Le danger biométrique

NOIRFALISSE,QUENTIN

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Mardi 23 février 2010

Technologie mon amour (1/5)

Pendant une semaine, en partenariat avec la Ligue des droits de l’homme, « Le Soir » décode de façon très concrète les dangers potentiels des nouvelles technologies.

Qu’est-ce que la biométrie ? Au sens large, la biométrie peut être conçue comme l’étude quantitative des êtres vivants. Si ses applications se retrouvent dans l’anthropologie ou la médecine, la biométrie est davantage connue comme un ensemble de procédés permettant de déterminer l’identité d’une personne. Ces procédés se basent sur nos caractéristiques biologiques (sang, ADN), morphologiques (empreintes digitales, forme de l’iris) ou comportementales (façon d’écrire). La biométrie a connu un boum après les attentats du 11 Septembre 2001 et se généralise à l’ensemble de la vie quotidienne. Outre son utilisation sécuritaire accrue, elle gagne nos lieux de travail (ordinateurs cadenassés par une reconnaissance digitale), nos voitures (certaines sont dotées d’antidémarreurs biométriques) et même nos écoles et nos crèches.

Quels avantages ? Les défenseurs de la biométrie avancent son caractère infaillible. Un badge pour pointer au travail, ça s’échange ; un passeport classique, ça se falsifie… Avec la biométrie, rien de tout cela. Pour l’ADN, la rétine, l’iris, l’empreinte digitale ou la reconnaissance faciale, la chance de trouver deux êtres humains présentant les mêmes caractéristiques est de une sur plusieurs millions. Et l’installation de ces technologies est de plus en plus abordable. Mais la possibilité d’erreur reste présente : 4 % de la population ne disposeraient pas d’empreintes digitales reconnaissables et l’analyse faciale peut ne pas concorder avec les visages enregistrés pour des raisons de variations lumineuses lors de l’identification.

Quel avenir ? Au-delà des procédés de « biométrie simple », de nouveaux enjeux sont posés par ce qu’Antoinette Rouvroy, chercheuse au FNRS, appelle la « biométrie dynamique », qui ne servirait plus seulement « à identifier les personnes avec une certitude biologique supposée mais à prédire et à anticiper leurs comportements pour les favoriser ou les empêcher ». Ainsi, le projet européen Humabio vise à combiner plusieurs capteurs de données (sonores, visuelles, physiologiques) pour déterminer les comportements suspects. Microsoft n’est pas en reste, après avoir déposé une demande de brevet pour un dispositif qui permettrait à l’employeur de mesurer le degré de stress et de motivation de ses employés.

Quels risques ? Selon Antoinette Rouvroy, chercheuse au FNRS, les conséquences de la biométrie ne se limitent pas à l’intrusion de la vie privée. L’enjeu est plus global et touche à la notion même de « gouvernement ». « L’une des difficultés rencontrées par un gouvernement concerne la gestion de l’incertitude : orienter le champ d’action de ses contemporains présuppose une certaine capacité à anticiper. » Le développement des systèmes de « biométrie dynamique » contribuerait à un glissement crucial : les gouvernements, obnubilés par les données et les statistiques, chercheraient, à l’avenir, à tout prévoir, « sans avoir besoin de comprendre les causes des phénomènes » et se désintéresseraient donc de « l’actuel, sauf en vue d’en prédire les débordements possibles ». L’individu, face à des systèmes biométriques, ne pourra contester les décisions d’une technologie qu’il ne maîtrise pas. Il devra se contenter d’être éparpillé dans des bases de données qui le définiront comme « alternativement, virtuellement ou potentiellement criminel, consommateur, employé zélé ou démotivé » sans que celles-ci ne prennent en compte son contexte de vie ou son histoire personnelle.