Le Benelux, héraut des « petits »
LABAKI,MAROUN
Page 15
Mardi 6 octobre 2009
Union européenne Une note sur la mise en œuvre du Traité de Lisbonne
Les pays du Benelux craignent, avec d’autres « petits pays », de faire les frais de ce changement de régime. Depuis des mois, ils réfléchissaient à la question et jaugeaient les périls. Le « oui » irlandais les a « libérés », et, ce lundi, ils ont rendu public un texte (sans valeur juridique) où ils exposent leur vision de ce que doivent faire le président permanent du Conseil européen, le haut représentant pour les Affaires étrangères - vice-président de la Commission, le Conseil Affaires générales et le Service européen d’action extérieure. Le document de cinq pages, assez détaillé, peut se résumer comme suit : « Non à un directoire des “grands” ! »
« Il reflète l’attachement historique du Benelux à la méthode communautaire, explique un diplomate belge. Nous voulons une approche inclusive de l’ensemble des Etats membres. Nous voulons que les nouvelles institutions travaillent ensemble, avec la présidence tournante, la Commission et le Conseil Affaires générales ».
En réalité, l’inquiétude du Benelux est principalement liée à l’irruption du président permanent du Conseil européen. La fonction avait été voulue, du temps de la Convention, par le trio ABC (Aznar, Blair, Chirac), contre l’avis du Benelux – qui a de la suite dans les idées. « Maintenant, il est là, poursuit-on, et nous devons en faire le meilleur usage possible. En “interne”, il ne faut pas qu’il se mêle de tout et qu’il vienne sur les plates-bandes de la Commission. Mais, en même temps, si on l’isole, il va se créer son propre réseau, en marge du processus normal, et donner des coups de fil sélectifs, comme une présidence récente ». Allusion limpide à la présidence européenne de Nicolas Sarkozy…
Quel profil l’homme – ou la femme – doit-il avoir ? « Le président du Conseil européen a la stature d’un chef d’Etat ou de gouvernement, écrivent les ministres des Affaires étrangères du Benelux dans leur note informelle. Il a démontré son engagement européen et a développé une vision sur l’ensemble des politiques de l’Union. Il est à l’écoute des Etats membres et des institutions et sensible aux équilibres institutionnels qui caractérisent la méthode communautaire ».
A l’écoute de tous les Etats membres ! « Il devra avoir de grandes oreilles pour entendre tous les signaux des capitales et les rassembler dans des solutions de compromis », disait Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois, lundi matin au Financial Times Deutschland.
Tony Blair, pressenti pour le poste, fait-il dès lors l’affaire ? Interrogés, les diplomates affichent une moue dubitative ; rien de précis ne disqualifie toutefois l’ancien chef du gouvernement britannique dans le profil de fonction préparé par le Benelux. Cela étant, Herman Van Rompuy avait clairement rappelé ce week-end que le Royaume-Uni avait déjà bloqué des candidatures belges. A bon entendeur salut !
Jusqu’ici, Tony Blair était le seul candidat déclaré. Il semble cependant que le « oui » irlandais ait donné le signal de départ à la course aux deux hautes fonctions européennes créées par le Traité de Lisbonne. Ce n’est pas le marathon de New York, mais la presse des Vingt-Sept regorge de noms. On parle aussi, ici ou là, des trois Premiers ministres… du Benelux !
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