LE GRAND MARCHE A L'OMBRE DES MAMMOUTHS LIMIERS BELGES DE LA CONCURRENCE RESEAUX DE TELECOMS DANS LES DECHETS... LES BANQUIERS..
BERNS,DOMINIQUE; PADOAN,BERNARD; TARDY,MARTIAL; CHARLET,MARC
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Vendredi 8 août 1997
DOSSIER
LE GRAND MARCHÉ
À L'OMBRE DES MAMMOUTHS
On nous vantait la concurrence. Et voilà les «gros» qui s'imposent sur le marché. Exit le «small is beautiful». Fusions, acquisitions et absorptions mènent le bal. Attention danger ?
Votre journal a fait ses gros titres de la fusion Boeing-McDonnell, comme du mariage entre Suez et la Lyonnaise des eaux. Tout beau, direz-vous. Qu'ils se marient, soit, qu'on l'annonce, c'est entendu. Mais finalement, en quoi cela nous concerne-t-il ? Cherchez un peu pourtant et demandez-vous si ce n'est pas un satellite du nouveau géant des «services aux collectivités» qui récolte vos déchets. Impossible ? Pas français, puisque Suez-Lyonnaise s'adjuge déjà le quart du marché belge. Et demain ? Monopolisera-t-il le secteur ? Pourrait-il alors alourdir votre facture pour offrir du rendement à ses actionnaires ?
Et ce n'est qu'un exemple, tant la course à la taille XXL fait courir les patrons. Qu'ils vendent des services bancaires ou ouvrent l'accès au «village global» d'Internet, fabriquent des tubes d'acier, des mouchoirs en papier ou des avions, les groupes n'ont qu'un objectif : grandir, et vite ! Donc par fusions, acquisitions, prises de participation majoritaire ou partenariats - tel celui, annoncé cette semaine, entre Apple et Microsoft.
Car, même dans les secteurs « d'avenir», les opérations financières mènent le bal. Pour pénétrer sur un nouveau marché, les groupes préfèrent souvent acquérir une société existante, et non développer patiemment leur propre filiale. Quinze ans de libéralisation ont ainsi conduit à une vague de concentrations exceptionnelle.
Faut-il s'en inquiéter ? Oui. Car les nouveaux mastodontes pourraient être tentés de se soustraire à la discipline concurrentielle, qui seule peut garantir aux consommateurs une offre diversifiée et de qualité, à des prix raisonnables. En outre, à l'heure où les services publics sont eux-mêmes promis à la déréglementation, on peut craindre que de nouveaux monopoles privés se substituent aux anciens monopoles «publics» réglementés et imposent leur loi à des collectivités désargentées et... aux usagers.
INÉVITABLES...
Les nouveaux mastodontes plaident la contrainte : les firmes, s'excusent-ils, ont enflé pour s'adapter à la taille du marché. Elles sont plus grosses, mais dans un espace économique lui-même démultiplié par la suppression des frontières.
Mais ce qui est vrai dans certains marchés ne l'est pas pour tous. Exemple : les biens et services destinés au consommateur final. Pour ce dernier, le marché unique reste souvent virtuel, alors que la concurrence bute toujours, et peut-être pour longtemps encore, sur les frontières qu'on rêvait d'abolir.
Ainsi, pour les produits bancaires et d'assurance à destination des particuliers et des PME, les réseaux d'agences et de courtiers constituent toujours de fameuses barrières à l'entrée de concurrents étrangers. Et il est bien d'autres exemples. Notamment l'automobile, un marché très suivi par la Commission européenne, qui s'inquiète des restrictions aux achats entre Etats-membres. Ou encore le secteur de l'électricité, bientôt libéralisé, les experts s'accordant à dire que la concurrence jouera surtout en faveur des grands usagers industriels.
En outre, les rapports annuels sur la politique de concurrence de la Commission fourmillent d'ententes entre entreprises et autres cartels de prix, qui organisent, clandestinement, cela s'entend, une répartition géographique des marchés sur le mode du «chacun chez soi». Par exemple, dans le carton, le PVC ou le ciment - cette dernière affaire se clôturant en 1994 par l'imposition d'une amende de près de dix milliards de francs aux producteurs européens et à diverses fédérations. Ce qui prouve que, contrairement à une opinion répandue, les réglementations étatiques ne sont pas les seules responsables de la segmentation du marché européen.
