Le design indien, mariage épicé entre tradition et innovation

LEGRAND,DOMINIQUE

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Mercredi 9 mai 2012

Le marché est récent et prometteur, polymorphe et décomplexé. L’art indien actuel surprend par son infinie variété et la grande liberté de ses créateurs. De Lille 3000 à l’exposition « Paris-Delhi-Bombay » au Centre Pompidou l’an dernier, les manifestations internationales font écho au formidable foyer de création qu’est l’Inde actuelle. Trois noms se disputent aujourd’hui le marché de l’art. Bien qu’il soit britannique et lauréat du prix Turner en 1991, Anish Kapoor a largement contribué à la visibilité de l’art indien par son minimalisme sensible et percutant. Subodh Gupta est reconnaissable grâce à ses installations d’ustensiles de cuisine en inox, objets caractéristiques de la vie quotidienne. Bharti Kher demeure le leader du marché de l’art contemporain indien avec une œuvre qui compose tout autant avec quelques-unes des images hypersymboliques de l’Inde : le bindi est devenu sa marque de fabrique.

L’entrée des artistes indiens sur le marché de l’art remonte à la dernière décennie, au milieu des années 90. Une forte croissance économique a propulsé sur le devant de la scène cet art trop souvent réduit à l’émergence Bollywood. La vente « Inspired by India », consacrée aux créations contemporaines indiennes, qui se tient à la maison de ventes Sotheby’s de Londres, en témoigne.

Axée sur le design, sans verser dans la nostalgie des splendeurs des maharadjahs, la vente présentera des vêtements, des céramiques, des bijoux, des meubles et des photographies conçus par des créateurs reconnus. La créatrice de bijoux Alice Cicolini, le potier Rahul Kumar et le styliste Sabyashachi Mukherjee qui présente notamment un superbe sari de mariage (estimation de départ : 12.000 euros).

Parmi les artistes montants tels qu’Els Woldhek et Pia Wustenberg, les estimations varient entre 2.400 et 4.800 euros. Inspirés par la culture, les couleurs et les techniques artisanales indiennes, leurs travaux démontrent qu’il est possible d’utiliser les techniques traditionnelles dans la conception d’œuvres contemporaines.

Un art métis

Organisée par la commissaire d’exposition Janice Blackburn et la créatrice Tricia Guild (Designers Guild), la vente présente une collection unique de châles de Christina Kim qui travaille pour l’enseigne de mode Dosa. Très convoités, les saris de mariage et une série de châles et de bandeaux conçus par le styliste bengali Sabyasachi Mukherjee permettent de débuter une collection de manière très abordable, dès 415 euros. Des pierres précieuses, demi-précieuses côtoient les bijoux créés par Alice Cicoloni, émaillés à Jaipur par l’un des derniers maîtres-émailleurs (837 euros). Des pots en argile rouge confectionnés par le potier Rahul Kumar installé à Delhi (Tranquil Flames à partir de 162 euros) s’inscrivent dans la tendance « shabby chic ». L’Inde inspire toujours l’Occident, que ce soit la designer allemande Pia Wustenberg ou la designer textile milanaise Luisa Cevese qui crée des sacs et des accessoires de table incorporant des tissus de sari. A contrario, l’entreprise Wrap, dont le nom provient de l’ancienne wrapping technique utilisée au XVIIe sur les trônes, présente des meubles en bois ornés d’or et d’argent, tradition revisitée pour le meilleur… La photographe Gita Pandit présente des clichés humoristiques descriptifs de la vie en Inde (à partir de 1.240 euros) en

parallèle avec une collection d’affiches vintage de films bollywoodiens. On n’y échappe pas !

« Inspired by India », exposition-vente, Sotheby’s, 34-35 New Bond Street, W1A 2AA Londres, jusqu’au 15 mai.

www.sothebys.com