La Sûreté a rédigé son C4

METDEPENNINGEN,MARC

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Lundi 31 mai 2010

Justice Viré de son boulot de prof en prison pour son gauchisme

L’Administration pénitentiaire, contrainte de justifier devant le Conseil d’Etat sa décision de priver d’accès aux prisons belges (et donc de travail) Luk Vervaet, un professeur de néerlandais en milieu carcéral, a fait appel à la Sûreté de l’Etat pour « assurer sa défense » (lire ci-dessus) devant la juridiction administrative appelée à statuer sur la légalité de l’éviction du « prof des détenus ».

Luk Vervaet ne s’en cache pas. Il fut l’un des cadres du PTB (Parti du Travail de Belgique), milite contre l’occupation israélienne des territoires palestiniens ou encore contre les lois antiterroristes votées par le Parlement belge. Il est ainsi membre du CLEA (le Comité pour la liberté d’expression et d’association) et a participé à plusieurs manifestations, aux côtés de députés PS ou Ecolo, en faveur des militants du DHKP-C, cette organisation d’extrême gauche turque dont des membres furent acquittés par la cour d’appel de Bruxelles. Luk Vervaet figure aussi parmi les membres fondateurs de ESG (Egalité sans guillemets), un parti de gauche sous la bannière duquel il se présenta aux élections régionales bruxelloises. Depuis des années, il n’a eu de cesse de dénoncer les conditions d’incarcération dans les prisons belges et plus particulièrement les cellules d’isolement prolongé.

Le 17 août 2009, son autorisation d’entrer en prison lui est retirée. Son employeur, l’association ADEPPI, qui dispense de l’enseignement aux détenus, tente de le faire réintégrer. Rien n’y fait. L’administration s’en tient laconiquement à des « motifs de sécurité », non autrement précisés. La cour d’appel de Bruxelles juge cette situation anormale. Le Conseil d’Etat, saisi d’une demande en suspension de la décision de l’administration, s’aligne le 16 mars dernier et considère que les motifs secrets de l’administration pour évincer Luk Vervaet sont incompréhensibles, tant pour l’intéressé que pour les juridictions. A défaut de pouvoir se justifier elle-même, l’Administration pénitentiaire a donc fait appel à la Sûreté de l’Etat. Le rapport, dont nous avons eu connaissance, est signé par le patron des services secrets Alain Winants. Il énumère les activités militantes de Luk Vervaet, dont celles en faveur de la Palestine ou de l’autodétermination du Sahara.

Ce rapport confidentiel ne relève aucune action délictueuse. Il se conclut comme suit : « Il semble que les activités de Luk Vervaet se limitent à des questions de droit de la défense et à une opposition active mais non violente aux lois antiterroristes (…) ce qui a pu le conduire à franchir la frontière entre la défense légitime d’une justice équitable et le soutien à des idéologies justifiant de manière indirecte le terrorisme ».

Luk Vervaet estime être victime de ses opinions politiques. « Mon travail en prison a toujours été apprécié. On me traite de terroriste à cause de l’expression de mes idées. »