Le budget belge, bon élève européen
DEMONTY,BERNARD; BERNS,DOMINIQUE
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Mercredi 6 janvier 2010
P.2 L’édito
P.3 nos informations
Un déficit grave, mais c’était prévu
Finances publiques En Belgique, il s’élève à 20 milliards d’euros en 2009
Leterme. D’autre part, on prévoit un déficit de 5,9 %, alors que la Banque nationale tablait en décembre sur 6,1 %. C’est un peu mieux. Enfin, la moyenne de l’eurozone est de 6 %. Nous nous situons donc un peu en deçà. »
En revanche, d’ici à juin, un contrôle budgétaire s’imposera. Avec des mesures désagréables ? Pour l’instant, il n’en est pas question, puisque les derniers chiffres confirment la trajectoire que le gouvernement avait escomptée en octobre.
« L’équilibre en 2015, seule politique raisonnable »
Paul De Grauwe note que pour la Belgique, « l’effet primordial, c’est la chute des recettes de l’État, dans la mesure où les mesures de relance ont été plus modestes que dans d’autres Etats-membres de l’Union et aux Etats-Unis. Nous avons profité des plans de relance des autres pays, l’Allemagne et la France au premier chef. » Il rappelle que le sauvetage des banques ne s’est pas traduit, chez nous, par une augmentation du déficit, mais de la dette publique.
En Belgique, cet autre indicateur important de l’état de santé des finances publiques s’est fortement et rapidement dégradé, passant de 80 % du PIB à près de 100 %. À nouveau, c’est également le cas dans les autres pays.
De sorte que la pression monte pour que les gouvernements réduisent leurs dépenses… et l’on voit les marchés financiers, non sans cynisme, redoubler leur surveillance sur les États qui ont dû dépenser et s’endetter pour sauver les systèmes bancaires et financiers.
Mais selon Paul De Grauwe et Robert Deschamps, la reprise reste fragile et l’erreur à ne pas commettre, c’est celle des autorités japonaises qui, au milieu des années 90, avaient cassé la reprise timide de l’économie de l’Archipel, notamment en remontant prématurément la TVA.
Comme l’explique Paul De Grauwe, « La conjoncture n’est actuellement soutenue que par deux facteurs : la reconstitution des stocks qui avaient fondu au plus fort de la récession ; et les plans de relance. Mais ce sont deux facteurs temporaires. Y a-t-il des processus endogènes capables de remettre les économies sur les rails de la croissance ? Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne…, les ménages sont fortement endettés et privilégient l’épargne sur la consommation. Les entreprises ne se pressent pas pour investir. Quant aux économies émergentes, et en particulier la Chine, elles sont très dépendantes des exportations. Le risque est réel de voir les économies replonger en récession si les grands pays mettent trop rapidement en œuvre des politiques d’austérité. »
« Il est fort probable que la croissance reste très faible, de l’ordre de 1 %, durant quelques années », ajoute Robert Deschamps.
Dans ce contexte, nos deux interlocuteurs sont unanimes : le principe d’un retour en douceur à l’équilibre budgétaire – d’ici à 2015, en Belgique – est la seule politique raisonnable.
Cela dit, « il ne faut pas mettre tout sur le dos de la crise », note Robert Deschamps. « Les finances publiques belges connaissaient des problèmes structurels bien avant l’entrée en récession. » Il faut en effet rappeler que la situation budgétaire ne s’était pas fondamentalement améliorée depuis 2000, année où nos finances publiques avaient retrouvé l’équilibre. Et que, contrairement aux précédents gouvernements, les coalitions Verhofstadt I et II avaient relâché l’effort budgétaire.
« Le Fonds de vieillissement, rappelle l’économiste namurois, n’a pas été suffisamment alimenté. » Et les finances des entités fédérées, au niveau francophone, étaient déjà plombées avant la crise. « Dès juin 2008, la Wallonie savait qu’elle n’aurait plus de quoi financer le prolongement du Plan Marshall en 2010 ; la Communauté française, qu’elle n’aurait plus de marges budgétaires pendant plusieurs années ; et Bruxelles prévoyait un déficit jusqu’en 2015 ! »
Agir en douceur, mais agir. Car il importe de maîtriser la dette publique. Certes, pour le moment, « la prime de risque payée par l’État belge sur sa dette reste limitée : 32 points de base de plus que l’Allemagne », note Paul De Grauwe.
Mais « nous allons devoir faire face au vieillissement des populations, au défi environnemental et à la fin de l’énergie à bon marché, dans un contexte où les taux d’intérêt vont remonter en raison de la hausse des besoins de financement des États », prévient Robert Deschamps.
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