Le CD&V veut dessiner « un autre pays »
DUBUISSON,MARTINE; LAMQUIN,VERONIQUE; COPPI,DAVID; BOUILLON,PIERRE; VANOVERBEKE,DIRK
Page 8
Mercredi 16 juillet 2008
CD&v
Il leur faut d’ailleurs des nerfs d’acier. La journée de lundi fut certes éprouvante, tant l’agenda et les positions évoluaient au fil des heures. Mais mardi n’a pas apporté plus de stabilité : le discours CD&V du matin ne fut pas tout à fait celui du soir…
Réunis en groupe parlementaire Chambre et Sénat, avant midi, les élus CD&V/N-VA avaient balisé la situation en trois temps. Un : les responsabilités. Deux : l’attitude. Trois : le fond.
Un. Pour le cartel pas de doute : la responsabilité de l’échec revient aux partis francophones. Qui ont empêché une réforme de l’Etat digne de ce nom (provoquant une nouvelle fois son report) et un vrai dialogue entre Communautés. N’ont-ils pas nommé le vice-Premier Reynders et non le ministre-président Demotte, pour coprésider ce dialogue ? Résultat : les entités fédérées n’étaient plus à la manœuvre ; la belle-mère fédérale était de retour…
Deux. Après avoir envoyé au feu Jean-Luc Dehaene, Yves Leterme, Herman Van Rompuy et même Kris Peeters, le parti décide d’adopter « une position passive ». Traduisez : « Ce n’est plus à nous d’agir ; qu’un francophone prenne une initiative. » Un propos que l’on avait déjà entendu après la première démission d’Yves Leterme en août 2007… ce qui ne l’avait pas empêché de rempiler.
Rebelote hier ! Malgré cette position ferme du début de journée, le chef de groupe à la Chambre, Servais Verherstraeten, nuance le soir, à la VRT : si des avancées communautaires sont enregistrées, Yves Leterme pourrait rester à la tête du gouvernement. « Si c’est possible avec Leterme, pourquoi pas ? », lâche-t-il.
Trois. Plus que jamais, le cartel juge la réforme de l’Etat belge indispensable. Comme le dit un député : « Nous sommes convaincus qu’il faut un autre pays, et que ce sont les Communautés, pas le fédéral, qui doivent le négocier ». Ce sera manifestement le nouveau leitmotiv CD&V : une négociation entre entités fédérées, sinon rien…
Si le CD&V était hier au centre de bien des discussions, Yves Leterme, s’est fait, lui, très discret. « Il va se reposer et attendre », disait-on hier midi. En soirée par contre, le scénario de son retour (au 16, voire comme vice-Premier) remontait en puissance. Quoi qu’il en soit, sa démission soudaine, lundi, a créé un nouveau paradoxe : Leterme s’est renforcé en interne – se recentrant sur le cartel –, et affaibli à l’extérieur – vis-à-vis des partenaires.
Plus radical que jamais, le cartel a failli exploser
N-VA
La formation de Bart De Wever continue pourtant à faire la pluie et le beau temps au sein du cartel flamand. Si Yves Leterme, un des pères fondateurs de cette alliance, avait in extremis arraché l’accord communautaire dont il rêvait, il aurait en même temps fait exploser l’union entre démocrates-chrétiens et nationalistes. Une catastrophe à quelques mois du scrutin régional.
