Le démantèlement de Dexia imaginé en mai

BERNS,DOMINIQUE

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Jeudi 27 octobre 2011

Banques Audition de Luc Coene

Le gouverneur de la Banque nationale, Luc Coene, et le président de l’Autorité des services financiers et des marchés (FSMA), Jean-Paul Servais, ont défendu, mercredi devant la commission des Finances de la chambre, le rôle de contrôle joué par leurs institutions sur Dexia. Luc Coene a également expliqué que le démantèlement du groupe était envisagé dès le mois de mai.

« En mai, nous avons constaté que les liquidités seraient vite insuffisantes. Nous avons commencé à examiner des formules alternatives. Nous n’avions pas vraiment beaucoup de choix. Il y avait deux options. » Le démantèlement ou… le démantèlement. Soit sortir le portefeuille obligataire et d’autres actifs « à problème » du groupe pour les loger dans une « bad bank » ; soit sortir les parties saines – Dexia Banque Belgique, DenizBank…

« La première option aurait nécessité une double injection budgétaire : dans le groupe Dexia (parce que celui-ci aurait dû acter un ajustement de valeur) ; et dans la “bad bank”. Il fallait faire l’inverse. Et donc vendre les actifs sains pour recapitaliser Dexia. A partir de la fin du mois de mai, nous en avons discuté avec le management de Dexia. Nous n’avons pas dû insister beaucoup pour les convaincre ; c’était la seule option pour sauver les parties saines. Le management nous a soumis sa propre proposition : vendre les entités saines en terminant par Dexia Banque Belgique ». Mais ce scénario a dû être écarté. « Dès le moment où nous avons dû en informer d’autres instances – les gouvernements et le conseil d’administration –, les fuites ont commencé (NDLR : en septembre). La dégradation de la note de Dexia, par Moody’s le 3 octobre, puis par Standard & Poor’s le 7, a porté un coût fatal. Mais il y avait une difficulté : il n’y avait pas de repreneur pour Dexia Banque Belgique. La seule alternative, c’était que le gouvernement fasse une offre. »

La France a longtemps résisté

Luc Coene reconnaît qu’il a fallu convaincre la France de la nécessité de démanteler le groupe Dexia. En 2008, déjà, Paris s’y était opposé. Et pour cause : le financement de Dexia Crédit Local, la branche française active dans les prêts aux collectivités locales dépend, en grande partie, de Dexia Banque Belgique. « La France a longtemps résisté. Mais quand ils ont vu que Dexia Banque Belgique était affectée par les difficultés du groupe, ils ont compris qu’ils étaient en train de scier la branche sur laquelle ils étaient assis », a encore expliqué Luc Coene.