LE DANGER DES RADIATIONS REVU A LA HAUSSE, NUCLEAIRE: L'EUROPE VEUT UNE PROTECTION PLUS SEVERE

MESKENS,JOELLE

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Jeudi 17 mars 1994

Le danger des radiations revu à la hausse

Nucléaire: l'Europe veut

une protection plus sévère

Il y a quelques années à peine, on baignait encore dans le flou artistique. Pour évaluer les conséquences de la radioactivité sur la santé, on ne disposait pratiquement que du vague suivi des populations japonaises après l'explosion d'Hiroshima en août 1944. L'accident de Tchernobyl, en avril 1986, aura au moins permis - le mot est cynique - de fournir aux experts et aux responsables politiques des indications plus précises sur l'effet des radiations, même si le recul est encore insuffisant (les conséquences des radiations n'apparaissent qu'après une longue période de latence).

En quelques années, le nombre de leucémies, de cancers et de malformations génétiques a augmenté de façon exponentielle en Russie, en Ukraine et en Bélarus, les trois républiques les plus touchées par le plus grave accident de l'histoire civile de l'atome. Principales victimes: les enfants. Ils sont 80 fois plus nombreux aujourd'hui qu'il y a huit ans à déclarer un cancer de la thyroïde.

Le drame a servi de leçon. Les doses annuelles «acceptables» de radioactivité doivent être revues dans un sens plus sévère.

La Commission européenne a dès lors proposé de revoir sa législation, en vigueur depuis 1980. Changement de cap radical pour la proposition de directive: les normes admissibles sont divisées par cinq pour la population et par plus de deux pour les travailleurs du nucléaire!

Le texte a été examiné cette semaine en commission au Parlement européen. Il devrait passer en avril en séance plénière et sans doute avant l'été au conseil des ministres.

Satisfecit? Si l'on se réjouit généralement du renforcement des normes, certains estiment cependant que le texte ne va pas encore assez loin.

Les «seuils d'exemption» et l'adaptation des normes en cas d'accident sont, notamment, dans le collimateur des Verts. Le premier principe définit une série de normes en dessous desquelles les procédures habituelles de radioprotection (système de déclaration et d'autorisation) deviennent superflues. Une porte ouverte à la dissémination des déchets nucléaires, s'inquiète Paul Lannoye, président du groupe des Verts au Parlement européen. Le second principe permettrait aux Etats membres de choisir «à la carte» des normes complètement élastiques.

Jo.M.