LE FMI POSE UN REGARD SUR LA CRISE DU DOLLAR

MATTHEIEM,NATHALIE; DEWEZ,ALAIN

Page 5

Mardi 19 juillet 1994

Le FMI pose un regard

sur la crise du dollar

A 50 ans, les institutions de Bretton Woods s'interrogent sur leur avenir - et leur rôle dans les crises actuelles.

WASHINGTON

De notre envoyée spéciale

permanente

Michel Camdessus, le patron du Fonds monétaire international, semble particulièrement satisfait du nouvel intérêt que suscite son institution: chaque jour, un groupe d'étude, un chercheur émet quelque idée, parfois nouvelle; plusieurs points du communiqué du G 7 à Naples firent allusion précisément au FMI... Un point sur lequel ce communiqué était muet, à savoir le sort du dollar, suscite en revanche un long commentaire du patron de l'institution dont une des missions premières est d'assurer la stabilité du système monétaire: Le dollar a subi une chute brutale vis-à-vis du yen, mais relativement moins forte vis-à-vis d'autres devises, observe Michel Camdessus. En ce qui concerne les États-Unis, l'économie tourne à mesure de son potentiel, l'expansion se déroule à un rythme raisonnablement rapide; on peut se poser la question de la «neutralité» de la politique monétaire. Après d'importants efforts l'an dernier, les États-Unis ont encore un programme incomplet d'assainissement budgétaire: on peut donc s'attendre à ce que les autorités américaines adaptent leurs politiques dans les semaines ou mois à venir. Et, si d'aucuns interprètent les propos de Michel Camdessus comme confirmant une action sur les taux, sa recommandation va dans le sens des commentaires d'Alan Greenspan, tançant le gouvernement Clinton pour n'avoir pas assez réduit les dépenses, afin de maîtriser le déficit à long terme. Le patron de la Fed devrait préciser sa pensée, cette semaine, devant le Congrès.

PAS D'EFFET SUR LA RELANCE

Selon Michel Camdessus, la chute du dollar ne risque pas de couper dans leur élan les reprises européennes et japonaises: elles sont lentes, mais leurs assises sont suffisantes pour supporter ceci. Le Japon sera sans doute prudent; le recours aux instruments monétaires pourrait être de mise. En Europe, il y a toujours une marge pour une baisse prudente des taux - pas plus de marge qu'avant, mais une marge.

Autre point, repris dans le communiqué du G 7, celui-là: l'aide à la Russie. Michel Camdessus dit ne pas savoir d'où est sorti le chiffre de 3 milliards et demi de dollars, porté par la rumeur, mais saisit l'occasion de noter que le «paquet» proposé comprend une allocation de droits de tirage spéciaux, ces DTS nommés deux fois, dans des contextes et avec une formulation différente dans le communiqué, note-t-il, ce qui semble indiquer un certain inconfort à ce sujet. Le patron du FMI, rappelant qu'il faudra 85 % des voix au Fonds pour toute allocation, se dit inquiet du signal donné en cas de seule allocation «spéciale». L'équité serait servie, mais si une allocation générale n'est pas justifiée maintenant, quand l'est-elle? Et si on ne donne les DTS qu'aux nouveaux venus, n'est-ce pas leur donner une part dans un instrument qu'on paraît condamner?

DES PISTES POUR LE FUTUR

Enfin, s'il se garde de philosopher sur les 50 prochaines années, il trace des pistes pour les 5 ans à venir: aider la population des pays en développement laissée pour compte de la croissance mondiale; maintenir les acquis toujours fragiles de cette croissance; s'adapter à la globalisation avec comme but ultime une convertibilité la plus totale possible et comme nouveau moyen de stabilisation, un instrument d'aide à très court terme pour des pays aux politiques saines, soumis à une pression inattendue. Les DTS pourraient aussi être repensés, et le Comité intérimaire, devenir l'outil d'une prise de décision plus participative. Mais, face aux critiques sur les doubles emplois entre Banque Mondiale et FMI, Michel Camdessus propose surtout d'étendre, avec le soutien indispensable des grands pays où se trouvent les places financières majeures, le rôle de surveillance et d'aide du Fonds.

NATHALIE MATTHEIEM