La « voecklermania » revit

GREGOIRE,JOEL

Jeudi 12 juillet 2012

Un Tour de souffrance s’est mué en Tour de magie. Largué à Boulogne, Thomas Voeckler s’est imposé à Bellegarde-sur-Valserine, une arrivée inédite pour un exploit qui ne l’est pas. Le leader emblématique au maillot vert Europcar s’est révélé fidèle à lui-même. Irréprochable sur le bitume, combatif et rusé, doté d’un moteur incontestable et capable de souffrir. « J’ai été victime de crampes dans l’ascension du Grand Colombier, narrait-il après coup, forcément radieux. Quand je me suis battu pour les points du meilleur grimpeur, je me suis dit que c’était toujours cela de pris. Mais je visais aussi l’étape. »

Et devinez ce qui se passa, l’Alsacien s’est accroché, a oublié ses crampes, téléguidé par l’envie de vaincre. « Ça fait un peu prétentieux mais j’ai l’impression que, dans l’échappée, tout le monde me regardait. Quand je démarrais, ils contraient alors que, si un autre bougeait, ça se regardait. D’habitude, je roule sans oreillette, ici je dois ce succès à Andy Flickinger (Ndlr : son directeur sportif) qui m’a dit d’y aller. Sans lui j’aurais joué perdant. J’ai vraiment souffert mais je me suis dit que cela ne devait pas être mieux derrière. »

Celui qui franchit la ligne le premier ayant toujours raison, Voeckler mérite les félicitations d’usage, lauréat d’une belle étape quoi qu’on en dise. Son discours de père survolté, malgré la douleur, par les encouragements de son fils au bord de la route, même s’il semble trop bien rodé pour sonner authentique, ravira ses inconditionnels supporters. Ils existent, même si le personnage divise. S’il n’a pas la sympathie de tous au sein du peloton, « Ti Blanc » vient de réunir tous les ingrédients pour resservir un nouveau Tour de « voecklermania ».

Galvanisé par le maillot à pois qu’il a endossé, on s’attend désormais à le voir s’arracher au fil des jours, sourire dans l’épuisement, tirer la langue mais franchir les sommets aux côtés des meilleurs. Forcément, celui qui a fait vibrer la France entière en 2011, longtemps en jaune et 4e à Paris se sait attendu.

Or, sa résurrection se veut d’autant plus spectaculaire qu’il revient de loin, plus loin que ça même, d’un stage en Guadeloupe, offert par Bernaudeau à ses troupes pour préparer 2012. Si le printemps ne lui sourit guère, Voeckler démontre pourtant qu’il connaît ses classiques, vainqueur de la Flèche Brabançonne, 5e de l’Amstel Gold Race, 4e de Liège-Bastogne-Liège. Là, qu’on aime ou pas, respect et chapeau bas.

En revanche, à l’arrivée des beaux jours, en théorie du moins, la machine se grippe, un genou récalcitrant le tracasse, le contraint à renoncer avant la fin du Dauphine Libéré et à déclarer forfait pour les championnats de France. « Quand je disais que je souffrais, c’est la vérité. J’ai connu de mauvais jours et je me suis posé des questions. » Estimant de manière imagée qu’on lui a « un peu craché dessus au départ », Voeckler a galéré en sortant de Belgique, lâché, à la dérive en direction de Boulogne. On parlait d’abandon, de ne pas mettre en péril la suite. On n’apprend pas à un gars de 33 ans à faire de grimaces, surtout celui-là.

Désireux de poursuivre « parce que c’est le Tour », il a mordu sur sa chique pour aider Rolland et entretenir la confiance chez Europcar. Né en Alsace, élevé en Martinique, éduqué au vélo en Vendée, c’est dans les Alpes qu’il a retrouvé son coup de pédale de jeune premier. Le voilà reparti en mission : faire vibrer la France, un vœu clair…