LE PORTRAIT Eliane Reyes, la soliste désabusée Pianiste depuis la prime enfance Eliane Reyes

LOUSBERG,BRIGITTE

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Lundi 26 mai 2003

LE PORTRAIT

Eliane Reyes, la soliste désabusée

BRIGITTE LOUSBERG

Pas plus qu'il y a quatre ans, Eliane Reyes n'a pu accéder à la demi-finale du Concours Reine Elisabeth. J'ai joué pour y arriver, assure-t-elle, mais les Asiatiques et les Russes ont dominé l'épreuve. Déçue et désabusée, elle ne baisse cependant pas les bras.

Sur les vingt-quatre demi-finalistes, onze sont asiatiques, dix, russes, et seulement trois sont européens, alors qu'au départ trente-deux nationalités étaient représentées. Le jury était réceptif à une esthétique favorable aux écoles russe et asiatique. Les candidats européens ont un jeu plus raffiné et plus émotif tandis que les Russes et les Asiatiques sont des blocs de sûreté et d'assurance. J'ai été fascinée par certains d'entre eux, mais je n'ai jamais été touchée, analyse Eliane Reyes.

Le Concours Reine Elisabeth apparaît de plus en plus comme une compétition hors de portée des jeunes artistes belges... Nous sommes désabusés et découragés. Ce n'est pas une question de formation mais d'esthétique. Les lauréats, de plus en plus jeunes, sont des virtuoses de la technique, mais où peut-on trouver de l'inspiration quand on a 16 ans et que, depuis l'enfance, on est rivé à un piano dans une cage dorée ?

Un pianiste a besoin de vécu, de choses à raconter, de sensibilité. Des Asiatiques jouent Prokofiev à une vitesse incroyable mais a-t-on besoin d'effets spéciaux comme au cinéma ? Techniquement, c'est impeccable mais émotionnellement, c'est vide. Le concours est de plus en plus déshumanisé, répète Eliane Reyes.

La jeune Verviétoise, qui habite désormais Bruxelles, avait aussi échoué en 1999 à la porte des demi-finales. Il y a quatre ans, j'étais moins bien préparée mentalement, mais ici je me sentais vraiment bien. J'ai très bien joué, dit-elle.

Cette édition 2003 faisait figure de dernière chance pour la jeune femme. Agée aujourd'hui de 25 ans, elle aura dépassé la limite d'âge fixée à 27 ans lors du prochain concours pour pianistes du Reine Elisabeth. J'ai la chance d'être professeur au Conservatoire de Liège, mais j'aspire à une carrière de concertiste. Il y a bien sûr d'autres concours sur la scène internationale, mais je ne sais plus ce que je dois faire pour être repérée. J'espère que les organisateurs de concerts et de festivals et les firmes de disques ne se diront pas qu'un artiste belge ne vaut pas le coup et qu'ils continueront à nous soutenir, soupire-t-elle.

En août, Eliane Reyes se produira en récital au Festival de Durbuy puis, avec d'autres lauréats du Concours Reine Elisabeth, au Festival de l'Eté Mosan. Avant de rejoindre, en octobre, comme soliste, l'Orchestre national de Belgique. Un premier CD est aussi en préparation.·

Pianiste depuis la prime enfance

Eliane Reyes candidate au Reine Elisabeth

Eliane Reyes avait deux ans et demi quand sa maman, Janinne Gillard, professeur au Conservatoire de Verviers et adepte de la méthode d'apprentissage précoce « Suzuki », l'a mise au piano. Le pianiste Jean-Claude Vanden Eynden, devenu son beau-père, prend le relais quand elle a 8 ans. Il sera son professeur pendant dix ans. Je pense que c'est très bien d'apprendre très tôt mais il ne faut pas brûler les étapes , précise-t-elle aujourd'hui. Académie à Uccle, où elle est acceptée dès l'âge de 11 ans, Conservatoire de Bruxelles, Chapelle Reine Elisabeth, un diplôme à Berlin puis le Mozarteum de Salzbourg, en plus de professeurs particuliers comme Juliette Poumay, une pédagogue verviétoise appréciée, Eliane Reyes consacre toute sa jeunesse à son art. C'est Alan Weiss, lui-même lauréat de l'épreuve en 1978, qui l'a préparée à ce deuxième Concours Reine Elisabeth. Eliane Reyes joue quatre à cinq heures tous les jours. (B. Lg).

Photo Sylvain Piraux.