Le discours avorté d'Edouard VIII

THOMAS,ERIC; AFP

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Vendredi 31 janvier 2003

Le discours avorté d'Edouard VIII

Discours avorté, amant secret, liens avec les nazis : une série d'archives officielles rendues publiques jeudi éclairent d'un jour nouveau la retentissante abdication en 1936 d'Edouard VIII, « le roi qui a renoncé au trône d'Angleterre pour l'amour d'une femme ».

Couronné après la mort de son père George V, en janvier 1936, Edouard VIII fait rapidement savoir au gouvernement qu'il souhaite épouser Wallis Simpson, une Américaine divorcée.

Le Premier ministre Stanley Baldwin s'y oppose, au nom de l'intérêt du pays. Edouard propose alors un compromis, sous la forme d'un mariage morganatique, qui éviterait à Wallis Simpson de devenir reine. Nouveau refus du gouvernement.

Pour tenter de court-circuiter ce veto, le roi envisageait de plaider sa cause directement auprès de ses sujets dans un discours passionné, révèlent les documents jusqu'alors tenus secrets. Ce soir, je vais vous parler comme à mes amis, prévoyait de déclarer à la radio le jeune roi, avant d'expliquer qu'une vie conjugale heureuse avec la femme qu'il aimait l'aiderait à affronter le lourd fardeau de ses fonctions.

Mais le roi ne prononcera jamais ce discours grâce auquel il espérait inverser le cours de l'histoire: Stanley Baldwin s'y opposera, toute déclaration royale d'intérêt public devant obtenir le feu vert du gouvernement.

Le 11 décembre 1936, le Parlement entérine l'abdication d'Edouard VIII qui, redevenu simple duc de Windsor, part rejoindre l'amour de sa vie en Autriche, puis en France. Les archives révèlent en outre que Wallis Simpson, tout comme Edouard VIII, était espionnée par la police. Celle-ci a découvert que la jeune femme entretenait une liaison adultère avec un homme marié alors même qu'Edouard la courtisait, une révélation qui faisait les gros titres des journaux jeudi.

Un rapport de Scotland Yard dépeint l'amant, Guy Trundle, comme un aventurier très charmant, de très bonne apparence, de bonne éducation... et excellent danseur. Wallis Simpson lui a donné de l'argent et l'a couvert de cadeaux coûteux.

Wallis Simpson ne sort pas grandie de ces révélations : présentée comme une femme volage, elle se vantait, en outre, de ses bonnes relations avec Adolf Hitler, qui avait reçu le duc et la duchesse de Windsor lors d'une visite, controversée, en octobre 1937. Rien ne permet pour autant, à la lecture des documents officiels, de confirmer les sympathies pronazies présumées du couple, qui sont l'objet de nombreuses supputations depuis plusieurs décennies.

Si elles ne contiennent aucune révélation fracassante, ces archives « déclassifiées » confirment, à l'occasion, ce que nombre d'historiens supposaient depuis longtemps. Par exemple, que la reine mère Elizabeth, décédée en mars 2002 à l'âge de 101 ans, a tout fait pour s'opposer au retour en Grande-Bretagne du duc de Windsor et de la duchesse, exilés en France, où ils finiront leurs jours.

ERIC THOMAS (AFP)