LE FRANCE A COMMENCE LA DISTRIBUTION, LES RIVERAINS BELGES DE CHOOZ RECEVRONT DE L'IODE EN 1997

KERSTENNE,RAPHAELLE

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Vendredi 11 octobre 1996

La France a commencé la distribution

Les riverains belges de Chooz

recevront de l'iode en 1997

Juste après avoir entendu une terrible explosion, le 26 avril 1986, à 1 h 23, dans le réacteur voisin, Vladimir Yevdotshenko, opérateur au bloc 3 de Tchernobyl, recevait un coup de fil de ses responsables.

- Avalez vite vos pilules d'iode, lui disait la voix au téléphone. Il y a eu un accident dans le réacteur 4 de la centrale.

La prise d'iode lors d'un accident nucléaire pulvérisant dans l'atmosphère une quantité impressionnante d'iode radioactif est considérée comme salutaire. Puisque'elle «alimente» et sature la thyroïde d'une substance non nocive, elle empêche l'absorption de radioactivité par cette glande et évite dès lors les risques de cancer de la thyroïde chez le sujet exposé à la radioactivité. Le cancer de la thyroïde reste l'une des causes principales de décès chez ceux qu'on a appelés «les liquidateurs» chargés de décontaminer le site de Tchernobyl.

Ces pilules d'iode sont bien sûr à la disposition des travailleurs des centrales nucléaires. Mais «quid» des mesures de protection des populations résidant aux environs des centrales ? En France, le préfet (l'équivalent de notre gouverneur) du département des Ardennes a pris le taureau par les cornes en décidant de distribuer, à titre préventif, des pastilles d'iode dans la commune de Chooz, dès le 1er décembre prochain, et dans les quinze communes situées dans un périmètre de 5 kilomètres autour de la centrale, au début de l'année prochaine.

Cette initiative préventive concerne uniquement les habitants des environs de la centrale du côté français. Or, en cas d'accident nucléaire dans cette centrale située à proximité de la frontière avec la Belgique, les habitants du sud de la province de Namur, les communes de Doische, d'Heer-Agimont et de petits hameaux de l'entité de Beauraing seraient eux aussi exposés à la radioactivité, mais, par contre, dans l'impossiblité de s'en protéger. Faute de pastilles d'iode distribuées par les autorités belges.

Pourtant, à la suite de la catastrophe de Tchernobyl, la commission d'informations et d'enquêtes en matière de sécurité nucléaire au Sénat avait défini en 1991 un plan d'urgence en cas d'accident nucléaire parmi lequel figurait la nécessité de distribuer préventivement ces pilules auprès de la population.

Le ministère de l'Intérieur, responsable de la sécurité nucléaire en Belgique, annonce qu'une distribution de tablettes d'iode dans un rayon de 10 kilomètres autour des centrales devrait être effectuée l'année prochaine dans le cadre d'une campagne d'information de la population. La distribution décidée depuis plusieurs années, souligne le cabinet de Johan Vande Lanotte, a pris un certain retard en raison de l'absence d'une offre valable des firmes pharmaceutiques. Des contacts ont été pris avec le service médical de l'armée en vue d'une production de pastilles à moindre coût.

RAPHAËLLE KERSTENNE