Le new FDF aura l’accent scandinave

DUBUISSON,MARTINE

Samedi 16 juin 2012

Partis Didier Gosuin refuse la droite version MR, comme la gauche version PS

entretien

En septembre dernier, la vie du FDF a changé : il a divorcé de son partenaire de 18 ans, le MR, et l’accord sur BHV l’a privé de sa principale source de combat politique, l’institutionnel. L’heure de la refondation idéologique a donc sonné.

En décembre, le parti tiendra un congrès doctrinal et électoral. Didier Gosuin, maïeur d’Auderghem et chef de groupe au parlement bruxellois, nous dessine, en primeur, le profil du new FDF.

Le FDF doit se reprofiler car l’institutionnel ne fait plus la une ?

Le FDF vole de ses propres ailes, il importe donc de retravailler son positionnement, notamment socio-économique. Pour l’instant, l’institutionnel semble mis sous le boisseau par les huit partis qui ont conclu la 6e réforme de l’Etat. Mais c’est un peu hypocrite, car s’ils prétendent que la réforme offrira la stabilité, en aparté, ils reconnaissent que cela n’empêchera pas la 7e réforme de l’Etat. Il y a donc simplement un temps de pause. Les autres partis francophones n’ont pas de conviction institutionnelle : leur seule conviction est de gagner du temps.

Ils ont, eux, bouclé un accord…

Un accord qui n’apportera pas la pacification et sera un accélérateur de séparatisme. Et qui va coûter beaucoup d’argent.

Vous allez vous repositionner sur le plan socio-économique : à gauche, à droite, au centre ?

Nous ne serons pas à droite comme le MR, ni à gauche comme le PS. Le MR défend en réalité le modèle anglo-saxon. On voit ce que ça donne : en Belgique, la précarité (revenus inférieurs à 10.000 euros par an) est passée de 16,3 % en 2000 à 25,4 % en 2007. Les revenus supérieurs à 50.000 euros sont, eux, passés de 7,5 à 9,8 %. C’est le modèle anglo-saxon de dualisation, qui porte atteinte à la classe moyenne. Ce n’est pas notre modèle. Mais nous ne sommes pas non plus comme le PS, qui s’accroche à une notion de l’Etat providence en faillite et n’ose pas revoir le système. Les partis les plus dogmatiques sont le MR, qui dit ’’pas touche à l’impôt“, et le PS, qui dit ’’pas touche à l’index’’. Résultat : depuis dix ans, il y a plus de chômage, plus d’impôts.

Ce que je défends, et qui est en train de passer au FDF, c’est que notre pays doit s’inspirer du modèle scandinave, où l’on peut trouver des positionnements qui font plaisir à une droite ou à une gauche. Ainsi, sur l’indexation des salaires, nous allons défendre l’idée de la limiter à la première tranche de 3.250 euros bruts. Face au problème de compétitivité, il ne faut pas de tabou. On dira : vous êtes de droite. Non, de bon sens !

Les syndicats ne veulent pas ouvrir ce débat de peur de mettre le doigt dans l’engrenage…

Ça, c’est la crainte du conservatisme. Il faut mettre le doigt dans les engrenages, car ils sont bloqués.

Un autre exemple de repositionnement du FDF ?

Il faut oser, comme dans les pays scandinaves, une fiscalité environnementale, une fiscalité sur la malbouffe, et réduire les impôts, trop élevés, sur le travail.

Autre exemple : la dégressivité des allocations de chômage. Sur le principe, ce n’est pas un mauvais système si, comme en Scandinavie, on le couple à une politique performante de qualification et de formation. Les pays qui ont le meilleur enseignement ont aussi la meilleure croissance et le plus faible taux de chômage.

Mais en Belgique, avec la façon dont on veut appliquer la dégressivité, on va dans le mur, car la politique de formation et de qualification est un échec : 20 % de décrochage scolaire en Communauté française ; à Bruxelles, 37 % des jeunes sortent sans diplôme au terme de l’obligation scolaire ; et dans l’enseignement professionnel, seuls 25 % sortent avec une qualification. Le gouvernement fédéral doit réunir les entités fédérées pour réformer en profondeur l’enseignement qualifiant.

Et il faut aussi être créatif pour mettre au travail les non qualifiés. Une idée, défendue en France par Michel Rocard et Pierre Larrouturou, est la répartition volontaire du temps de travail pour les emplois non qualifiés : le taux de cotisation patronale est plus faible sur les 32 premières heures, plus élevé ensuite, la différence étant utilisée pour engager des non qualifiés. Osons ce débat.

