La Suisse déplore, mais rejette toute responsabilité

THOMAS,PIERRE-HENRI

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Jeudi 8 novembre 2001

La Suisse déplore, mais rejette toute responsabilité PIERRE-HENRI THOMAS

Comment réagit la Suisse à la faillite de la Sabena? Du côté de Swissair, on ne laisse planer aucun espoir d'indemnité pour avoir précipité l'effondrement de la compagnie belge. Il n'y a plus d'argent chez Swissair pour aider la Sabena, nous sommes dans la même situation, commente un porte-parole de Swissair. Du côté du gouvernement suisse, Pascal Couchepin, le ministre - libéral - de l'économie, dit sa «tristesse» face à cette situation et livre- ses commententaires.

L'affaire affecte-t-elle les relations bilatérales belgo-suisses?

Honnêtement je ne crois pas. Bien sûr, ni l'un ni l'autre n'est heureux. Lorsque je rencontrais Didier Reynders à l'occasion des réunions du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, on échangeait des plaisanteries... en bons cousins puisque l'on prenait les avions de la même famille. Mais aujourd'hui, je suis dans la situation de quelqu'un qui a des bonnes relations avec son beau-frère et qui doit malheureusement constater que sa soeur est en train de divorcer.

Certains, en Belgique, brandissent encore la menace que les parlementaires belges ne ratifient pas les accords bilatéraux conclus entre la Suisse et l'Union européenne.

Ces accords ont été conclus dans l'intérêt des deux parties. Si un gouvernement renonçait à les ratifier, il se tirerait un balle dans le pied.

Si vous faites allusion à la dette de Swissair à l'égard de Sabena, je voudrais simplement rappeler que Swissair est une entreprise privée. Dans les systèmes libéraux tels que nous les vivons, dans l'Union européenne et en Suisse, les gouvernements ne sont pas responsables. Et dois-je signaler que, bien sûr, les pouvoirs publics suisses ont entre 12 et 15% de Swissair, mais si on ne considère que les Etats, l'Etat belge possède 3,3% et l'Etat suisse 3,2 %! Cela ne signife pas que l'Etat belge soit plus responsable que nous.

Et puis le moins qu'on puisse dire c'est que opération extrêmement douloureuse pour le tissu économique suisse. A la valeur de l'action Swissair l'an passé, les actionnaires perdent aujourd'hui 4 milliards de dollars. Les obligataires ne retrouveront pas 50% de leurs créances, et il y aura 9.000 suppressions d'emplois.

Comment expliquez-vous la faillite de Swissair et Sabena?

Un des problèmes fondamentaux de Swissair est qu'elle a été trop longtemps protégée. Des médias suisses ont dit que Swissair était la démonstration de l'échec du néolibéralisme. Je crois que c'est le contraire. C'est la démonstration de l'échec d'un manque de libéralisme. Si on avait eu le courage d'affronter Swissair à la concurrence internationale, elle aurait probablement été obligée de prendre des décisions tandis que dans le confort du protectionnisme, elle a vécu en croyant que les choses étaient simples. Et dès qu'elle a affronté le vent du large, elle a pris des risques inconsidérés.

Pour la Sabena , c'est plus difficile. J'ai lu que depuis 1923, elle a eu deux années bénéficiaires. Il y a en a une qui a été faite sous la période Swissair. Ce n'était pas ce qu'on appelle une société qui volait de succès en succès.