Le consommateur aime communiquer

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS; FIORILLI,THIERRY; BELGA

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Mercredi 21 décembre 2005

P. 2 & 3 L'enquête sur le budget des familles dessine le profil d'un ménage dépensier et de plus en plus « branché ».

En 2004, le ménage belge moyen a dépensé 30.607 euros. Une donnée statistique de plus ? Oui, mais elle est intéressante. L'Institut national de statistique (INS) souligne que, l'an dernier, nous avons sorti de notre portefeuille 4 % de plus qu'en 2002. Et deux fois plus qu'en 1978.

Les Belges réservent 21 % de leur budget au logement. C'est dans l'ordre des choses. La brique reste dans le ventre. Qui se « vide », pourtant : nous ne consacrons plus que 12,2 % de nos moyens à notre alimentation contre 17,6 % en 1978.

Où va le reste ? D'abord à la voiture et à son carburant : 13,4 % des budgets familiaux. Mais aussi, signe des temps, aux télécommunications : l'internet et le GSM nous ruinent.

Le Belge dépense toujours plus, mais pas n'importe comment

Consommation Verdict de l'enquête sur le budget des ménages 2004

Le transport et les communications prennent de plus en plus de place dans le budget des ménages.

La période des fêtes est un excellent baromètre de la santé de notre société de consommation. Et à en juger par la fréquentation des magasins le week-end dernier, elle se porte plutôt bien. Hier, l'Institut national de statistique (INS) a dévoilé une vue plus détaillée des habitudes de dépense des Belges, en publiant les résultats 2004 de son enquête annuelle sur la répartition du budget des ménages.

Premier enseignement, les ménages belges dépensent toujours plus. En 2004, ils ont sorti de leur portefeuille en moyenne 30.607 euros. C'est 4 % de plus qu'en 2002, date de la dernière étude sur le budget des ménages. Mais c'est surtout deux fois plus qu'en 1978. « Nous n'en sommes pas toujours conscients mais nous n'avons jamais été aussi riches », s'exclame Ivan Van De Cloot, économiste chez ING. Du moins en moyenne...

Le Belge dépense davantage donc mais de façon raisonnable. Il sort de sa poche 30.607 euros par an tout en en gagnant 35.165, ce qui veut dire qu'il consacre 13 % de son revenu à l'épargne. Ce n'est pas rien. « La Belgique est l'un des pays du monde où le taux d'épargne est le plus élevé, explique Ivan Van de Cloot. Cette attitude est à mettre en relation avec la hauteur de la dette publique belge. Plus un Etat est endetté, plus la population a tendance à mettre de côté. »

Le logement en tête

Second enseignement : la plus grosse partie des dépenses des Belges est affectée au logement. En moyenne, près de 21 % du budget d'un ménage sert ainsi à payer le loyer ou à rembourser un prêt hypothécaire. Ce pourcentage reste stable par rapport aux années précédentes. « Puisque les taux d'intérêt ont fortement diminué durant cette période, cela signifie que les Belges ont emprunté beaucoup plus que les années précédentes », analyse Marc Vandercammen, directeur du Crioc (Centre de recherche et d'information des consommateurs).

Deuxième budget en importance, l'alimentation représente 12,2 % des dépenses du ménage belge moyen. Sur le long terme, sa part relative ne cesse de s'éroder. Tout le contraire du budget transport, dopé par l'envolée des prix pétroliers. Avec un poids de 13,4 %, il n'est plus très loin d'égaler le poste alimentation. On notera aussi que le Belge consacre 8,6 % de son budget à la culture et aux loisirs, contre 4,9 % pour le chauffage, l'éclairage et l'eau et 4,7 % pour les soins de santé.

Les résultats de cette enquête ont servi à définir la composition du nouvel indice des prix (panier de la ménagère), dévoilée il y a deux semaines et qui entrera en vigueur le 1er janvier prochain. C'est notamment grâce à cet index qu'on calcule l'évolution des salaires, des loyers, des allocations sociales.

Le Bruxellois s'est fortement appauvri

Contrairement à 2002, la consommation en Wallonie s'est redressée. Elle affiche même le plus fort taux de progression du pays : en deux ans, les dépenses ont grimpé de 6,1%. La Flandre, elle, a continué sur sa lancée : la croissance a été de 4 %. Mais en Région bruxelloise, c'est le phénomène inverse : la consommation a reculé de 1,4 %.

En soi, voilà qui n'a rien d'étonnant puisque la Région de Bruxelles-Capitale ne cesse de se paupériser. Les revenus moyens des Bruxellois ont chuté de 9 % en deux ans. Une conséquence notamment de l'exode des ménages à hauts revenus vers la périphérie.

Les dépenses des Bruxellois sont supérieures à celles des autres régions pour le loyer, l'eau, les transports en commun et les télécommunications. Vu la taille moyenne plus petite des maisons, ils dépensent par contre moins en chauffage, éclairage et entretien du domicile.

