Le haut débit n'est pas encore à la portée de tous

JENNOTTE,ALAIN

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Vendredi 9 mars 2007

Technologies La facture toujours élevée de l'internet en Belgique renforce les risques de fracture numérique

Les tarifs d'accès à l'internet à haut débit restent trop élevés en Belgique, si on les compare avec la facture moyenne présentée aux internautes des principaux pays européens. C'est ce que confirme une étude commanditée par le gouvernement à la firme britannique Analysys.

Pour le très haut débit (au-delà de 8 Mbps), le tarif belge le plus bas est supérieur à la moyenne du groupe de pays de référence. c'est également le cas pour les offres d'entrée de gamme pour le « triple play », qui mêle sur la ligne téléphonique ou le câble de télédistribution à la fois la télévision, l'internet et la téléphonie. En revanche, si l'on compare les tarifs des abonnements à haut débit les plus répandus (4 Mbps), la Belgique est dans le peloton européen, mais très nettement plus chère que nos voisins français et néerlandais.

« Je vais demander au régulateur des télécoms d'étudier les raisons de ces différences tarifaires et d'examiner pourquoi il est si difficile pour les nouveaux opérateurs de pénétrer le marché belge avec des tarifs concurrentiels », a indiqué le ministre de l'Economie, Marc Verwilghen (Open VLD).

En juin 2006, le ministre de l'Intégration sociale, Christian Dupont (PS), avait été recalé par une partie de ses collègues du gouvernement, VLD en tête, lorsqu'il avait voulu créer un tarif social pour l'accès à l'internet. C'est dans cette perspective que l'étude d'Analysys avait été demandée. Même si les résultats ne mettent pas en évidence des différences extrêmes pour l'accès au Net, Christian Dupont ne désarme pas. Il envisage de poursuivre le débat sur un tarif social pour l'internet au niveau européen.

Risque de décrochage social

L'un des enjeux essentiels de ce dossier, c'est la lutte contre la fracture numérique, qui creuse l'écart entre ceux qui ont accès aux nouvelles technologies et ceux qui restent sur la touche, au risque d'un décrochage social. « La fracture numérique est un fait, lance le ministre de l'Emploi, Peter Vanvelthoven. 37 % des personnes qui n'utilisent pas l'internet indiquent que le coût d'un ordinateur et d'une connexion reste trop élevé. Le déficit en formation est également un critère important ».

« La plupart des offres d'emplois des grandes entreprises sont déjà diffusées sur le web plutôt qu'ailleurs, renchérit Christian Dupont. Et l'on voit se développer une tendance similaire pour le logement ».

Pour réduire ce risque de fracture, Christian Dupont a annoncé, en novembre dernier, l'ouverture d'espaces publics numériques, où des ordinateurs sont mis à la disposition de tous les citoyens dans des endroits tels des bibliothèques ou des CPAS. Il y en aura en principe 500 d'ici la fin de l'année et une cartographie précise de ces espaces sera publiée en juin. Par ailleurs, des initiatives sont envisagées pour recycler d'anciens ordinateurs mis à la casse dans les administrations publiques.

La fracture est aussi géographique

Les inégalités d'accès au Net ne sont pas uniquement liées au contenu du porte-monnaie ou du niveau d'éducation informatique. Elles résultent également de la localisation géographique des internautes.

Si Belgacom peut se féliciter d'une couverture en haut débit par ADSL de 98,5 % de la population belge, celle-ci est très inégalement répartie entre les trois régions du pays. Là où presque toute la population bruxelloise et flamande a la possibilité de se connecter, la Wallonie fait toujours figure de parent pauvre du haut débit. L'an dernier, une étude de l'Agence wallonne des télécoms épinglait des problèmes de connexions à l'internet dans 10 % des communes wallonnes.

Principaux fournisseurs de connexions aux ménages wallons, Belgacom et les « câblos » ont réagi. Voo, la nouvelle société qui unit les deux plus grands télédistributeurs wallons, l'ALE et Brutélé, promet de couvrir très largement la population des zones où elle est présente.

De son côté, Belgacom a dévoilé un plan très ambitieux pour améliorer la connectivité des zones les moins denses de Wallonie. Pour y parvenir, il va utiliser des mini-centraux faisant office de postes avancés ainsi que des variantes de l'ADSL qui peuvent atteindre des abonnés plus éloignés au prix d'une diminution du débit. Il va aussi exploiter les ressources du VDSL, une technologie pour laquelle Belgacom investit massivement et qui permet d'atteindre des vitesses supérieures à l'ADSL. Devant le Parlement wallon, Belgacom s'est engagé « à ne plus descendre nulle part sous la barre des 90 % de couverture de la population d'ici la fin 2007 ».

Mais qu'en sera-t-il des technologies à très haut débit comme le VDSL ? Là, le discours de l'opérateur est moins rassurant. Mercredi, lors d'une conférence de presse de Belgacom TV, l'opérateur a rappelé que 80 % de la population était déjà dans la zone de couverture de la télé sur la ligne téléphonique. « Pour les 20 % restant, cela sera étudié au cas par cas, note Belgacom. Mais il faut être réaliste : le projet devra être rentable ».

Des choix stratégiques qui sont loin d'être neutres. La télévision interactive est en effet une application vantée tant par Belgacom que par le monde politique comme un puissant outil d'e-gouvernement. Il sera dès lors bien difficile d'en écarter d'emblée deux citoyens sur dix.