Le Charleroi de Mochélan

DUNSKI, CAROLINE

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Jeudi 14 octobre 2010

Culture Un clip « entre cru et prude »

La chanson Notre ville existe depuis 2007 dans une version rap. Elle a bouleversé les Carolos, alors que Mochélan l’interprétait à l’Eden à Charleroi pour la première étape de l’Envol des cités. Elle a aussi permis à l’artiste de remporter le prix lors de la finale du même concours, au Théâtre royal de Mons. Ce jeudi, au cinéma Le Parc, Mochélan présente le clip tourné dans les rues de Charleroi et Marchienne.

« C’est plus un court-métrage de fiction qu’un clip », précise-t-il. Le synopsis : Deux enfants préparent une surprise pour leur mère. Ils fouillent les endroits désaffectés, pour récolter des matériaux. En chemin, ils jouent et rencontrent des entraves à leur projet. Leur mère, modeste, un peu folle, passe son temps assise devant sa maison. En parallèle, Mochélan traverse la ville et sa chanson sert de bande sonore. « C’est une grosse claque en pleine tronche », s’émeut Fabrice Laurent, animateur de Présence et Action Culturelles (PAC), qui accompagne l’artiste depuis sa victoire estivale et coproduit le clip. « Il y a peu de personnages, poursuit Mochélan, mais tous expriment une de mes façons de voir Charleroi : une ville à la fois super-accueillante et agressive. Où l’on dégaine vite, que l’on soit homme ou femme. Entre cru et prude. Pour moi, Charleroi est ce qui se passe entre les personnages de l’histoire, mais j’aime laisser une grande part d’interprétation au spectateur. »

L’élan moche vers autre chose

S’il aime la ville qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, un artiste, mais aussi un animateur socioculturel auprès d’enfants, Mochélan a pourtant éprouvé le besoin de la quitter. Partir pour mieux revenir, en quelque sorte. En 2006, il rejoint son ami Julien en Bolivie pour réaliser un documentaire de 26 minutes intitulé 20 ans en Bolivie. Ensuite, en 2007-2008, nouvelle étape de ce projet pédagogique : la tournée dans des écoles de la Communauté française. « Nous proposons au jeune de réfléchir sur sa position en tant que citoyen. Sur quoi va-t-il se baser pour construire son avenir ? Comment va-t-il maîtriser son environnement social, culturel, politique… ? »

C’est dans l’écriture avant tout que l’enfant de Montignies sur Sambre a trouvé sa voie. « J’écris depuis 96-97, mais j’ai attendu 10 ans avant de montrer ce que je fais. Pour moi, le rap représente l’effort pour se développer. C’est de là que vient mon nom. L’élan moche que l’on prend pour aller vers autre chose. Mais je ne me reconnais plus dans le rap actuel devenu bien trop bling bling et égocentrique. Moi, je ne chante pas, je taggue, je slame, je déclame. » Et il anime des ateliers d’écriture également. Le clip Notre ville devrait d’ailleurs servir prochainement d’outil d’animation. « Cela me tient à cœur. Charleroi a un potentiel créatif dans de nombreux domaines. Son second souffle passera nécessairement par la culture. »

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Poumon Noir déshabille la ville

Street Tease, le vrai-faux documentaire parodiant l’émission presque éponyme, force le trait. Avec son nom un brin provocateur, le collectif artistique Poumon Noir, auteur de la vidéo, entend combattre le politiquement correct qui gomme désormais l’expression « Pays noir ». « Si Charleroi n’est pas seulement casquette et jogging, Charleroi est aussi ça, estime Fabrice Laurent. Charleroi, ce n’est pas non plus trois maisons Art Déco. » Dans Street Tease, Mochélan interprète le rôle d’un jeune carolo caricatural. « Mochélan est parvenu à saisir l’esprit de la ville, comme Michaël Sacchi qui a racheté une usine pour en faire le Rockerill, comme le mec qui fait un safari urbain de Charleroi, comme Face B qui montre une autre ville… Ce n’est pas en cachant les défauts de Charleroi qu’on va faire venir des gens. Il faut faire de ses défauts des qualités. »

Infos : Projections Notre ville et Street Tease jeudi 14 à 21h au cinéma Le Parc – 58, rue de Montigny