Le Benelux mis au goût du jour

LABAKI,MAROUN; REGNIER,PHILIPPE

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Mardi 19 juin 2007

Diplomatie La négociation pour le renouvellement du traité de 1958 a été lancée

L'ambiance n'est cependant pas à la fête entre les trois pays. En cause : l'avenir institutionnel de l'Union européenne.

Luxembourg

De notre envoyé spécial

Les ministres des Affaires étrangères du Benelux ont lancé, lundi soir à Luxembourg, les négociations pour le renouvellement du traité qui lie leurs pays depuis 1958. Mais l'ambiance n'est pas à la fête entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg : précurseurs de l'intégration européenne, membres fondateurs de la Communauté, ils sont aujourd'hui profondément divisés sur l'avenir institutionnel de l'Union.

Le Benelux a été conçu, dès 1944, pour permettre la libre circulation des marchandises, grâce à un tarif douanier unique. A l'union douanière s'est ensuite ajoutée une union économique, entrée en vigueur en 1960 pour cinquante ans.

Ces cinquante ans sont (presque) passés ! Et le Benelux a perdu de son importance et de son originalité, alors que se développait le projet européen, qui l'a en grande partie « englouti ». Que faire du Benelux à présent ? Belges, Néerlandais et Luxembourgeois ont quelques mois pour répondre.

Il est question, en tout cas, d'« élargir » géographiquement le concept, en mettant en place des coopérations renforcées avec des régions voisines du Benelux, telle que la Rhénanie du Nord-Westphalie, en Allemagne. Techniquement, il faudra aussi, notamment, mettre le traité Benelux en conformité avec la réalité fédérale de la nouvelle Belgique.

Mais, pour l'heure, ce n'est pas la folle ambiance ! Lundi soir, les chefs des diplomaties des trois pays ont fait montre d'une bonne humeur de circonstance. La réalité est là, cependant : politiquement, le Benelux n'est plus ce qu'il était.

D'ailleurs, dimanche soir, à l'issue du dîner luxembourgeois des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, consacré à l'avenir institutionnel de l'Union, Karel De Gucht n'a pas mâché ses mots au sujet des options - minimalistes - défendues par les Pays-Bas. Pour le chef de la diplomatie belge, « certains remettent en question l'existence même de la construction européenne ».

Le « non » des Néerlandais au projet de Constitution, en 2005, a en effet nettement refroidi l'engagement européen de leurs dirigeants. C'est ainsi que, dans le débat actuel sur le nouveau traité, les Pays-Bas exigent qu'un vaste pouvoir de contrôle soit accordé aux Parlements nationaux sur les instances européennes.

Ce n'est pas tout. Le gouvernement néerlandais soutient assez systématiquement - et il l'a encore fait dimanche soir - les Britanniques quand ils refusent de nouveaux transferts de souveraineté au profit des structures des Vingt-Sept. Cette « connivence » néerlando-britannique est apparue lors des débats sur la primauté (ou non) du droit communautaire, sur le caractère contraignant (ou non) de la Charte des droits fondamentaux, sur la personnalité juridique (ou non) de l'Union, etc.

Une petite phrase prononcée dimanche soir par Karel De Gucht en dit long sur sa perception présente des Pays-Bas au sein du carré des eurosceptiques : « Sur les points essentiels du futur traité européen, nous n'allons pas céder, a lancé le ministre belge. Nous pouvons, nous aussi, opposer notre veto. Il n'y a pas que les Polonais, les Britanniques, les Tchèques et les Néerlandais qui peuvent le faire ! »

Lundi soir, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, n'a pas nié les tensions à l'intérieur du Benelux. Il a toutefois affirmé : « Même dans les meilleures familles, il y a des problèmes. Mais nous devons continuer, nous voulons continuer, parce que le Benelux a encore une vraie plus-value. »

Tony Blair for President of the Union ?

Tony Blair, futur président de l'Union européenne ? Nicolas Sarkozy caresserait ce scénario qui, à en croire l'édition du week- end du Financial Times, a entamé auprès de ses pairs une campagne en faveur du Premier ministre britannique en fin de carrière nationale. Cette ambition européenne a aussitôt été balayée par l'entourage du futur ex-locataire du 10 Downing Street (il quitte la fonction le 27 juin), qui rappelle que le « patron » rêve de retraite. Mais on sait ce que valent ces promesses si d'aventure la proposition se concrétisait...

Le lobby de Sarkozy se réfère à une disposition prévue par la défunte Constitution, dont le sommet européen convoqué fin de la semaine à Bruxelles cherchera à sauver des « morceaux ». La création d'un poste « permanent » de président du Conseil européen pourrait en faire partie.

Aujourd'hui, les travaux de l'UE sont présidés à tour de rôle, pour six mois, par un dirigeant en fonction dans son pays. La Constitution prévoyait que les Vingt-Sept élisent (à la majorité qualifiée) un président pour une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois. Ce président ne pouvait exercer de mandat national : on imaginait donc la nomination d'un dirigeant en exercice prêt à abandonner ses fonctions ou, plus vraisemblablement, d'un chef d'Etat ou de gouvernement sur le départ.

Comme Tony Blair ? C'est lui qui avait notamment soufflé l'idée de ce poste lors des travaux de la Convention sur l'avenir de l'Europe, qui a préparé une ébauche de la Constitution. L'idée pouvait forcément être taillée sur mesure. D'autant que le timing était parfait : le texte moribond aurait dû entrer en vigueur cette année... Désormais, l'affaire est reportée à 2009 - si le calendrier envisagé pour le sommet de ces jeudi et vendredi est respecté. D'ici là, c'est peu dire que la conception très peu fédéraliste de l'Europe par Tony Blair dérange bon nombre de capitales. Ses « chances » paraissent donc plus que mesurées. Et un observateur d'ajouter en lien avec 2009 : « It's over (c'est fini). Il faut être membre du Conseil européen pour avoir le poste ». Voilà qui pourrait tout aussi bien s'appliquer à Guy Verhofstadt, en son temps barré sur le chemin de la présidence de la Commission par le veto... d'un certain Tony Blair.