... AVANTAGEUX...
A défaut d'être blancs comme neige, les «gros» font valoir leurs charmes, appelés «économies d'échelle» et « économies de gamme». Il s'agit, pour ce qui concerne les premières, de produire moins cher à l'unité, en produisant plus. Quant aux secondes, la Banque de la Poste, à défaut d'être un nouveau géant bancaire, en constitue une belle illustration. Au bureau de Poste, on peut se contenter de vendre des timbres et de proposer les services des Chèques postaux, mais on peut aussi distribuer des produits d'épargnes, des assurances, etc... le tout à un coût moins élevé que si l'on installait une agence bancaire contiguë, mais indépendante.
En résumé, économies d'échelle et économies de gamme laissent espérer une plus grande efficacité, c'est-à-dire des coûts réduits - très souvent, malheureusement, via des «rationalisations» -, dont, c'est promis-juré !, les consommateurs seront les premiers à tirer parti.
Mais la taille et, en particulier, le pouvoir de marché ont d'autres avantages, plaident les épigones de Schumpeter, qui, dans le sillage de l'économiste autrichien, considèrent la grande entreprise comme le moteur le plus puissant du progrès.
L'argument est simple : pour investir à long terme, il faut non seulement être «riche», mais aussi pouvoir compter sur «le découragement de la concurrence (motivé par l'énormité des capitaux requis ou par le défaut
d'expérience technique)», voire «sur la mise en jeu éventuelle de moyens propres à écoeurer ou à paralyser les rivaux». Dixit Schumpeter.
De la même manière qu'il peut obtenir la protection d'un brevet, l'innovateur, poursuivait l'Autrichien, doit se ménager «le champ d'action et le temps nécessaires pour pousser ses avantages». En attendant de faire profiter le consommateur de biens dont il n'osait rêver même une décennie auparavant. Qu'il s'agisse pour reprendre l'exemple classique, mais un peu dé-suet, de l'automobile ou, plus récemment, des magnétoscopes et ordinateurs personnels, dont les prix ont littéralement fondu, passé un certain délai.
... MAIS INQUIÉTANTS
Mais la théorie de Schumpeter, pas plus que les économies d'échelles ou de gamme, ne vaut pas absolument. Ainsi, les gains d'efficience peuvent tomber directement dans l'escarcelle des actionnaires, sans bénéfice aucun pour le consommateur, quand la concentration ne vise pas simplement à... réduire le nombre de concurrents. En outre, les géants ont suffisamment de «gras» pour temporairement casser les prix et étouffer leurs rivaux, en attendant de tondre le consommateur devenu entre-temps captif. Quand aux superprofits... qu'est-ce qui prouve qu'ils financeront le prochain round d'innovation ? Rien.
Les «mastodontes», il est vrai, ne sont pas éternels. Exemple typique : IBM, longtemps tête de turc des autorités antitrusts américaines, et finalement dépassé sur sa droite par Microsoft, à qui il avait, imprudemment, laissé en pâture le marché du soft-ware. D'aucuns en ont conclu, mais un peu vite, à l'inutilité des politiques de concurrence. Certes, dans trente ans, l'empire de Bill Gates aura peut-être sombré dans le tourbillon de la destruction créatrice. Qui sait ? En attendant, le nouveau géant ne résiste à la tentation d'imposer sa loi à ses rivaux et clients... qu'au prix d'une surveillance appuyée des autorités antitrusts.
On l'aura compris, tout est au cas par cas. Les «gros» ne mangeront pas nécessairement dans votre assiette. Peut-être même contribueront-ils à diversifier le menu. Mais le risque existe, à l'inverse, qu'ils se paient sur le consommateur, l'usager ou les collectivités. Il n'y a, en la matière, aucune règle générale.
Considérons cependant la teneur de l'accord passé en 1995 entre Microsoft et les autorités d'outre-Antlantique. Au terme de celui-ci, la firme a juré de s'abstenir de pratiques anticoncurrentielles, alors que les secondes se gardaient de miner le leadership du joyau de l'industrie informatique américaine.
