Le baron quitte l’audience

BORLOO,JEAN-PIERRE

Mardi 12 février 2008

Justice Les dessous de l’Etat et de la justice en débat au tribunal

Benoît de Bonvoisin, poursuivi pour des faux, se fâche. Il s’estime maltraité par la justice.

Trois affaires rocambolesques arrivaient hier devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Elles n’ont pas été jointes mais sont examinées en parallèle, tant les faits d’une affaire peuvent instruire une autre. Au centre des débats : un baron, un homme d’affaires, un ancien gendarme et un journaliste qui sont poursuivis pour faux, calomnie, dénonciation calomnieuse. Du côté des parties civiles on trouve un ex-patron de la Sûreté de l’Etat, un autre journaliste, un magistrat, et un enquêteur.

Nous voilà donc plongés dans les coulisses de l’Etat et de la justice. Où, pour certains, des complots se trament. C’est d’ailleurs sur ce point sensible qu’un des prévenus, le baron Benoît de Bonvoisin s’est emporté à l’audience et a quitté la salle, furieux.

La première affaire est ancienne, elle remonte à 1995. Et elle pourrait être atteinte par la prescription. Plusieurs faux sont épinglés par le parquet : fausses lettres, faux rapports, sept au total.

La présidente du tribunal, Claire De Gryse, se penche d’abord sur la « fausse retranscription » d’une conversation qui se serait déroulée entre Albert Raes, à l’époque patron de la Sûreté, et Christian Amaury, ex-gendarme, un moment impliqué, puis acquitté, dans l’affaire Bouhouche-Beyer. Dans cet entretien, il aurait été question de l’élimination politique et physique de Benoît de Bonvoisin.

Un faux du KGB

Interrogé par les enquêteurs, Amaury finira par dire qu’il s’agissait d’un faux entretien. « Je le confirme, a-t-il lancé à l’audience. J’avais vécu un long procès d’assises et fait six mois de préventive pour rien. Je n’avais plus de travail et on me dénigrait partout. C’est Bonvoisin qui est venu me voir. Moi, j’espérais simplement qu’il me trouve du travail, avec ses relations en Afrique. »

A-t-il rédigé ce faux à la demande du baron, ou alors d’initiative pour lui faire plaisir ? Bonvoisin, lui, n’accepte pas cette version : « Madame, c’est un montage, un coup tordu. Il y a eu une kyrielle de provocations. »

Amaury et Bonvoisin ont été confrontés à l’audience. Chacun a campé sur ses positions. Une même opposition a ensuite caractérisé les relations entre Bonvoisin et Van de Weghe, à propos de visites « conjointes » (?) à l’ambassade des Etats-Unis, ou d’une apparition en hélicoptère chez le baron. Les coprévenus cultivent cette opposition. Un des faux, épinglé, serait aussi estampillé du KGB, mais au lieu d’utiliser les caractères russes cyrilliques, il était écrit en grec…

« Qui vous a remis le rapport Hoffer (un agent de la National Security Agency – NSA, un service secret américain) ? », demande la présidente à Benoît de Bonvoisin. « Je ne sais pas, tout cela est un coup tordu. Je ne sais pas pourquoi on me torture comme ça ici », rétorque le baron. « C’est vous qui vous sentez toujours victime », répond la présidente. Ce qui énerve Bonvoisin : « Cela fait 40 ans qu’on me traite comme ça. Ça suffit, je m’en vais. » Il sort de la salle, puis revient : « Ce n’est pas rigolo de tuer civilement quelqu’un comme ça. »

Son avocat, Me Julien Pierre, a tenté de le ramener à l’audience, en vain… Le procès s’est donc poursuivi sans lui.

Dans l’autre affaire, l’homme d’affaires Eric Van de Weghe et l’ex-journaliste Philippe Créteur sont poursuivis pour dénonciation calomnieuse à l’encontre d’un enquêteur, Bruno F. Pour sa défense, le journaliste confirme avoir été manipulé par l’enquêteur, ce que réfute ce dernier.

Suite des débats ce mardi.