Le Pen chez Ruquier : halte au mélange des genres

MESKENS,JOELLE

Dimanche 19 février 2012

Marine Le Pen était l’invitée de Laurent Ruquier dans « On n’est pas couché » sur France 2. Il n’y a pas eu de heurts, mais on en sort avec une très grosse impression de malaise. Par Joëlle Meskens, notre envoyée permanente à Paris.

PARIS

De notre envoyée permanente

Le buzz avait été entretenu depuis des jours. Marine Le Pen chez Ruquier, cela allait cogner ! Hormis quelques escarmouches, il n’y aura finalement pas eu de heurts samedi soir dans « On n’est pas couché « sur France 2. Juste un grosse, une très grosse impression de malaise à entendre la présidente du Front national, juchée sur des talons aiguille, se dire « chez elle sur le service public « entre un entraîneur de rugby, une chanteuse de rock sexy et une rousse héroïne de télé. Qu’une candidate à la présidentielle qui fait près de 20 % d’intentions de vote, fut-elle d’extrême droite, ait droit à un temps de parole arbitré par le CSA, quoi de plus normal en France. Voilà plus d’un quart de siècle que son père répondait déjà aux interviews politiques. Cela ne choque plus personne de ce côté de la frontière. Mais que l’entretien se passe hors du cadre sobre de l’info pour se dérouler sur un plateau de divertissement, cela fait frémir… Audrey Pulvar et Natacha Polony n’ont rien à se reprocher. Même si la seconde a dû s’accrocher quand Le Pen lui a lancé qu’elle en ferait bien sa ministre de l’Education. Les deux chroniqueuses ont mené une interview sans sourire et sans la moindre complaisance, démontant avec efficacité le programme de Marine Le Pen. Les deux journalistes valaient bien un David Pujadas ou une Arlette Chabot. On a évité le registre « people «

dans lequel s’était un jour égaré un magazine en demandant à la fille de Jean-Marie Le Pen où elle faisait son shopping… Mais qu’on ait laissé la présidente du FN amuser l’assistance en affirmant qu’elle était allée récemment au bal de Vienne (en présence de néo-nazis) parce qu’« elle aurait bien été danser chez les Grecs mais qu’ils n’étaient pas d’humeur à danser le sirtaki « ou qu’elle se soit faite applaudir en imaginant un jour Natacha Polony venir voilée sur une chaîne qui ressemblerait à Al-Jezira, il y a de quoi s’étrangler. Marine Le Pen avait droit à quarante minutes de temps de parole. Chacune d’elle, décomptée du chrono sur l’écran, paraissait interminable… « Ca ferait du bien de passer à autre chose qu’à la politique «, finit par dire Ruquier, visiblement soulagé, une fois le temps d’antenne écoulé. Il était temps de parler du Quinze de France… Et d’enfin rigoler ? De zapper, plutôt… De mêlée, il n’avait été question que de cela toute la soirée. De malsaine mêlée. La politique, en particulier celle-là, n’a rien à faire sur les plateaux à paillettes.