Le F930 vogue vers Beyrouth
LALLEMAND,ALAIN
Page 10
Lundi 16 février 2009
Pour rappel, créée dans la foulée de la guerre de 2006, l’Unifil est une opération multiarme, qui rassemble sur terre, sur mer et dans les airs quelque 12.000 militaires de 31 pays. Le volet maritime mobilise sept navires.
Pour la marine belge, ce sera une première : jamais elle n’a pris le commandement d’une force internationale en opération.
Concrètement, et jusqu’au soir du 31 mai, un État-major de 29 hommes, dont une majorité de Belges mais aussi deux Néerlandais, un Turc, un Libanais, un Français, un Italien, un Allemand, établis à bord du Léopold Ier, coordonneront les mouvements de quatre frégates, autant d’hélicoptères et trois patrouilleurs, soit un dispositif d’environ 800 hommes en mer pour surveiller 200 kilomètres de côte sur une profondeur de cent kilomètres. Soit environ 5.000 miles nautiques carrés. La mission comporte aussi un volet de formation, le projet étant d’aider la marine libanaise à acquérir la capacité de protéger elle-même ses eaux territoriales. Une particularité : tous les bâtiments engagés n’appartiennent pas à l’Otan, l’une des frégates provenant d’Indonésie.
C’est à un ancien pilote d’hélicoptère de la Marine, le capitaine de vaisseau Jean-Thierry Pynoo, pour l’occasion commissionné amiral de flottille, qu’a été confiée la direction de cet état-major. Même si la marine belge occupe rarement le devant de l’actualité, le parcours du capitaine Pynoo colle aux faits d’armes de cette marine : pilote d’Alouette en Somalie, pilote sur la frégate Zinnia durant la Guerre du Golfe, il a également été l’un des capitaines du Wandelaar, frégate qui a notamment participé à l’embargo contre l’Irak.
Mais même s’il constitue une première, l’État-major de l’amiral Pynoo n’est pas tout : il ne représente qu’une petite partie des 167 hommes d’équipages qui se trouvent ce lundi à bord du Léopold Ier, et qui, sous le commandement cette fois du capitaine de frégate Jean-Marc Claus, incarnent la seconde participation belge à l’opération Unifil. Car outre qu’elle abrite l’État-major maritime de l’Unifil, la frégate belge sera à nouveau, comme dans la seconde moitié de 2008, l’un des navires actifs dans l’opération d’interdiction.
Qu’ils soient plongeurs ou techniciens d’hélico, qu’ils soient le boulanger, le médecin ou l’aumônier, plus de cent hommes embarqués ce lundi ont déjà participé à la première rotation Unifil : ils connaissent le travail, c’est presque de la routine.
Ce n’est pas le cas pourtant de quatre jeunes combattants de la force terrestre dont l’uniforme kaki rompt avec l’azur ambiant : ils viennent du 12-13e de Ligne de Spa, assurent la « protection de force », et ne sauront qu’au grand large s’ils ont le pied marin… Ceci étant, tous ont en commun, marine oblige, l’âge et une forme physique remarquable.
Pour le reste, les risques réels de la mission sont limités.
Selon le briefing de sécurité de la Marine belge, le Hezbollah libanais est désormais surtout actif politiquement. S’il existe un risque théorique d’attaque terroriste contre l’un des bâtiments de l’Unifil, aucune menace pratique n’est identifiée. Quant aux opérations de contrôle des navires, le précédent déploiement belge au Liban montre que le Léopold Ier aura probablement à interpeller un demi-millier de navires sur l’ensemble de sa mission, et qu’une douzaine seulement devront être escortés manu militari jusqu’aux eaux libanaises pour inspection par la marine libanaise. Si l’équipage dispose du matériel requis pour un abordage forcé, jamais la frégate belge ne s’est trouvée en position de s’exécuter.
Et le Léopold Ier, lui, est-il en état ? Il sort d’entretien, « c’est un gros tracteur qui tourne sans problème, nous rassure le capitaine Claus. Idem pour le système d’armes. » Le Léopold Ier n’a pas rendez-vous avec les chantiers navals de Flessingue avant le 1er juillet : il faudra alors renforcer son héliport, agrandir le hall de l’hélicoptère pour accueillir les nouveaux engins, les NH90, qui remplaceront les Sea King. Mais cela, c’est déjà une autre histoire, une autre vie.
Sans coopération néerlandaise, la Marine belge serait-elle à flot ?
2009 est une année extraordinaire pour la Marine, s’enthousiasme le capitaine de frégate Carl Gillis, nous allons prendre ce commandement au Liban et, fin de l’année, le Marie-Louise part pour la Somalie ! » Exact : en dépit d’un budget en recul constant, la Marine belge continue à tenir un rang étonnant. L’astuce ? Le regroupement des moyens des deux pays côtiers du Benelux, qui ont uni leurs forces pour développer une base commune, l’Amiral Benelux (ABNL), située à Den Helder, à un jet de pierre de l’embarcadère menant à l’île de Texel.
L’idée a trouvé sa pleine application durant la guerre froide mais, restrictions budgétaires et multiplication des opérations internationales obligent, connaît un nouveau souffle en temps de paix. Une cinquantaine de familles belges vivent en permanence dans ce bout du monde batave, sous un ciel d’ouate gorgé d’eau mais dont – paraît-il – les pâtures et champs de tulipes sont sublimes au printemps.
L’idée demeure inchangée : réunir les deux états-majors opérationnels en un seul staff intégré, ce qui permet à tous des économies d’échelle, une expérience maritime plus vaste, une meilleure coordination des opérations et des investissements. L’ABNL est utile lorsque La Haye et Bruxelles s’investissent dans les opérations Unifil au Liban et Atalanta (anti-piraterie) dans l’océan Indien, mais aussi lorsqu’il s’agit de faire la chasse aux mines en mer du Nord, ou de contrôler la navigation aux larges de nos côtes.
Bien entendu, le passé maritime des Pays-Bas et une vision sensiblement différente du rôle dévolu à son armée confèrent à La Haye un poids plus important au sein de cet attelage à deux.
Le renseignement n’est que partiellement partagé avec les Belges, et les Pays-Bas font cavalier seul en matière d’opérations spéciales. L’école binationale de marine est aux Pays-Bas, à l’instar de certains enseignements d’artillerie qui ne se donnent qu’à Arnhem. Mais ce n’est pas un déséquilibre puisque les cuisiniers des deux pays sont formés à Bruges, et que l’école binationale des mines se trouve à Ostende.
Plus étonnant encore : même s’il y a de moins en moins de francophones dans la Marine belge, il se trouve toujours à Den Helder des enseignants pour enseigner l’art de la mer dans la langue de Molière…
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