primo, « une réduction de 80 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050 ». Secundo, « une sortie rapide du nucléaire ». In compatible (les réacteurs atomiques ne crachent pas de CO2) ? « Non, clame Jean-François Fauconnier, expert énergétique de Greenpeace. La filière nucléaire produit du CO2 (notamment dans l'enrichissement de l'uranium et dans le traitement des déchets). Une production qu'on évalue à presque un tiers de celle des centrales électriques au gaz. Nous voulons donc avancer la sortie du nucléaire (prévue entre 2015 et 2025 mais fortement critiquée, NDLR). »

Comment les spécialistes allemands réussissent-ils à alléger la facture des émissions de gaz en se séparant de centrales électriques (les sept réacteurs atomiques qui produisent 55 % du courant belge) peu polluantes (en termes d'émissions) ? La solution réside principalement dans l'efficacité énergétique. « C'est la source d'énergie la plus prometteuse pour note pays », dit Greenpeace. Meilleure isolation, équipements plus performants... En tenant compte des projections démographiques et économiques, les experts allemands tablent sur une réduction de la consommation énergétique de 40 % entre 2000 et 2050.

L'un des autres facteurs qui ouvrent la voie d'une réduction des émissions de CO2 est l'accroissement des sources renouvelables (éolien, solaire, biomasse) : 65 % de la production électrique en 2050 pour un scénario qui garantit une fourniture d'électricité « dépassant d'au moins 20 % la demande de pointe ».

Le coût d'une telle « révolution » ? Supérieur à un système basé majoritairement sur les combustibles fossiles (gaz, charbon, uranium). Mais la hausse du prix unitaire est compensée par « la diminution liée à l'efficacité énergétique », tempère Greenpeace.

En juin, l'association a envoyé l'étude (disponible, en anglais, sur www.greenpeace.be) aux ministres en charge de l'Energie. Marc Verwilghen (VLD), ministre fédéral chargé du dossier, ne nous a pas répondu ce vendredi.

Tout va bien.

Au palmarès du vert, Electrabel perd

Greenpeace entend profiter de la libéralisation des marchés électriques en Wallonie et à Bruxelles (le 1er janvier 2007) pour « convaincre tout un chacun qu'il peut faire la différence en optant pour une électricité produite sans polluer (dite « verte », soit issue de sources renouvelables) », explique Jean-François Fauconnier, expert énergétique de l'organisation.

Afin de guider le consommateur, Greenpeace a édité un répertoire (disponible sur www.greenpeace.be) des fournisseurs d'électricité verte qui les classe (cf. ci-dessous) en fonction de l'origine du courant, de leurs investissements et de la qualité des services.

Contrairement aux autres électriciens, Electrabel a refusé de fournir les informations demandées. « Greenpeace ne reconnaît pas la production nucléaire comme un élément permettant de lutter contre le réchauffement climatique, justifie Jean-Pascal Bouillon, porte-parole d'Electrabel. De plus, Greenpeace refuse de prendre en compte notre parc renouvelable européen alors que nous comptons encore l'accroître de 50 % dans les prochaines années. »

Simuler pour mieux changer

Le 1er janvier 2007, les ménages bruxellois et wallons disposeront du choix de leur fournisseur de gaz et d'électricité. Aussi, à la demande du ministre wallon de l'Energie, André Antoine (CDH), la Commission wallonne pour l'énergie (Cwape) a-t-elle mis en place un simulateur tarifaire (opérationnel depuis jeudi dernier).

Les prix des différents fournisseurs y sont comparés (sans tenir compte des éventuelles promotions). Des données qui seront actualisées chaque mois. Ce simulateur est disponible sur le site internet de l'organisation : www.cwape.be.

Un centre d'appel sera également mis en place et des bornes d'information seront installées dans différentes manifestations publiques.