Le Ravel naïf et sensible d’Anna Vinnitskaya

MARTIN,SERGE

Mardi 24 avril 2012

Musique Le grand retour cinq ans après le concours

Ce week-end, Anna Vinnitskaya interprétait avec un sacré engagement le Concerto en sol de Ravel avec l’ONB. Une œuvre qui figure sur son disque Naïve sous la baguette de Gilbert Varga, qui l’avait conduit au triomphe lors des épreuves du Concours Reine Elisabeth en 2007. Aujourd’hui, elle revient à Ravel chez le même éditeur avec un récital qui fait figure d’événement. On la retrouvera à Liège et Saint Vith à la fin de la semaine.

Qu’a représenté pour vous votre victoire au Concours Reine Elisabeth ?

Avant même de m’y présenter, il a toujours constitué une légende. C’est son statut en Russie depuis la victoire de Guilels ! Pour moi, cela allait de soi de m’y présenter mais ce n’est qu’aujourd’hui que je commence à réaliser que je l’ai gagné. Après le concours, vous êtes envahi par les propositions. Après cinq ans, je réalise que cette victoire a constitué un fameux tremplin qui m’a permis de me produire dans le monde entier.

Vous faisiez à l’époque beaucoup de musique de chambre.

Oui mais j’ai dû abandonner un temps cette activité face au nombre de mes concerts. Mais cette dernière année, j’ai retravaillé en trio. C’est une activité indispensable car elle vous force à aller au fond des choses et cela influence aussi mon attitude en récital.

Et le concerto ?

C’est très varié. Certains concertos sont de véritables moments de musique de chambre en grande formation. D’autres mettent surtout l’accent sur l’affrontement entre le clavier et l’orchestre. Et puis, il y a une dernière sorte, comme ceux de Chopin, où le piano est primordial et où on a un peu l’impression que l’orchestre court derrière !

Où placez-vous le concerto de Grieg que vous allez jouer avec l’OPRL ?

Je n’ai pas encore d’avis définitif car ce sera la première fois que je le jouerai. Mais c’est certainement une page très romantique écrite pour un piano-roi, l’œuvre d’un compositeur qui entendait se produire avec elle en public. Mais elle a aussi une dimension très nordique avec des mélodies au parfum scandinave.

Votre CD Ravel est un chef-d’œuvre de pudeur et de transparence. Et pourtant tout reste étonnamment sensible.

C’est tout le secret de Ravel. En fait c’est quelqu’un de fort vulnérable. Il y a chez lui, en dépit d’une maîtrise totale, une certaine naïveté, exempte de toute théâtralité. C’est en cela que je me sens fort proche de lui.

Certaines pages n’en sont pas moins spectaculaires. « Scarbo » est une sorte de « Mephisto Valse » à la française mais l’important reste d’en garder sans cesse le contrôle.

Dans votre récital liégeois, vous confrontez Ravel à Scriabine et Prokofiev. Pourquoi ce choix ?

J’ai d’abord voulu concentrer mon programme sur une courte période de temps qui va de 1905 à 1917.

J’aime la force mesurée du piano de Prokofiev et Scriabine n’a pas son pareil pour créer des atmosphères mystérieuses qui me semblent proches de celles des contes de fées. J’espère que ces œuvres parleront entre elles.

Grieg, Rachmaninov ; OPRL, Davin, Saint- Vith, KKM Triangel, jeudi 26 ;

Liège, Salle Philharmonique, vendredi 27

Ravel : Sonatine, Gaspard de la nuit, Prokofiev : Sonate nº2, Scriabine ; Sonate nº2, 5 Préludes p.16 ;

Liège, Salle Philharmonique, dimanche 29 à 16 h

Quelques dates 1984 : Naissance à Novossibirsk 2002 : Etudes avec Evgeni Koroliov à Hambourg 2007 Remporte

Quelques dates

1984 : Naissance à Novossibirsk

2002 : Etudes avec Evgeni Koroliov à Hambourg

2007 Remporte le Concours Reine Elisabeth

2009 Nommée professeur à la Hoche Schule for Musik und Theater de Hambourg

2012 Publication d’un récital Ravel chez Naïve.