La vérité sur l’effet des antiviraux

SAINTGHISLAIN,VALERY; GUTIERREZ,RICARDO; BERKENBAUM,PHILIPPE

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Mercredi 9 septembre 2009

Santé Les médecins généralistes réclament des consignes de prescription claires

Les médecins généralistes exigent la clarté. Ils ont reçu les premiers stocks d’antiviraux, en prévision de l’épidémie de grippe A/H1N1. Mais pas les recommandations scientifiques de prescription qui s’imposent. La Société scientifique de médecine générale (SSMG) et le Forum des associations de généralistes (FAG) ont écrit aux autorités sanitaires. Ils réclament des consignes précises et rationnelles sur l’opportunité d’administrer du Tamiflu ou du Relenza aux femmes enceintes et aux enfants.

« Il semble acquis que le virus de la grippe A/H1N1 n’est pas plus agressif que celui de la grippe saisonnière, constate le Dr Vincent Momin (SSMG). Si c’est bien le cas, pourquoi délivrerait-on des antiviraux à des enfants en bonne santé alors qu’on ne le juge pas utile en cas d’épidémie de grippe ordinaire ? »

Début août, une étude du Centre européen de contrôle des maladies contagieuses mettait en évidence les importants effets secondaires générés par l’antiviral Tamiflu auprès d’une population d’enfants sains exposés à un risque de contamination par le virus de la grippe +A/H1N1. Ce lundi, message en sens contraire : le groupe pharmaceutique Roche avance que le Tamiflu, recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour atténuer les symptômes de la grippe pandémique H1N1, « peut être utilisé préventivement notamment pour les groupes les plus exposés », notamment « les femmes enceintes ou les enfants de moins d’un an ».

« Faux, réagit le Dr Oscar Grosjean. Je suis d’ailleurs très surpris que la ministre de la Santé se soit précipitée pour commander, sans lancer d’appel d’offres, 12,6 millions de doses de Tamiflu. L’efficacité préventive de cet antiviral sur les complications de la grippe chez les personnes à risque n’est pas prouvée. Chez les enfants, l’évaluation du Tamiflu en traitement préventif de la grippe est carrément “indigente”. La vérité, c’est que l’usage des antiviraux chez des patients en bonne santé n’est pas recommandé, étant donné les effets secondaires constatés, notamment des troubles neuropsychiatriques graves, en particulier chez des enfants. Le recours aux antiviraux est également déconseillé pendant la grossesse et l’allaitement. »

« Les pédiatres partagent notre perplexité, poursuit le Dr Momin. Si le Tamiflu a essentiellement pour avantage de réduire la durée des symptômes de la grippe d’une journée et demie au plus chez les enfants, la question de l’équilibre entre ses bienfaits et ses effets toxiques potentiels doit être tranchée. Le risque encouru par les enfants et les femmes enceintes en vaut-il la chandelle ? Nous attendons du Commissariat interministériel Influenza des recommandations claires de prescription, fondées sur des preuves. Il y a urgence : la réponse des experts doit nous parvenir pour le début de la semaine prochaine. »

Pour le reste, Vincent Momin insiste sur l’importance des mesures générales d’hygiène – à commencer par le lavage des mains –, pour limiter la propagation de la grippe A/H1N1. Il rappelle aussi qu’il est temps, pour les personnes à risque (dont les femmes enceintes et les plus de 65 ans), de se faire vacciner contre la grippe saisonnière.

Hainaut : premier cas de grippe A/H1N1 dans une école

C’est le premier cas de grippe A/H1N1 recensé dans une école de la province de Hainaut. Il s’est déclaré chez un élève appartenant à une classe de 2e primaire, comptant 22 élèves, au sein de l’école communale nº4 de Mainvault (Ath). Les parents du malade ont prévenu la directrice, Frédérique Meulewaeter, par téléphone le samedi matin. L’enfant était de plus en plus fiévreux le vendredi précédent. Le lendemain, le médecin a confirmé qu’il présentait bien tous les symptômes de la grippe « mexicaine ».

L’école, contrairement à ce qui se fait en France, n’a pas été fermée. Chacun a gardé son calme : les parents avaient été informés lors d’une réunion convoquée fin août du dispositif en cas de grippe. Le petit malade est resté confiné chez lui pour y être soigné et aucune mesure particulière n’a été prise au sein de l’école. La directrice a informé l’échevin de l’instruction et l’inspection scolaire médicale qui n’a pas préconisé de fermeture de la classe. Il a simplement été demandé à la directrice de prévenir en cas de survenance d’un deuxième cas.

Pas de quoi alarmer le cabinet de la nouvelle ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet (CDH). En contact régulier avec la cellule fédérale influenza, celui-ci considère qu’il n’y a pas lieu à ce stade de prendre des mesures particulières. « Si des cas isolés de grippe se produisent dans certaines écoles, dit un porte-parole, celles-ci se limitent à renvoyer les élèves malades à la maison. »

Site internet sécurisé

Rappelons cependant qu’à la demande du cabinet, le service informatique de la Communauté française a mis au point un logiciel qui sera diffusé dès la semaine prochaine dans les écoles, via un site internet sécurisé (Le Soir du 28 août).

À partir du 1er octobre (ou plus tôt si la situation sanitaire l’exige), les directeurs seront invités à encoder chaque jour le nombre d’élèves et de professeurs absents. Ces informations seront centralisées et permettront de détecter en temps réel un éventuel pic local de maladie.

Le cas échéant, et toujours en concertation avec la cellule influenza, le cabinet prendra alors les mesures qui s’imposent et pourront aller jusqu’à la fermeture d’une classe ou d’une école. « Mais ce sera du cas par cas, rien de systématique n’est prévu », assure-t-on.

Un cas à la police carolo

Un cas à la police carolo

Un cas de grippe AH1N1 s’est déclaré à la police locale de Charleroi ce week-end. Une jeune policière a été priée de rester chez elle par son médecin. Son service, composé d’une dizaine de personnes, est purement administratif et n’est aucunement en contact avec le public. (F. Ds.)

A Naples, San Gennaro privé de baisers

La propagation du virus a incité l’archevêque de Naples à interdire aux fidèles, « pour des raisons sanitaires », d’embrasser le reliquaire contenant le sang de San Gennaro (Saint Janvier), qui attire chaque année des milliers de fidèles. Le « miracle » de la liquéfaction du sang du saint est célébré notamment le 19 septembre. (b)