LE DEMANTELEMENT DU SITE DE LA BN PREPARE LE NIVELLES DE L'AN 2000

VANDENDRIES,JEAN

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Jeudi 5 octobre 1989

Le démantèlement du site de la BN

prépare le Nivelles de l'an 2000

Le démantèlement du site de «La Brugeoise et Nivelles» (BN) a commencé voici quelques jours. Au printemps prochain, dix-huit hectares seront présentés arasés aux autorités communales, à qui s'offre la possibilité historique de participer à une opération double... D'une part la création d'un tout nouveau quartier susceptible d'accueillir douze cents habitants, de l'autre la transformation complète d'une partie de leur territoire délaissé en raison de la césure provoquée par la ligne de chemin de fer (partiellement) désaffectée Manage-Nivelles-Ottignies.

Nous ouvrons ce dossier ce matin en donnant la parole à deux personnes aux destins diamétralement opposés, Michel Simonart, administrateur délégué directeur général de la BN et Marcel Theys, le plus ancien menuisier encore en vie. Leur point commun? Deux sentiments, la nostalgie et l'amour pour une société qui employa plus de deux mille travailleurs et qui tend à la reconversion la plus rationnelle possible.

Michel Simonart: Mes sentiments sont partagés entre la reconnaissance, la nostalgie et l'espoir. Je voudrais rendre hommage aux milliers de travailleurs et d'ingénieurs qui, pendant près d'un siècle et demi, ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour développer et produire du matériel ferroviaire à Nivelles. Wagons, locomotives, tramways ont quitté ce site pour la Belgique et le monde entier. L'expédition la plus lointaine que je connaisse fut celle des tramways de Valparaiso au Chili.

Je ne puis cacher un sentiment de nostalgie de voir réduits en briquaillons et mitrailles des halls et des locaux qui ont connu une si longue histoire mais qui au fil des ans, en raison de leur situation, de leur disposition, de leur accès et de leur imbrication dans la ville, ne pouvaient plus jouer le rôle efficace dans le grand chambardement de notre vie industrielle. Depuis plusieurs années, nous annoncions qu'un jour les cathédrales devraient faire place à des chapelles...

Les Nivellois vont bientôt se rendre compte qu'un pan complet de leur ville va changer. Alors que le dernier travailleur n'a pas encore quitté le site, c'est la nature qui reprendra ses droits au printemps prochain. La vallée de la Thines va connaître une nouvelle jeunesse avec ses bosquets et coteaux joliment mis en évidence. Nivelles-la-Neuve s'étendra au nord sur base d'un plan d'urbanisme qui prévoit l'intégration riante du site dans la ville. Celle-ci va s'enrichir de plus de mille habitants. Je suis donc fier que, grâce à l'initiative rapide de la BN, Nivelles continuera à jouer son rôle de pôle d'attraction dynamique pour le Brabant Wallon alors que Bruxelles accueille l'Europe.

Les travailleurs de la BN vont regagner progressivement leurs nouveaux ateliers à Seneffe, Bellecourt, Familleureux et Manage, quatre sites qui profiteront de la renaissance de l'industrie ferroviaire belge. Quoi qu'il en soit, Nivelles restera toujours liée au nom de la société. Le bouchon a sauté. Souhaitons que ce soit un bouchon de champagne et que les édiles en profitent pour baptiser les nouvelles rues avec le nom de l'histoire ferroviaire locale...

Le berceau

de la princesse

Marcel Theys parle avec autant de coeur de son métier et de «sa» Métal', l'abréviation usuelle pour les Ateliers métallurgiques qui n'étaient pas encore BN lorsqu'il déposa son rabot. Né dans une famille de menuisiers en décembre 1905, il commença par travailler en 1922 avec son père comme ébéniste au «Bon Marché» à Bruxelles puis il prit la direction de Marchienne-au-Pont où les Ateliers Germain transformaient pour le réseau belge les «voitures du Nord» (de la France) ayant transporté les troupes et ayant été utilisées comme ambulances.

De 1930 à 1939, il fit ses premières armes à la Métal' qui employait plusieurs centaines de menuisiers. Le carnet de commandes était gonflé de wagons-lits et d'autres tout en bois - y compris les volets intérieurs - pour l'Iran. On utilisait du teck pour l'extérieur et des vis en cuivre pour les fixations. Le wagon terminé, on le démontait pièce par pièce que l'on réunissait dans des caisses mais jamais aucun menuisier de Nivelles ne s'est rendu en Iran pour le montage...

La guerre vint et Marcel Theys fit de la défense passive jusqu'en 1944. Il trouva le moyen de se confectionner un petit atelier dans l'abri creusé à l'angle du boulevard Vanpée et de la rue des Récollets! En janvier 1944, il épousa Berthe Herrent avec qui il devint concierge du président du tribunal Goffin de 1944 à 1946. Un petit Philippe naquit bientôt. Son berceau fut réalisé avec de l'orme - très résistant pour ce petit diable... - provenant du comptoir et des bancs d'un ancien café de la rue des Combattants où le couple s'installa.

De 1946 à 1958, Marcel retourna à la Métal' mais le chômage le frappa et son passage d'un an chez un antiquaire bruxellois lui permit de restaurer le berceau de la princesse Marie-Esméralda. Il retrouva la Métal' de 1961 à 1970 (année de sa retraite) mais dut se reconvertir en ajusteur. Ce qui me fait le plus mal, conclut-il, c'est d'avoir vu une telle entreprise péricliter. Je m'y sentais comme chez moi et j'y allais avec coeur. Il y avait tellement de travailleurs qu'une fois le travail terminé, ce n'était qu'une seule tête dans la rue des Combattants...

JEAN VANDENDRIES.

DEMAIN:

L'assainissement

du site: un tout

nouveau quartier

à Nivelles-Nord