S'il fallait une morale, peut-être alors pourrions-nous proposer celle-ci : la grande entreprise n'est ni pire ni meilleure que les autres acteurs de la vie économique, mais elle doit être «domestiquée» et mise au service de l'intérêt général, à charge pour les pouvoirs publics, nationaux et européens, de jouer leur rôle, notamment en matière de respect de la concurrence, tout en favorisant l'émergence de contre-pouvoirs : associations de consommateurs ou d'usagers, syndicats, ...
DOMINIQUE BERNS
Les limiers belges de la concurrence sur les dents
Tout patron digne de ce nom vendrait sa mère (à perte) pour jeter un oeil dans ces dossiers. Et pour cause. Dans les cartons du service de la concurrence, au ministère des Affaires économiques, gît une mine de renseignements : chiffres d'affaires, parts de marché, secrets commerciaux,... Autant d'informations recueillies par les fonctionnaires du service auprès des entreprises dans le cadre de la loi du 5 août 1991 sur la protection de la concurrence économique.
Cette loi, inspirée par le droit européen, interdit les pratiques restrictives de concurrence sur le marché belge, comme les ententes entre entreprises et les abus de position dominante, explique Géry Marlière, conseiller adjoint au service de la concurrence. Elle instaure également un contrôle préalable des concentrations d'entreprises, qui doivent notifier au service toute fusion ou acquisition lorsque le chiffre d'affaires global de la nouvelle entité dépasse 3 milliards de francs et représente plus de 25 % de parts de marché. Nous instruisons les dossiers dans ces différents cas, et nous transmettons un rapport au conseil de la concurrence (juridiction administrative). Celui-ci décide des sanctions en cas de pratiques restrictives, pouvant aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires. Il juge également de l'admissibilité d'une concentration.
Policiers de l'économie - mais pas flics, précise Géry Marlière -, ces fonctionnaires commencent à être connus, et redoutés, des entreprises.Informé par la lecture de la presse économique ou par d'autres «voies» (qu'iln'est pas question de révéler), le service peut déclencher une instruction d'initiative, sur plainte (d'un concurrent, d'un client,...) ou après notification d'une concentration.
Dans les dossiers de concentration, les entreprises nous communiquent déjà beaucoup d'informations, poursuit Géry Marlière. Mais il faut avoir une vision globale de la structure du marché. C'est pourquoi nous recueillons nos renseignements auprès de tous les acteurs de ce marché. Le postulat de base, c'est que la concentration n'est pas une infraction en soi. Elle n'est refusée que si elle entrave la concurrence effective sur le marché belge.
Par contre, en matière de pratiques restrictives de concurrence, l'action des fonctionnaires se fait plus répressive. Lorsqu'il y a plainte, il y a présomption d'infraction, explique Géry Marlière. La loi nous donne le pouvoir de requérir la force publique ou de procéder à des perquisitions. Mais dans ce cas, on n'a droit qu'à une seule chance. Il faut savoir où aller pour trouver les documents essentiels. Là encore, discrétion totale sur les moyens qui leur permettent de tomber sur le bon coffre ou la bonne armoire. Le service garde ses petits secrets.
HARO SUR LE CHOCOLAT
En un peu plus de quatre ans d'activité, le service de la concurrence a traité un peu plus de 200 dossiers de concentration.Dossiers qui n'ont abouti qu'à deux décisions de refus prononcée par le conseil de la concurrence. Dans la première affaire, le rachat des parfumeries Paris-XL par le groupe allemand Douglas a été interdit. Dans la seconde, c'est la fusion des chocolatiers Barry et Callebaut que le conseil a voulu empêcher, les deux entreprises représentant à elles deux près de 85 % du marché belge de chocolat de couverture et détenant un quasi-monopole de celui du végécao (pâte d'enrobage).
Pour une question de procédure, la cour d'appel de Bruxelles a toutefois réformé cette décision et autorisé la fusion. Il y a eu dépassement d'un délai, constate non sans amertume Géry Marlière. Et de rappeler que le service de la concurrence n'a toujours pas de cadre organique, tel que prescrit par la loi de... 1991. Nous ne sommes que 16 instructeurs, juristes ou économistes mais sans formation particulière, déplore-t-il. Nous manquons cruellement de moyens humains et matériels.
