LE MINISTRE "REBELLE" REMERCIE LES HEROS DE LA DERNIERE GUERRE EN FLAMAND ET EN SERBO-CROATE, L'HOMMAGE MULTICULTUREL DE ....

LAPORTE,CHRISTIAN

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Jeudi 24 novembre 1994

Le «ministre rebelle» remercie les héros de la dernière guerre en flamand et en serbo-croate

L'hommage multiculturel de Dehousse à la Résistance

La Résistance et les Européens du Nord: sous ce thème se tient à Bruxelles, jusqu'à ce vendredi midi, un colloque international du Centre de recherches et d'études historiques de la Seconde Guerre mondiale et de l'Institut d'histoire du temps présent (Paris). Mercredi, on attendait beaucoup du discours inaugural prononcé par Jean-Maurice Dehousse, le ministre de la Politique scientifique. Le cabinet de ce dernier avait annoncé que, pour l'occasion, il s'exprimerait dans au moins deux langues nationales! Il n'en fallait pas plus pour amener le ban et l'arrière-ban de la presse... toutes Communautés confondues, pour venir écouter si d'aventure le ministre n'en profiterait pas pour faire un nouveau coup médiatique, juste avant son départ du gouvernement fédéral.

Les amateurs de sensations ont été déçus: si le ministre a commencé son exposé en anglais, il s'est aussi exprimé en néerlandais... A la fois, devait-il déclarer, parce qu'il est et reste un ardent fédéraliste. Et aussi parce que le Premier ministre a demandé récemment des gestes de courtoisie à ses collègues. Il y avait une autre raison, plus profonde: comme c'est vraisemblablement son dernier discours officiel en tant que ministre fédéral, le bouillant Liégeois a tenu à le transformer en une sorte de bilan de son action mais aussi en un testament politique. Car si le colloque traite du passé, on ne peut oublier que les vieux démons sont de retour...

Au risque de s'exposer de nouveau aux attaques virulentes des sopranistes enragés et des musicalistes fanatiques, Jean-Maurice Dehousse a rappelé comment il a pu rendre une meilleure marge de manoeuvre aux institutions qui s'attachent à la transmission de la mémoire. Le bilan est, effectivement, positif puisque le Centre interuniversitaire d'histoire contemporaine a été remis sur pied alors que diverses commissions, des comités et des revues connaissaient une nouvelle jeunesse après une longue traversée du désert.

Dehousse rendit ensuite hommage à la Résistance. Paraphrasant de Gaulle, elle n'était, dit-il, pas seulement le sursaut de notre défense réduite à l'extrémité mais aussi celle qui soulevait l'espoir du renouveau. Un renouveau qui passait par un changement de la société et l'espoir d'un renversement des ordres établis. La Résistance fut une école de démocratie mais aussi une école de devoir et de valeurs. Un mouvement profondément libertaire que l'on s'est, évidemment, empressé de vouloir réduire au silence.

Et Dehousse de plaider avec beaucoup de fermeté pour l'appel à l'Histoire alors que la peste brune est réapparue de façon généralisée. Notre meilleure arme de résistance quotidienne est la mémoire et son meilleur véhicule, l'Histoire. Nous devons dire et redire que tous les résistants méritent le respect parce qu'ils ont préféré les valeurs de la liberté au confort de l'instinct de survie.

En évoquant le camp de Breendonk et ses martyrs tant francophones que flamands, il est passé ensuite au néerlandais, notamment pour souligner la présence de nombreux résistants flamands mais aussi parce que dans tous les camps, c'est dans toutes les langues de l'Europe que l'on pensait à la liberté. Avant de conclure: Je voudrais parler la langue de tous les suppliciés d'Europe, notamment le néerlandais parce que c'était la langue d'Anne Frank, mais aussi le serbo-croate, comme le maréchal Tito, pour dire: «N'oublions jamais»...

CHRISTIAN LAPORTE