Ce n'est pas une surprise : c'est au nord du pays qu'on dépense (et qu'on gagne) le plus : 31.954 euros en moyenne pour un ménage flamand, contre 29.903 pour un ménage wallon et 27.761 pour un ménage bruxellois. Les Flamands ont l'eau la meilleur marché du pays. Par contre, ils dépensent plus que les autres pour leur alimentation, l'habillement, l'aménagement de la maison, l'horeca, les voyages...

Les Wallons sont les plus dispendieux en matière de chauffage et d'éclairage, de boissons et de soins de santé. Ils sont par contre relativement peu dépensiers en matière de voyages, d'horeca et d'immobilier.

L'alimentation : le régime minceur

Les Belges consacrent une partie toujours plus petite de leurs dépenses à l'alimentation. En 1978 : 17,6 % de leur budget à ce poste. On est à 12,3 % en 2002 et 12,2 % en 2004. C'est l'illustration de la loi d'Engel qui dit que la proportion des dépenses alimentaires décroît au fur et à mesure que le budget des consommateurs augmente car ceux-ci y consacrent une part constante de leurs moyens. En bref, on ne va pas manger trois steaks par jour parce qu'on gagne plus d'argent.

« Il ne faut pas non plus oublier que beaucoup de produits alimentaires se sont démocratisés », souligne Marc Vandercammen du Crioc. « Les articles de luxe par exemple comme le foie gras, les huîtres, le homard sont devenus beaucoup plus abordables ». Quoi qu'il en soit, la hauteur des dépenses de nourriture et de boisson reste impressionnante : respectivement 3.751 et 836 euros.

Si on entre dans le détail de l'enquête INS, on peut constater une série d'évolutions intéressantes. Ainsi, les ménages consacrent beaucoup moins d'argent à l'achat de viande que par le passé. La consommation de produits laitiers qui avait fortement baissé au tournant du siècle reprend du poil de la bête, grâce à une nouvelle vague de produits comme les yaourts à boire tandis que les plats préparés ont de plus en plus de succès. Ils représentent maintenant 8,3 % du budget alimentation des ménages modernes.

Côté boisson, on constate que le Belge consacre toujours moins d'argent à l'achat de bière. C'est plutôt la baisse de la consommation qui explique ce phénomène, les brasseurs augmentant régulièrement leurs prix.

La culture et les loisirs : le plaisir solitaire

Télévision + appareil photo + ordinateur + instrument de musique + animal de compagnie + jouet + jogging = beaucoup de dépenses. En chiffres : entre 1978 et 2004, le poste « culture, loisirs et enseignement » passe de 909 euros par an et par ménage à 2.631 euros. Trois fois plus, donc, en moins de 20 ans. Par rapport à 2002, c'est 100 euros de plus par ménage.

Cette augmentation de budget ne signifie pas un regain d'affluence aux événements culturels : le budget consacré aux musées et spectacles, comme celui affecté aux jeux et paris, diminue. En revanche, le ménage belge dépense toujours plus d'argent pour les postes « télévision, appareils photo et ordinateur ». Facilement explicable :

- le nombre de télé par famille augmente et c'est la ruée sur les écrans plats et les home-cinémas après celle sur les lecteurs DVD ? Plus 40 % de dépenses en dix ans ;

- les appareils photo numériques sont à la portée de tout le monde ? Plus 30 % de dépenses depuis deux ans ;

- il y a de moins en moins de foyers qui n'ont pas au moins un PC ? De 1,86 euro en moyenne en 1978 à 167 euros en 2004.

Même raisonnement - « la tendance influence le budget » - pour d'autres dépenses à la hausse : les sous qui partent pour les jouets (aah, ces enfants rois...), les articles de sports (« bougez-vous, ça fait un bien fou ») et les animaux d'agrément (« Mon toutou, c'est mon bébé ») augmentent sans cesse depuis trois ou quatre ans. En moyenne, par ménage et par an, de 10 euros en deux ans.

Bonne nouvelle, pour conclure : les 17 euros consacrés à un instrument de musique. En 1999, c'était 3 euros. Un ménage qui dépense plus pour jouer de la guitare que pour louer un DVD (9 euros) ne peut pas être un ménage foncièrement mauvais.

Les fêtes de Noël : un coût de 1.000 euros

Les dépenses que consacrent les ménages belges à la période de Noël, là, pour l'instant, restent stables par rapport aux années précédentes. Elles enregistrent une diminution d'1%, révèle le volet belge d'une étude européenne du cabinet d'audit et de conseil Deloitte.

Selon cette étude, chaque ménage belge devrait débourser 1.078 euros en moyenne durant les fêtes de Noël, dont 634 euros dépensés pour l'achat de cadeaux et 214 euros en produits alimentaires et boissons.

Au rang des cadeaux souhaités ou offerts, les désormais traditionnels CD/DVD/vidéo restent en tête.