Une situation que connaît également le conseil, et qui explique que le service se soit surtout occupé des dossiers de concentration, plus nombreux chaque année et soumis à des délais impératifs, négligeant le volet «plaintes» de son action. Sur les 142 reçues à ce jour, seules 42 ont fait l'objet d'un rapport, et 21 ont abouti à une décision du conseil. Ce ne sont pas les entreprises incriminées qui s'en plaindront.
BERNARD PADOAN
Réseaux de télécoms :
la fin d'un monopole
Le réseau des câbles de télécommunication est-il un monopole naturel, à l'instar des égoûts ou de la route ? A moins de cinq mois de la libéralisation totale du secteur, programmée pour le 1er janvier 1998, la question divise encore les experts. Or, la réponse sera déterminante pour le futur marché concurrentiel et, partant, pour la qualité et les tarifs offerts aux consommateurs. Car l'installation et l'entretien du réseau constituent un élément majeur du prix des télécommunications - voire le plus important de tous. Par ailleurs, l'opérateur du réseau - lorsqu'il est également fournisseur de services, comme Belgacom - se trouve indéniablement en position dominante. Et la tentation d'en abuser est grande.
Selon le consultant Luc de Brabandere, le but essentiel du réseau de télécommunication, qui consiste à établir le contact entre tous, implique qu'il soit unique et universel. Installer une infrastructure alternative entre le quartier européen et le centre-ville de Bruxelles, c'est rentable. Mais avant que l'on ne fasse ce que fait Belgacom pour le petit Monsieur dans sa petite maison de Schaerbeek... Luc de Brabandere estime ainsi que la responsabilité ultime de l'Etat, c'est le réseau, et rien d'autre. Comme pour l'électricité.
Le professeur d'économie Christian Huveneers, des universités de Namur et de Louvain-la-Neuve, juge pour sa part que l'idée du réseau unique en tant que monopole naturel est aujourd'hui dépassée. Plus précisément, elle est ébranlée, en Belgique, par la volonté que déploient les câblo-distributeurs et Telenet Vlaanderen dans le but d'offrir une alternative au consommateur final. Christian Huveneers souligne également les projets de réseaux de télécommunications du ministère wallon de l'Équiment et de la SNCB. Malgré l'avantage énorme de Belgacom, son monopole peut être contesté, estime-t-il.
D'ailleurs, la libéralisation est déjà irrémédiablement en marche, à l'échelle de l'Union européenne. Fin mai, le gouvernement belge dévoilait ses projets pour la mettre en oeuvre chez nous. Paradoxalement, la libéralisation des télécoms exige l'intervention du législateur, en tant que garant de la concurrence loyale et du service universel, accessible à chacun, quel que soit l'endroit où il habite. Plus il y aura de réseaux, plus l'intelligence sera nécessaire, juge Luc de Brabandere.
M. Ty
Dans les déchets, les géants ne filent pas au rebut
En Belgique, au même titre que la distribution d'eau ou d'électricité, la collecte des déchets ménagers est un monopole des communes. N'en déduisez pas qu'on dénombre chez nous quelque 580 services communaux spécialisés. C'était vrai il y a trois décennies, mais aujourd'hui, c'est l'affaire, le plus souvent, d'intercommunales et même, à Bruxelles, de la Région.
Toutefois, à l'instar d'autres services publics, la mise en oeuvre concrète de cette mission est de plus en plus confiée à des sociétés privées. Certes, dans la capitale et dans une bonne partie du Hainaut notamment, l'enlèvement des immondices est toujours assuré par les pouvoirs publics, mais ailleurs, et en particulier en Flandre, ils ont choisi la voie de la concession, assurément plus rentable.
Et ce secteur n'a pas échappé au phénomène de la concentration. Finie, ou presque, la parcellisation entre une multitude de petits transporteurs locaux, pour lesquels le ramassage des poubelles n'était, souvent, qu'une activité accessoire. L'heure est aux regroupements et à la professionnalisation.
Un mouvement inévitable, concède Michel Balthazart, responsable d'«Incidences», la lettre d'information spécialisée dans les problèmes d'environnement. Dans ce secteur, la rentabilité est faible. Elle ne permet en tout cas pas aux «petits» de procéder aux énormes investissements que la législation récente impose. Ainsi, une décharge moderne requiert au moins 1 milliard de francs.
