LA SABENA CLOUEE AU SOL PAR LES COURANTES?

BARY,PIERRE

Page 3

Mercredi 19 février 1992

La Sabena clouée au sol par les «courantes»?

L'interminable crise politique a créé une situation confuse pour la Sabena, qui, sans la chute du gouvernement, aurait conclu avant la fin de l'année son accord de partenariat avec Air France. Faute d'avoir pu bénéficier de l'augmentation de capital promise, sous forme d'une prise de participation d'Air France de 6 milliards et d'une intervention de l'État de 9 milliards, la Sabena a dû bénéficier d'un emprunt conditionné de 3 milliards pour terminer l'exercice sans accident. Mais cela permettra tout juste d'assurer la soudure, la compagnie ayant encore 2 milliards de dette à rembourser à ses deux anciens alliés de la SWA. Vendredi dernier, le Conseil des ministres restreint a considéré qu'il y avait urgence pour la Sabena et qu'il fallait traiter le dossier en «affaire courante», lors d'un prochain Conseil des ministres, Wilfried Martens ayant rappelé qu'une décision de principe avait été prise depuis de longs mois déjà par le gouvernement.

Mais voici que depuis la semaine dernière le dossier Sabena a pris une coloration communautaire suite aux réactions de la Volksunie, déjà hostile à l'accord, mais qui augmente la pression en invitant les forces économiques et politiques de Flandre à venir manifester, jeudi, devant l'Air Terminus. Ce parti rejette cet accord élaboré par le lobby francophone de la Sabena et soutenu par les forces politiques wallonnes. L'organisation culturelle Davidsfonds, proche du CVP, est plus catégorique encore en affirmant que c'est l'image de la Belgique et de la Flandre qui est ternie par cet accord totalement inacceptable d'un point de vue flamand. En reprochant aux Wallons d'avoir fait capoter un accord de fusion avec les autres compagnies du Benelux, le Davidsfonds s'élève contre le projet de faire de la Sabena une société française. Et de lancer un appel au ministre Dehaene et à tous les parlementaires flamands afin qu'ils s'y opposent.

Véritable offensive ou simple combat d'arrière-garde? On sera rapidement fixé à ce sujet. Ce langage très dur s'adresse surtout au CVP, dont on peut douter des capacités de résistance aux chants de sirène des plus extrémistes. Au cabinet du ministre Jean-Luc Dehaene, on affirme que rien n'est changé et qu'il faudra se prononcer, vendredi, sur le dossier Sabena. Quant à faire un pronostic sur l'issue de cet échange de vues, on s'en garde toutefois bien.

Le vice-Premier socialiste Philippe Moureaux n'a pas tous ses apaisements devant le spectacle de l'escalade actuelle qui ne vise d'autre but que de bloquer toute décision, et à terme de rendre impossible la conclusion de l'accord avec Air France. Or, pour la Sabena, c'est une question de survie, et il n'y a plus de temps à perdre. D'où l'urgence demandée pour traiter le dossier «en affaires courantes».

Tout n'est pas joué et il restera, en effet, à trouver une solution pour modifier le statut juridique de la Sabena. Ce n'est pas techniquement insurmontable pour autant que la volonté existe. Toute la question est de savoir quelle est la faculté de résistance du CVP face à l'offensive flamingante. Sans sous-estimer les difficultés présentes, Philippe Moureaux ne part cependant pas battu. Selon lui, l'accord de la Sabena bénéficiait en conseil restreint d'un préjugé favorable.

PIERRE BARY