Le budget, acte II, c'est parti

ROZEN,MARC; AFP; STAGIAIRE; MARTIN,PASCAL; DUBUISSON,MARTINE

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Vendredi 16 décembre 2005

Union européenne Ultime échauffement avant la grande négociation

Les hostilités recommencent aujourd'hui. Six mois après l'échec du sommet de juin. Un remake ?

Un dialogue de sourds ». « Un échange de vues violent »... Les quelques échos du dîner qui a réuni jeudi à Bruxelles les chefs d'Etat et de gouvernement européens laissent sceptique quant aux chances d'aboutir ce soir à un accord budgétaire. Six mois après l'échec d'un sommet mené sous présidence luxembourgeoise, une autre Berezina ne peut être écartée.

S'il faut en croire l'entourage du Premier ministre polonais Karzimierz Marcinkiewicz, l'actuelle présidence britannique ne fait preuve d'aucune marge de manoeuvre sur le rabais. Blair craint son opinion publique. Le président de la Commission Jose Manuel Barroso croit au contraire un « accord possible ».

Hier, la présidence britannique conduite par le Premier ministre Tony Blair a préféré renvoyer au terme d'un accord éventuel deux autres dossiers : la candidature de la Macédoine à l'UE et la baisse de la TVA sur la restauration que réclame la France.

Consacré aux perspectives financières 2007-2013, le dîner a en revanche été avancé d'une demi-heure. Deux heures et demie plus tard, à 22 h 30, la messe était dite. Le Suédois Göran Persson a affirmé à la sortie du Juste Lipse que les pourparlers seraient « très durs », estimant à une chance sur deux un accord. Tony Blair a confirmé que chaque pays est resté sur ses positions. Mais tous veulent un accord maintenant. Des entrevues bilatérales étaient prévues cette nuit. Une nouvelle proposition budgétaire serait déposée à 11 heures.

L'imbroglio budgétaire a tenu la vedette de cette première journée. Jacques Chirac a rencontré tour à tour Tony Blair, l'Allemande Angela Merkel et l'Espagnol José Luis Zapatero. Il leur a répété ses critères de négociation. Il veut un « accord fondé sur une juste répartition entre États membres de l'effort de financement de l'élargissement » et propose de revoir de « façon durable » le rabais britannique concédé en 1984 à Margaret Thatcher. La France en est le premier contributeur.

Autre alliance : « La France, l'Allemagne et l'Espagne, dit un diplomate français, ont convenu de relations étroites pendant le sommet. ».

Selon des indiscrétions recueillies hier à la réunion du Parti populaire européen (PPE, démocrates- chrétiens et assimilés) à Meise, l'Allemagne serait prête à accepter le « British deal ». Premier contributeur net au budget, Berlin voit d'un bon oeil le plafonnement de l'enveloppe globale à 849 milliards d'euros. Les Allemands épargneraient quatre milliards d'euros.

L'Allemagne cherche aussi à jouer les modérateurs. Entre, d'un côté, la France et la Pologne coalisées contre Londres. De l'autre côté, la présidence britannique. « Un rôle ambigu, dit un diplomate, puisque Berlin prend également ombrage du rabais. »

Si Paris mène croisade contre le rabais, Varsovie reste surtout orpheline de 4 milliards d'euros par rapport au sommet de juin. Un diplomate polonais y voit un lien cent fois ressassé : « Plus la réforme du rabais sera importante, plus les moyens des nouveaux États membres seront accrus. »

La même motivation aurait dû être au centre de la réunion qui s'est tenue jeudi entre les pays du groupe de Visegrad. Mais l'entente entre Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie bat de l'aile. Hier, le Premier ministre polonais Marcinkiewicz a eu beau appeler à la solidarité. S'il dit pouvoir compter sur la Hongrie, la Slovaquie a choisi de suivre Londres. Le démantèlement de sa centrale nucléaire de Bohunice sera financé à concurrence de 375 millions d'euros. D'abord opposé, Prague se laisserait aussi tenter par un accord.

Côté Benelux, la Belgique est prête à soutenir la revendication néerlandaise d'une diminution de sa contribution au budget, mais non en lui cédant 40 % des droits de douane comme le veut Londres. Le Luxembourg et la Belgique font encore cause commune pour revendiquer davantage de fonds pour le développement rural. La même entente se retrouve dans l'exigence d'en finir avec le « système actuel » du rabais, position sur laquelle La Haye est plus nuancée.

Le Parlement européen veut la Bulgarie et la Roumanie au 1 er janvier 2007 Le Parlement

Le Parlement européen veut la Bulgarie et la Roumanie au 1er

janvier 2007

Le Parlement européen a réaffirmé jeudi son soutien à l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'UE à la date prévue du 1er janvier 2007, mais a souligné que cela dépendrait des progrès réalisés par les deux pays.