Si bien qu'aujourd'hui le marché concédé au privé est, dans sa grande majorité, devenu l'apanage de quatre groupes. En tête, et de loin, Watco, filiale de Fabricom (contrôlée par Tractebel, du groupe Suez-Lyonnaise) : selon les sources, elle détient entre 25 et 40 % d'un marché évalué à 30 milliards. À bonne distance, Van Gansewinkel (d'origine néerlandaise) et Biffa (d'origine britannique). Et enfin Page, fruit d'une association entre Cockerill Sambre et la SRIW, mais qui compte aussi, parmi ses actionnaires, à hauteur de 49 %, la Sita, la filiale spécialisée de la Lyonnaise des Eaux.
C'est cette dernière participation qui pose problème. Du fait de la fusion Suez-Lyonnaise, le tandem Watco-Sita (et leurs filiales) pouvait apparaître comme un ogre. Et cela malgré le fait qu'il ne détenait pas la majorité dans Page. Mais, aux yeux des autorités européennes, même une participation minoritaire, a fortiori lorsqu'elle monte à 49 %, peut être au départ de pratiques liées à une position dominante, comme des ententes sur les prix ou le partage des concessions. Un danger d'autant plus réel, selon la Commission, que la constellation dans laquelle s'intègrent Watco et ses alliés, est fortement liée aux collectivités locales.
C'est ce qui explique que, dans le dossier introduit pour obtenir le feu vert européen à la fusion Suez-Lyonnaise, l'engagement a été pris de céder cette participation de 49 %. Fort de cette promesse, la Commission a donné sa bénédiction. Reste à trouver un acheteur. Le délai expire dans 9 mois.
MARC CHARLET
Grandir : les banquiers ne pensent qu'à ça !
Big is beautiful, tel était le slogan, mis en exergue par la revue spécialisée «The Banker», du classement mondial des 500 plus grandes banques publié le mois dernier. Et c'est vrai qu'un vent fou de fusions/acquisitions souffle actuellement sur le secteur bancaire.
A l'heure actuelle, c'est sans doute en Allemagne que ce phénomène de concentration est le plus impressionnant. A peine le rapprochement entre les deux banques publiques Bankgesellschaft Berlin et Nord Landesbank était-il annoncé que la Bayerische Vereinsbank et la Bayerische Hypotheken-und Wesch-selbank (deux banques privées) décidaient de fusionner. Et maintenant, c'est au tour du numéro trois du secteur, la Westdeutsche Landesbank Girozentrale, propriété du Land de Rhénanie-Westphalie, de faire savoir qu'il négociait avec des banques européennes en vue d'un partenariat.
Mais d'ores et déjà, le Top 5 des banques allemandes s'en trouve bouleversé puisque derrière la Deutsche Bank figure maintenant le tandem bavarois, devant le duo de banques publiques et la Dresdner Bank. Et la WestLB, de troisième, va rétrograder au cinquième rang.
La concentration dans l'industrie bancaire va s'accentuer, et nous devons bien sûr nous demander comment réagir, a déclaré le président de la WestLB à l'hebdomadaire «Der Spiegel». Ce n'est en aucun cas agréable de perdre son rang. Mais il n'y a aucune raison de céder à l'hystérie. Au bout du compte, la taille n'est pas un but en soi.
Il n'empêche, pour les banquiers, la concentration, que ce soit par association, fusion ou absorption, est devenue la priorité. Sur ce plan, des pays comme la Suisse (avec UBS, 10e, ou Crédit Suisse, 22e), les Pays-Bas (avec ABN-Amro, 8e, et Rabobank, 24e) et le Japon (Bank of Tokyo, 2e, Sumitomo Bank, 9e) avaient pris une longueur d'avance. Les Anglais (HSBC, 1re, Barclays Bank, 17e) et maintenant les Allemands (Deutsche Bank, 6e) ainsi que les Américains (Chase, 4e et Citicorp, 5e) résorbent leur retard. Et les Français du Crédit Agricole (3e), qui viennent d'avaler Indosuez, se réveillent à leur tour.