L'enquête, effectuée auprès de 400 Belges, révèle aussi que l'internet reste avant tout un canal d'information, pas un moyen pour le consommateur d'y faire ses achats de Noël. Ainsi, si 60% des personnes interrogées prétendent avoir effectué un achat en ligne au cours de l'année (presque) écoulée, 30 % seulement des sondés y achèteraient leurs cadeaux pour les fêtes de Noël. (b)

Le loyer : le statu quo

Que ce soit pour un loyer ou pour le remboursement d'un prêt hypothécaire, la part de l'immobilier dans les dépenses des ménages belges reste étonnamment stable. Elle s'établit autour de 21 %. Mais cela cache de grosses disparités régionales. A Bruxelles ce budget s'élève à 25,8 %, tandis qu'en Wallonie, il est de 20,6 % et en Flandre de 20,33 %. En chiffres absolus, le ménage moyen dépense 7.904 euros pour sa maison (frais de chauffage, d'eau et d'éclairage inclus).

L'habillement : l'effilochage

La part des dépenses consacrées à l'habillement dans le budget ne cesse de diminuer. Cette baisse relative peut s'expliquer par la hausse des revenus globaux des Belges mais aussi par une diminution des prix dans les magasins. En cause ? Le recours de plus en plus massif des distributeurs textiles à des fournisseurs situés dans des pays à bas salaires, Chine en tête. Les ménages ont consacré 1.443 euros à ce poste en 2004.

La cigarette : le passage à tabac

Les ménages n'ont jamais consacré aussi peu d'argent dans leur budget au tabac : 0,8 %. A titre de comparaison, ce pourcentage était encore de 1 % en 1995. Par rapport à 2002, les dépenses ont diminué de 3 %. Les campagnes de prévention semblent donc porter leurs fruits. C'est une victoire d'autant plus remarquable que le prix d'un paquet de cigarettes n'a pas cessé d'augmenter, gommant donc en partie dans les statistiques les effets d'une baisse de la consommation.

L'énergie : l'économie

On peut s'étonner de voir un tassement de la part de ce budget alors que ce sont des biens dont les prix n'ont pas vraiment diminué. Selon Marc Vandercammen du Crioc, il vaut chercher l'explication du côté d'une baisse de la consommation. « Face aux hausses de prix à répétition, les Belges ont modifié leur comportement. Ils sont à la fois devenus plus économes dans leur consommation mais ont aussi investi dans des appareils plus efficaces comme des chaudières à haut rendement ».

Les soins de santé : la poussée de fièvre

Le Belge n'a jamais consacré autant d'argent dans son budget à la santé (4,68 %). Par rapport à 2002, c'est 5 % de plus, en termes d'euros dépensés : de 1.363 à 1.434 euros. Cette hausse est à mettre sur le compte du vieillissement de la population. Par contre, l'augmentation du prix des médicaments n'est pas en cause, estime Marc Vandercammen. C'est plutôt l'augmentation du coût à charge du patient qui est responsable. Il y a de plus en plus de médicaments génériques bon marché dans les pharmacies mais les gens en achètent toujours relativement peu.

Les télécoms : en plein boom

Entre 1995 et 2004, le budget consacré par les ménages aux télécommunications a grimpé de 115 %. Il représente maintenant 2,8 % des dépenses totales. Cette hausse est principalement due à l'apparition et au développement des communications mobiles (hausse de 47 % des dépenses GSM par rapport à 2002) et de l'internet (hausse de 150 %).

Le transport : l'effet pétrole

Les dépenses de transport progressent de 8,8 % par rapport à 2002. Étant donné que celles-ci sont difficilement compressibles, les ménages ont subi de plein fouet l'augmentation du prix du pétrole. On attend avec impatience de connaître les chiffres de 2005 ! Du côté des dépenses de transport en commun, la tendance est à la baisse : - 23,7%. Cela peut s'expliquer en partie par la prise en charge par le patron ou l'État d'une plus grande partie des frais de transport des salariés.

Repères

Repères

Les enquêtes sur le budget des ménages. Elles déterminent de façon détaillée la structure des dépenses moyennes de consommation d'un ménage résidant en Belgique.

A quel intervalle ?Elles sont organisées depuis 1854. D'abord à intervalles de 7 à 8 ans, ces enquêtes se sont tenues ensuite tous les ans à partir de l'édition 1995-1996. L'enquête 2003 a pris du retard et sera publiée sous peu.

Quel échantillon ? Chaque mois, un peu plus de 300 ménages ont noté leurs revenus et dépenses, ce qui porte à 3.785 le nombre de ménages ayant participé. Les données obtenues ont été extrapolées aux 4,1 millions de ménages que compte notre pays.

A quoi sert cette enquête ? C'est sur la base de celle-ci qu'un coefficient de pondération est attribué à chacun des biens et des services composant le panier de l'indice des prix. Indice utilisé pour calculer l'évolution des salaires, des loyers...