Les eurodéputés ont approuvé à main levée en séance plénière deux rapports d'étape sur le degré de préparation de la Bulgarie et de la Roumanie à l'adhésion à l'UE dans lesquels ils réaffirment leur souhait de voir ces pays rejoindre les Vingt-Cinq à la date prévue. Toutefois, concernant la Roumanie, les eurodéputés ont souligné que la réalisation de cette ambition « dépend d'abord de la capacité des autorités roumaines à remplir leurs engagements », notamment en matière de réforme du système judiciaire, de lutte contre la corruption ou la criminalité organisée où il existe encore des « carences graves », selon le rapporteur et eurodéputé français Pierre Moscovici (socialiste). Pour la Bulgarie, le Parlement européen engage « instamment les autorités bulgares à produire des résultats tangibles, de manière à garantir que l'échéance prévue pourra être tenue ». (afp)

CIA : commission d'enquête au Parlement

Le Parlement européen a entériné jeudi la mise en place d'une commission d'enquête temporaire sur le transfert illégal présumé de détenus et l'existence soupçonnée de lieux de détention secrets de la CIA en Europe ou dans des pays candidats. Dans une résolution adoptée jeudi, les eurodéputés invitent aussi le sommet européen de cette semaine à « examiner ces questions », et prient tous les États membres « de remettre avec célérité toute information pertinente à cet égard » au Conseil de l'Europe qui a lui aussi ouvert une enquête. Par ailleurs, le parlementaire suisse chargé de l'enquête du Conseil de l'Europe a affirmé au Blick que deux services secrets européens étaient au courant des vols de la CIA en Europe. Dick Marty a toutefois refusé d'identifier les services concernés. (afp)

Tony Blair a l'âme latine et l'esprit eurosceptique

Tony Blair a l'âme latine et l'esprit eurosceptique

LONDRES

De notre correspondant

Tony Blair aime à parler le français, qu'il pratique avec un léger accent, commettant çà et là quelques erreurs lexicales. Avant son arrivée à Downing Street, il lisait volontiers la presse française. Le Premier ministre britannique a enseigné le français à Londres, à des cadres américains de l'assurance, avant d'entamer son stage d'avocat . Il a été barman dans un hôtel parisien. La famille Blair a passé de nombreuses vacances sur la Côte d'Azur - mais aussi en Toscane et à Palma. « Tony » apprécie le champagne, les vins et la nourriture française, italienne et espagnole. S'il est un de ces Anglais qui murmurent « sorry » quand on lui marche sur le pied, c'est aussi un latin dans l'âme, porté sur les poignées de main, les accolades. Il suffit de l'approcher pour lui découvrir de l'attention, du charme, de l'humour. Très souvent il use des expressions « funny », « exciting » (« drôle », « excitant ») à la manière d'un Méditerranéen. Catholique de facto depuis son mariage avec Cherie, Tony Blair vit aussi profondément cette religion majoritaire sur le Vieux Continent.

Pour le journaliste John Rentoul, auteur d'une biographie remarquée de l'hôte de Downing Street, ces éléments personnels soulignent un véritable tropisme pro-européen: « Blair a dit oui avec enthousiasme à l'Europe lors du référendum de 1975 sur le maintien du Royaume-Uni au sein du Marché commun. A l'instar de sa génération issue de la bonne classe moyenne, il a toujours été favorable à la construction européenne, même si ce n'est pas un idéaliste comme les pionniers du projet, à l'instar d'un Edward Heath ».

Seulement voilà. Si Blair a aujourd'hui remis son drapeau européen en poche, c'est peut-être parce qu'il mêle le Celte passionné et romantique et le Saxon d'un naturel plus froid hérité de son père, notable conservateur anglais.

« Au début de son premier mandat, Blair était vraiment pro-européen. Il était catastrophé de l'état pitoyable des relations avec les partenaires européens légué par les conservateurs. Puis après sa réélection en 2001, cet optimisme s'est évaporé avec la multiplication des crises dans la construction européenne et le rejet par l'opinion d'une adhésion à l'euro », ajoute son biographe.

On le devine aujourd'hui, après sa troisième victoire électorale d'affilée, désabusé par les batailles avec ses partenaires européens sur le budget et la politique agricole commune : « Tony » trouve l'Union européenne trop petite à son goût. Le sort de l'Afrique, la réforme du commerce mondial, les nouvelles technologies le passionnent désormais davantage. Le chef du gouvernement est conscient d'avoir torpillé ses ambitions européennes en se montrant intransigeant sur le budget et le rabais. A écouter John Rentoul, « Après son départ du pouvoir, il fera comme Thatcher et Major et se tournera vers les Etats-Unis où il est très populaire. Il enseignera dans les universités, donnera des conférences... Bref, il s'enrichira. »