Le carcan de Dexia

THOMAS,PIERRE-HENRI

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Mardi 6 juillet 2010

Banques Les exigences européennes sont publiques

La Commission européenne vient de rendre publiques les conditions qu’elle a imposées à Dexia en échange de la recapitalisation de la banque par la Belgique, la France et le Luxembourg. Un document qui, pour la première fois, donne des détails significatifs sur le contexte au cours duquel les trois États ont dû voler au secours de la banque franco-belge, mais aussi des informations sur son plan de restructuration.

Entre 200 et 300 milliards à trouver à l’automne 2008. D’abord, la Commission brosse le portrait d’une banque déséquilibrée. Son activité principale, le crédit aux collectivités locales, se caractérisait « par un faible niveau de marges », remarque la Commission. Dexia allait donc à la recherche de marges « en dehors des activités traditionnelles du groupe, via le rehaussement de crédit aux USA, le trading pour compte propre ou des investissements pour compte propre » dans un portefeuille obligataire qui, le 31 décembre 2008, pesait 233 milliards d’euros, soit 36 % du bilan de la banque. Un bilan financé essentiellement à court terme, sur le marché interbancaire notamment. Du coup, en septembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, Dexia s’est retrouvé à court de financement pour un montant gigantesque. La Commission donne une fourchette de 200 à 300 milliards d’euros ! L’exécutif européen fait aussi le compte du total des pertes et dépréciations d’actifs : elles se montaient à 6,5 milliards d’euros à l’automne 2009 !

Le plan de restructuration. Face à la Commission, Dexia s’est engagée à dégonfler de plus de 34 % : son bilan pesait 651 milliards d’euros fin 2008, et ne devrait plus afficher que 427 milliards fin 2014. Plus spécialement, concernant les actifs hérités du passé (essentiellement le gros portefeuille d’obligations achetées pour compte propre,) ils doivent passer de 162 milliards d’euros fin 2009 à 79 milliards fin 2014.

La Slovaquie et l’Italie en Bourse ? Une série d’actifs ont déjà été vendus : l’assureur américain FSA, le bloc de 20 % dans Crédit du Nord, un rapetissement du réseau belge (Dexia doit fermer 80 agences « à l’horizon 2010 », mais c’était prévu…),… Mais la banque s’est aussi engagée à vendre ou introduire en Bourse, d’ici au 31 octobre 2012, trois gros morceaux : sa participation de 70 % dans la banque italienne Crediop, dans sa filiale slovaque DBS et sa participation dans la filiale d’assurance de Denizbank en Turquie. La Commission donne un an de plus, soit jusqu’à fin octobre 2013, pour la cession (il n’est pas question ici d’une éventuelle introduction en Bourse) de Sabadell, la filiale espagnole. Et Dexia ne peut plus accorder de financement intragroupe à sa filiale turque Denizbank jusqu’à fin 2014.

Sortie des paradis Parmi les autres engagements pris, Dexia va également fermer une série d’antennes internationales, logées dans des pays parfois qualifiés de paradis fiscaux : les activités de banques privées à Jersey, Montevideo et Singapour vont être fermées. Dexia va céder d’ici à la fin de l’an prochain ses activités de trust au Bahamas, et va liquider d’ici à la fin de l’année ses activités de financement des collectivités locales en Suisse et en Suède.

Par ailleurs, la banque franco-belge réduira son financement à court terme qui ne devra pas dépasser 11 % du bilan fin 2014. Elle s’engage aussi à réaliser un return minimum de 10 % sur ses crédits aux collectivités locales, à limiter sa production de crédits à ce type de clientèle (pas plus de 18 milliards par an de 2011 à 2014). Et la banque s’engage aussi à réduire ses coûts d’exploitation de 15 % avant le 31 décembre 2012. Ce qui signifie, en pratique, qu’une nouvelle phase d’économie sera annoncée à la rentrée.