LE BUNDESTAG VOTE LA RESOLUTION SUR L'ODER-NEISSE

AFP

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Jeudi 8 mars 1990

Le Bundestag vote la résolution sur l'Oder-Neisse

Après une semaine de tiraillements entre la CDU-CSU et le parti libéral du ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, la question de la frontière polonaise - la ligne Oder-Neisse - semble désormais réglée en Allemagne fédérale, même si la Pologne et la RDA ne sont qu'à moitié satisfaites, comme on le lira par ailleurs.

Le Bundestag (parlement ouest-allemand) a en effet voté jeudi une résolution prévoyant que les parlements des deux Etats allemands adopteront une déclaration commune reconnaissant la frontière occidentale de la Pologne, après les élections libres du 18 mars en RDA.

La résolution, votée par la seule majorité parlementaire, est le résultat d'un compromis réalisé mardi entre le parti du chancelier Helmut Kohl (CDU), la branche bavaroise de celui-ci (CSU) et le parti libéral FDP du ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher. Deux résolutions présentées par le parti social-démocrate (SPD) et les Verts ont été rejetées.

Le vote du Bundestag devrait aussi apaiser les craintes des principaux partenaires et voisins de la RFA. Dans un article de l'hebdomadaire Die Zeit, l'ancien chancelier Helmut Schmidt estime ainsi jeudi que «beaucoup de porcelaine a été brisée du fait de la réticence du chancelier Kohl à s'exprimer clairement sur la frontière polonaise.»

Mais cette question à peine réglée, une autre querelle se profile entre partis de la coalition sur la voie constitutionnelle que devra prendre l'unification allemande. Pour le chancelier Kohl, il existe «une voie royale» pour l'unification: l'article 23 de la Loi fondamentale (Constitution ouest-allemande) qui stipule que l'actuelle constitution de la RFA peut immédiatement entrer en vigueur dans «d'autres parties de l'Allemagne».

M. Kohl, qui n'a de cesse de chercher à accélérer le processus d'unification, martèle sa conviction lors de ses déplacements en RDA pour la campagne des partis conservateurs, dont le programme propose l'unité immédiate. «Pourquoi se compliquer la tâche alors qu'il y a une Constitution toute prête», demande ainsi Hans-Wilhelm Ebeling, qui dirige la DSU (Union sociale allemande) proche, en RDA, de la CSU ouest-allemande.

Lundi, M. Kohl avait affirmé que la cohésion de la coalition dépendrait surtout de l'attitude du FDP vis-à-vis de l'article 23, plus encore que de la frontière polonaise. Selon des sources informées, ces déclarations ont provoqué la colère de M. Genscher. Le ministre des Affaires étrangères n'est pas hostile par principe à une marche vers l'unité au moyen de l'article 23, mais il souligne que la RDA doit rester maître de la procédure. Pour M. Genscher, il ne faut surtout pas donner l'impression que Bonn veut forcer la RDA à une annexion pure et simple.

M. Genscher a reçu mercredi l'appui précieux du président de la République Richard von Weizsäcker, pourtant issu de la CDU. «Je trouve que le débat sur l'utilisation de l'article 23 de la Loi fondamentale est prématuré», a-t-il dit dans une interview à quatre quotidiens internationaux. «Cette décision doit être prise en RDA et pas ailleurs, ce n'est pas au Bundestag de décider.»

M. von Weizsäcker estime qu'il est important que les deux Etats soient sur un pied d'égalité dans un processus d'unification, ce que ne permettrait pas une unification par l'article 23. Le président, comme nombre de sociaux-démocrates (SPD, principal parti d'opposition), est plutôt favorable à une nouvelle constitution sur la base de la Loi fondamentale ouest-allemande. Oskar Lafontaine, le probable candidat SPD à la chancellerie, souhaite pour sa part un référendum, en RFA, sur base de l'article 146.

En fait, M. Genscher, toujours attentif au retentissement des débats intérieurs allemands à l'étranger, craint aussi les réactions de l'Union soviétique qui insiste pour que les aspects extérieurs de l'unité allemande soient traités avec les deux Etats allemands en collaboration avec les quatre puissances victorieuses de l'Allemagne. A la faveur de l'article 23, la conférence «deux plus quatre» chargée d'organiser l'unité allemande deviendrait en effet tout d'un coup «une plus quatre»... (D'après AFP.)