Geert Bourgeois, l’unique ministre N-VA du gouvernement flamand, avait déjà révélé toute l’ampleur de la lézarde en soulignant toutes ses réticences à l’égard de la dernière petite idée d’Yves Leterme soufflée à Kris Peeters, lui-même chargé de la défendre au sein du gouvernement flamand. Et la réunion du bureau du parti, dans la soirée de lundi, a confirmé la césure. Pendant qu’Yves Leterme tentait de rallier les troupes démocrates-chrétiennes à son plan, les nationalistes flamands lui coupaient l’herbe sous le pied. Certains s’étonnent. Pourquoi les responsables de la N-VA s’opposent-ils à un scénario qui jette les bases du confédéralisme dont ils rêvent, en attendant l’indépendance de la Flandre ? Ce sont moins les modalités et la composition du groupe de pilotage communautaire (Kris Peeters le Flamand, Rudy Demotte le Wallon et le francophone, Charles Picqué le Bruxellois), flanqué ou non ou de plusieurs belles-mères fédérales que, tout simplement, l’absence de toute avancée qui a tétanisé les nationalistes. « Nous n’allions pas avaliser la mise en place de ce nouveau bidule institutionnel. Ce que nous espérions, au minimum, en ce 15 juillet, jour de la déclaration gouvernementale et de l’annonce du volet communautaire, c’était… quelque chose. Une révision de la loi de financement, un transfert de compétences, sans parler d’une
solution pour Bruxelles-Hal-Vilvorde. Au lieu de cela, il n’y a rien. Nada », s’énerve un parlementaire N-VA. « Les francophones ont dit non à tout. Quelle crédibilité pouvions-nous accorder à cette dernière initiative où ne figurait aucun délai et dont les Wallons pouvaient continuer à se moquer comme d’un poisson d’une pomme ? Depuis des mois, ils se disent prêts à envisager une réforme de l’Etat. Mais quand il s’agit de passer aux actes, il n’y a plus personne », ajoute cet autre mandataire. Qui comprend la démission d’Yves Leterme et, avec les autres membres de la N-VA, répète avec le Premier ministre démissionnaire qu’« on vient d’atteindre les limites du modèle fédéral ».
Le cartel s’est ressoudé et radicalisé du même coup : la N-VA n’a pas fini de faire grimper les enchères communautaires.
Les libéraux veulent garder la même équipe et réformer l’Etat
MR
Il en ressort ? Après deux heures d’échanges, Richard Miller, président de l’intergroupe, a fait voter une position en 3 points. Un : il faut que le gouvernement soit vite remis en selle. Traduisez : le MR ne veut pas de scrutin anticipé, il ne veut pas de nouveau gouvernement, il veut le même gouvernement : « Imaginer une nouvelle équipe, c’est non. La perte de temps serait énorme ! » Deux : priorité à l’exécution des mesures socio-économiques qui viennent d’être décidées. Trois : il faut poursuivre le débat communautaire.
Pour le MR, il faut en priorité restaurer la confiance. « Pendant les négociations, quand il a été question d’organiser le débat institutionnel à l’automne, les Flamands ont pensé que les francophones cherchaient à les duper. Ce n’était pas le cas. Il y a un manque de confiance terrible. Le travail va devoir porter là-dessus : restaurer la confiance. »
Louis Michel estimera que les francophones, de leur côté, doivent cesser d’avoir peur. « Il faut une grande réforme de l’État », a plaidé le commissaire européen.
Richard Miller appuiera : « Il faut arrêter d’avoir peur. Quand on parle de régionaliser une compétence du fédéral, cette compétence profite aussi à la Wallonie. »
Au Nord, on juge que c’est désormais à un francophone de reprendre la main. Qui ? Didier Reynders ? Son nom circule depuis lundi soir – comme informateur, formateur ou Premier ministre. Devant les siens, mardi, l’intéressé fermera la porte : « On n’en est pas là ! » Au MR, on dit : « Au Roi de faire de toute façon. »
Jouer un rôle ? Flatteur et tentant (bien sûr). « En termes de pacification entre les communautés, il y a une belle carte à jouer… » Ceci posé : les Flamands feront-ils le moindre geste qui puisse aider un francophone à réussir là où ils ont si bellement échoué ?
Hum…
Di Rupo loue le travail de Leterme
PS
Milquet : « On a un pays à gérer »
CDH
Arrêter le « non permanent »
Écolo
Les verts espèrent que le Roi refusera la démission de Leterme. Ils souhaitent que l’on relance le dialogue communautaire, que les partis sortent du « non permanent » et que le débat conduise à la conclusion d’un « pacte belge » clarifiant le jeu une bonne fois pour toutes.
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