GÉANTS MAIS PAS DOMINANTS
Quant aux Belges, mis à part le Crédit Communal, marié avec le Crédit Local de France et ainsi propulsé à la 48e place, ce n'est pas, semble-t-il, la taille qu'ils recherchent, mais bien le positionnement sur des niches dans lesquelles ils n'étaient pas performants (en particulier la gestion d'actifs). Et les acquisitions bancaires faites ces derniers temps par les établissements de crédit tels que la KB, Cera ou Bacob apparaissent somme toute comme des événements marginaux au regard des concentrations de grande ampleur enregistrées ailleurs dans le monde. La «GBB» (la grande banque belge) est toujours au frigo.
En termes bilantaires, les chiffres du «World's Top» donnent évidemment le tournis. Par exemple, les seuls capitaux propres de HBSC frôlent les 1.000 milliards de francs. Mais si l'on peut parler de «géants», il est difficile, dans le secteur bancaire, de parler de «dominants». Et ce pour deux raisons. Primo, l'extrême éparpillement des banques : à travers le monde, on en recense pas loin de 30.000. Secundo, la parcellisation des marchés. Une banque qui est première dans son pays, que ce soit la Chase, le Crédit Agricole ou la Deutsche Bank, figure rarement dans le Top 10 en dehors de ses frontières. Et, même sur leur marché national, les «leaders» doivent tenir compte de leurs rivaux. Par exemple, en Belgique, le numéro un, la Générale de Banque, ne détient que un peu plus de 20 % du marché belge.
En d'autres termes, on ne retrouve pas, dans le secteur financier, de phénomènes analogues à ceux que l'on observe dans d'autres secteurs, avec des firmes comme Coca-Cola, General Motors, Boeing, Microsoft, Sony, Nike, etc. Mais rien ne dit que dans vingt ou trente ans...
M.Ct
Les «gros»
sur la balance
La théorie a son idéal, qu'elle nomme, excusez du peu, concurrence pure et parfaite. Acheteurs et vendeurs sont si nombreux qu'aucun ne peut influencer le prix à son avantage. On produit un maximum, à un prix aussi faible que la technique disponible le permet.
L'«ennemi», c'est le monopole, vendeur unique, qui restreint les quantités pour augmenter le prix et rafler une rente au détriment du consommateur. Ou le cartel, quand les entreprises présentes sur un marché s'entendent afin de créer une situation comparable à celle du monopole.
En pratique, cependant, la concurrence imparfaite est la plus fréquente : ni monopole, ni multitude d'acteurs, mais quelques grandes entreprises et une frange concurrentielle, composée de petits joueurs qui se glissent dans les interstices laissés par les leaders.
Ajoutons qu'en présence d'économies d'échelle - la possibilité d'abaisser le coût unitaire en augmentant l'échelle de production -, il n'y a pas d'équilibre de concurrence parfaite.
Celle-ci ne trouve donc guère à s'appliquer hors des «facs» - sauf à justifier, de manière très indirecte, des seuils de parts de marché au-delà desquels des clignotants doivent s'allumer : attention, position dominante, concurrence en danger !
D'où la formalisation, dès les années 30, de la théorie de la concurrence imparfaite, soit du duopole (deux producteurs) ou de l'oligopole (plusieurs offreurs). Las, celle-là est trop «riche» pour qu'on puisse en tirer quelque règle générale.
Délaissant la question du nombre, les économistes ont alors développé la théorie des marchés contestables, qui formalise les effets «positifs» de la liberté d'entrer sur un marché. Quel que soit le nombre d'acteurs, un marché sera contestable, et donc concurrentiel, pour autant qu'une firme extérieure puisse y rentrer et rafler toute la demande au nez et à la barbe du monopoleur (ou des oligopoleurs) trop gourmand(s). Ceux-ci ne peuvent donc agir à leur guise, étant disciplinés par la concurrence potentielle.
Dans cet esprit, l'économiste sera attentif aux multiples barrières à l'entrée, qui dissuadent les concurrents potentiels : contrats de fourniture à long terme, importance des investissements préalables requis,...
Seuls les monopoles naturels trouvent (trouvaient ?) généralement grâce aux yeux des économistes. Peut-on imaginer deux réseaux concurrents de distribution d'eau, de gaz ou d'électricité, deux lignes de chemins de fer parallèles ? S'impose alors le régime de la concession cédée à une seule entreprise (privée ou publique), dont les tarifs et la politique d'investissement doivent être étroitement contrôlés par l'Etat.
D. B.
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