Vous dites que vous ne voulez pas d’une droite comme le MR : vous avez été leur allié 18 ans…

Nous avons été bluffés par le libéralisme social, qui n’était qu’une stratégie électorale, une posture de conquête du pouvoir, sans fondement. Si le FDF n’avait pas été là, le virage à droite toute aurait été acté par l’entrée du parti de Rudy Aernoudt au MR. Il y avait donc une tension socio-économique entre nous. En fait, PS, MR et CDH sont avant tout des partis de pouvoir ; le FDF et Ecolo, des partis de conviction.

Vous avez mis 18 ans à réaliser tout cela ?

Il y avait déjà eu une menace de quitter le MR avec l’affaire Aernoudt. Aujourd’hui, on doit bien reconnaître que le MR se radicalise sur sa droite.

Ni MR, ni PS ; des idées prises à droite et à gauche ; du bon sens : un propos très CDH non ?

Pas du tout ! Le CDH a un discours lié au pouvoir : il est tantôt ceci car c’est la clef pour entrer au pouvoir, tantôt cela pour y revenir. Il dit : ’’ni ni’’. Nous avons un discours de conviction : nous disons que le PS et le MR se trompent et qu’il y a une alternative, inspirée des pays scandinaves.

Vous y allez fort : les autres sont des partis de pouvoir, seul le FDF est un parti de convictions

Ecolo aussi. Pour les autres, toute l’énergie est concentrée sur ’’comment être au pouvoir’’ et ’’comment y rester’’, alors qu’elle devrait être tournée vers ’’comment prendre des risques et changer les choses avec des propositions novatrices.“

« Le FDF a pris un pari risqué. Il faut arrêter la radicalisation »

La radicalisation du président Maingain provoque un certain malaise au sein du FDF…

Je ne trouve pas que le mot malaise soit exact. Ce qui est exact, c’est qu’on a pris un pari, dangereux, risqué ; c’était plus confortable de rester au MR. Notre chemin est rocailleux. Il y a des débats, c’est vrai, mais ce n’est pas un malaise. Sur le plan institutionnel, notre conviction est forte et il n’y a pas de différence au FDF. Pas de malaise donc, mais c’est difficile. On se remet en question, on doute. Oui, Olivier Maingain est là ; pour combien de temps ? Le FDF n’est pas le parti d’un seul homme. Les choses vont évoluer, mais ce n’est pas l’heure. Le problème se posera en temps opportun.

Lors de l’élection à la présidence, en décembre ?

Oui. Les débats seront ouverts. Il y aura un moment pour l’ego.

Vous serez candidat ?

Pour le moment, il faut la jouer collectif et être le plus créatif possible sur nos propositions.

Soutenez-vous la stratégie d’isolement de Maingain ?

Il faut dépasser ces moments de grande frustration et de déception qu’on a eus parce que les libéraux n’ont pas respecté les documents signés. Ça a terriblement meurtri Olivier car, comme président, il s’est exposé, il a joué sa crédibilité. En interne, on lui demandait souvent s’il était sûr que le MR allait défendre notre position jusqu’au bout. Ça a provoqué, c’est vrai, une radicalisation. Il faut arrêter ce genre de positionnement. On va séparément aux élections mais il y a, par exemple, des MR sur la liste FDF à Auderghem et des FDF sur la liste du bourgmestre MR à Koekelberg.

Mais il y a aussi des listes MR-FDF qui ne se feront pas…

Ce n’est pas un grand drame.

Ça risque de vous faire perdre des majorités, des maïorats…

On ne fait pas des alliances uniquement pour être au pouvoir.

Pas langue de bois Voici quelques jours, il refusait de s’exprimer sur le « malaise » au FDF, auquel

Pas langue de bois

Voici quelques jours, il refusait de s’exprimer sur le « malaise » au FDF, auquel nous faisions écho. Aujourd’hui, Didier Gosuin ne manie pas la langue de bois lorsqu’on l’interroge sur les choix amarantes ou la radicalité d’Olivier Maingain. Entre les lignes, les messages passent. Et s’il ne dit pas s’il sera candidat à la présidence en décembre, après 17 années Maingain, il ne ferme pas la porte non plus. Mais le message est surtout socio-économique : divorcé du MR et privé (temporairement au moins) de l’argument institutionnel, étant donné la 6e réforme de l’Etat, le FDF doit se reprofiler. Et le faire en s’inspirant des pays scandinaves, martèle Gosuin. Qui, au passage, ne se fait pas que des amis dans les autres partis…