LE CHARGEMENT DES COMBUSTIBLES EST TERMINE,LES PREMIERS ESSAIS DE LA CENTRALE NUCLEAIRE VONT COMMENCER CHARGE D'URANIUM,...

DETHINE,CATHERINE; RAISIERE,YVES

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Mercredi 15 novembre 1995

Le chargement des combustibles est terminé, les premiers essais de la centrale nucléaire vont commencer

Chargé d'uranium, le coeur de Chooz B peut battre

Dans cinq mois, tout au plus, Chooz fournira de l'électricité. Un quart de la production s'en ira en Belgique.

Sur la Meuse française, à deux pas de Givet, Chooz B vit au rythme de sa première unité. Un rythme précis, calculé qui détermine désormais sa future mise en exploitation.

Sur place, le chargement du réacteur à peine terminé, les essais à froid et à chaud, coeur chargé, démarrent dans la foulée. La suite? La mi-février marquera la réaction nucléaire, puis la production d'électricité, prévue en avril. Une production dont un quart ira en Belgique, celle-ci ayant participé à raison de 25 % dans le financement des deux unités. Descente au coeur de la centrale.

Chooz B 1, il y a quelques jours. Le chargement des combustibles, entamé quelques jours plus tôt, touche à sa fin. La mise en place des assemblages combustibles dans la cuve du réacteur pour former le coeur, c'est un peu la genèse de Chooz B 1. Au total, c'est 125 tonnes d'oxydes d'uranium qui viennent alimenter cette unité de 1.450 MW. Un «monstre» de puissance qui, depuis sa conception, monopolise des centaines de personnes.

Entre le plan Vigipirate et la phase de chargement, Chooz B 1 se fait de plus plus en distante. Abandonnant au fur et à mesure, son aspect d'éternel chantier, la «ville faite nucléaire» multiplie les arrêts de contrôle, les «pass» pour pouvoir pénétrer dans la zone protégée, puis dans la zone renforcée.

- Pour nous, cette étape, c'est quelque chose de sentimental, explique une employée d'EDF. C'est le «pré-début» de la centrale.

SOUS 15 MÈTRES D'EAU BLEUE

Une porte de métal au pied de l'unité. Au-delà, la «propreté nucléaire». Peintures spéciales, distribution de vêtements, de chaussures, utilisation d'un appareil décelant les doses susceptibles d'être prises...

- Bien que la centrale ne soit pas encore en activité, nous appliquons les mesures de sécurité mises en place lors de l'exploitation proprement dite, poursuit-elle. Cela a beaucoup changé notre mode de vie sur place. Mais l'on s'y fait.

Une montée de 22 mètres vers le plateau s'amorce à bord d'un remonte-charge. Un plateau où s'activent, 24 heures sur 24, une série d'équipes. Dans la première salle, des assemblages combustibles sommeillent sous quinze mètres d'eau d'un bleu profond.

- Histoire que la réaction en chaîne ne démarre pas spontanément, la piscine contient de l'acide borique, qui absorbe les neutrons, commente Jean-Pierre Fonty, chef de l'aménagement de Chooz B.

Du regard et sur écrans, dix personnes suivent les opérations.

- Il reste environ une vingtaine d'éléments à transférer, explique un membre de l'équipe. On en a environ pour une bonne vingtaine de quarts. Ça va plutôt vite. Il faut dire qu'il y a moins de contraintes avec une centrale qui n'a jamais tourné.

Soulevé, placé à l'horizontale pour être enfin manutentionné toujours sous eau jusqu'au réacteur, le combustible suit son chemin sur bruits de fonds omniprésents.

Sur le bord de la piscine, les yeux rivés sur le réacteur, Véronique fait partie de l'équipe responsable de la dernière phase du chargement. Une «vie de couple» régulée par les horaires qui lui sont imposés par la phase en cours. «Son» réacteur, elle le connaît pour l'avoir côtoyé journellement.

- Le soir, je monte souvent sur la passerelle pour l'observer. C'est quelque chose qui m'est personnel.

Une relation qui se généralise pour tous ceux qui ont la chance de travailler à ses côtés.

- L'effet que cela fait? C'est une vie à part qui se déroule de jour comme de nuit, explique le chef de la maintenance. Travailler en zone, on finit par ne plus y penser. C'est l'habitude.

Il est un peu plus de 19 heures. Les gardiens effectuent les derniers contrôles de rigueur.

- Par temps sec, lorsqu'il fait nuit, Chooz a quelque chose d'impressionnant. Surtout depuis l'embarcadère.

Un dernier passage par le pavillon où une série d'employés transitent avant de commencer leur travail. Pour Chooz et ses équipes, il n'y a pas de nuit.

CATHERINE DETHINE