Le GSM veut dribbler Proton

DE BOECK,PHILIPPE; JENNOTTE,ALAIN

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Mercredi 9 septembre 2009

Technologie Belgacom affiche ses ambitions dans le secteur des micropaiements

Ping.ping ! Ces deux syllabes pourraient devenir familières, lorsque l’on passera à la caisse, si Belgacom réussit son coup : s’imposer dans la jungle des micropaiements avec pour seul porte-monnaie un GSM et une petite puce électronique. Depuis quelques mois, l’opérateur multiplie les projets pilotes pour sa plate-forme de transactions baptisée ping.ping. Elle permet aussi bien d’acheter un livre sur le web que de payer son parking ou son sandwich en utilisant des SMS ou en approchant une petite puce d’un lecteur, pour régler son achat plus rapidement encore qu’avec la carte Proton. Les montants autorisés vont de 30 centimes à 25 euros pour les contenus numériques comme une chanson ou un article de journal. Pour les autres produits, le montant minimal est de cinq euros.

Si l’on excepte quelques rares modèles de Nokia, cette puce NFC n’est pas encore présente dans les téléphones mobiles. « Ce n’est plus qu’une question de temps mais nous n’allons pas les attendre pour démarrer, explique Stijn Vander Plaetse, vice-président en charge de l’innovation chez Belgacom. Nous avons intégré la puce NFC dans un petit sticker que l’on peut coller sur son GSM, en attendant qu’elle soit intégrée dans tous les appareils ». Elle est déjà utilisée en test par quelques milliers de personnes dont de nombreux employés de Belgacom.

« Plusieurs commerces sont déjà équipés de lecteurs, poursuit Stijn Vander Plaetse. Parmi eux, deux Delhaize à Bruxelles, des sandwicheries Panos et la cafétéria de la VUB, à Bruxelles, qui distribuera des stickers aux étudiants à la rentrée. » Il nous revient, par ailleurs, que le Delhaize de Louvain-la-Neuve sera le premier commerce wallon équipé de lecteurs NFC. La distribution de ces puces pour le grand public, par le canal des commerçants qui les utilisent, devrait suivre rapidement.

Dans l’attente d’une large disponibilité des stickers à puce NFC, Belgacom positionne ping.ping grâce à des technologies plus traditionnelles, comme les SMS. On peut déjà les utiliser pour payer son parking dans une dizaine de villes flamandes, dont Anvers. On envoie un SMS en entrant dans le parking puis un autre à la sortie. Et la comptabilisation se fait sur la facture mensuelle de Proximus. Quant aux abonnés de Base et de Mobistar, ils reçoivent leur décompte du parking sur une facture séparée. « Environ 15 % des utilisateurs ne sont pas des clients Proximus », note Stijn Vander Plaetse.

Acheter sur le web par SMS

230.000 personnes utilisent déjà la formule en Flandre et des négociations sont en cours avec des sociétés de parking dans plusieurs villes wallonnes. Dans les prochains mois, Belgacom espère voir apparaître les premiers parkings où l’envoi des SMS sera remplacé par l’installation de lecteurs pour ses petites puces NFC dans les bornes d’entrée et de sortie.

Reste le web, où ping.ping se pose en concurrent local de Paypal, le plus populaire des services de micropaiements en ligne. Aujourd’hui, quelques dizaines de sites web intègrent déjà ping.ping, comme celui d’Aka Music (Le Soir du 29 août). D’autres sont annoncés d’ici quelques mois. Là également, ce sont les SMS qui sont mis à contribution. Plutôt que de donner un numéro de carte de crédit, on envoie un SMS vers le site pour confirmer la transaction, dont le montant sera débité du compte ping.ping du client. Tout en se gardant de se positionner comme une banque, Belgacom veut aller plus loin encore. Et rêve de faire de ping.ping la tirelire où les entreprises transféreront les chèques-repas de leurs employés lorsqu’ils auront abandonné leur format papier.

Pendant ce temps, la carte Proton perd du terrain

Face à la propagation du GSM, de l’internet et de toutes les applications qui vont avec, la carte à puce perd lentement du terrain. C’est le cas de la fonction Proton, le porte-monnaie électronique que l’on trouve sur la plupart des cartes de banques belges. Au début des années 1990, la Belgique était à la pointe avec cette carte à puce.

Jusqu’en 2002, Proton gagnait du terrain. Depuis, ce moyen de paiement simple et gratuit est en perte de vitesse. En 2008, les transactions Proton ont encore chuté de 9,2 % à 81.173.191 unités pour un montant global de 353,4 millions d’euros. Par contre, le nombre d’utilisateurs reste stable autour du million et demi de fidèles.

« Le problème, c’est qu’il faut la recharger quand elle est vide », explique Jean-Michel Dasnoy, le porte-parole d’Atos Worldline, la société qui gère les réseaux de paiements électroniques. « Il est possible de recharger une carte Proton dans une cabine téléphonique, mais peu de gens le savent. La plupart des clients rechargent leur Proton quand ils vont dans un Bancontact pour retirer de l’argent ».

Si Proton enregistre une baisse de régime, c’est essentiellement au profit des petits paiements réalisés par cartes de débit type Bancontact ou Mister Cash, constate Atos Worldline.

« Au début, les petits paiements de dix ou quinze euros étaient moins chers pour les commerçants quand ils étaient effectués par Proton parce que c’était de l’off-line : le commerçant vidait sa machine une fois par jour. Avec une carte de débit genre Bancontact, par contre, chaque transaction nécessitait un appel téléphonique. Ce qui lui coûtait assez cher, poursuit Jean-Michel Dasnoy. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas parce que de nombreux commerçants ont des connexions ADSL et passent par la téléphonie par internet. Du coup, nous constatons que de plus en plus de petits paiements se font par carte de débit classique. Reste à voir combien de temps les banques comptent encore garder Proton dans leur offre.

un nouvel âge

Un marché à 75 milliards

Une étude réalisée par Juniper Research, estime que le volume total des transactions faites à l’aide de la technologie NFC (Near Field Communication), qui est employée dans les paiements mobiles, devrait dépasser les 75 milliards de dollars d’ici à 2013. Ce chiffre concerne particulièrement les petits achats comme les boissons, les nourritures, les tickets. Selon ce même rapport, d’ici à 2013 un téléphone mobile sur cinq sera doté de cette technologie.

Le Japon précurseur

Depuis 2004, l’opérateur NTTDocomo commercialise un système de paiement sans contact. Aujourd’hui, près d’un utilisateur de GSM nippon sur deux – soit 47 millions d’abonnés – utilise son téléphone cellulaire pour payer, selon le cabinet Idate.

Le système japonais a été conçu grâce à une puce sans contact, qui porte le nom FeliCa(Sony). Cette technologie permet une transaction en seulement un dixième de

seconde.

Troisième génération pour le mobile

Après la voix, le multimédia, le GSM entre dans une nouvelle ère, celle du multi-services : carte de transports dans le métro, moyen de paiement, cartes de fidélité intégrées et même ticket d’entrée à un spectacle. (P.–Y. W.)